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Des profs d’éthique loin d’être neutres?

Ils afficheraient leurs convictions politiques en classe

Impartialité profs ECR
Photo courtoisie Étudiante au doctorat en sciences des religions à l’Université de Montréal, Stéphanie Gravel constate que des enseignants n’hésitent pas à partager leurs opinions.

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Des enseignants d’éthique et culture religieuse ne se gêneraient pas pour faire l’éloge du végétarisme ou étaler leurs convictions politiques devant leur classe, révèle une nouvelle étude.

«Qu’ils soient athées ou croyants, les enseignants font très attention de ne pas transmettre leurs croyances religieuses à leurs élèves. Mais quand vient le temps d’enseigner la portion “éthique”, beaucoup d’entre eux vont donner leurs opinions personnelles», constate Stéphanie Gravel, une étudiante au doctorat en sciences des religions à l’Université de Montréal.

Le cours d’éthique et culture religieuse (ECR), qui remplace depuis 2008 l’enseignement confessionnel et moral dans les classes du Québec, a soulevé la controverse à maintes reprises.

Tandis que les détracteurs du programme disent généralement craindre l’endoctrinement religieux des élèves, la thèse de doctorat de Mme Gravel souligne que c’est plutôt le volet «éthique» qui pourrait poser problème.

Pendant plus d’un an, Stéphanie Gravel a observé 12 enseignants et enseignantes d’ECR dans autant d’écoles secondaires francophones québécoises.

Dans cet échantillon se trouvaient des personnes catholiques, protestantes, bouddhistes, syncrétistes, athées et agnostiques.

«Je pense qu’il y a un consensus social selon lequel l’école n’est pas là pour te transmettre ta croyance ni pour t’endoctriner. Et ça, c’était unanimement appliqué chez les enseignants, peu importe leur religion», indique Mme Gravel.

Végétarisme et carré rouge

L’étudiante de l’UdeM a même remarqué qu’une enseignante très croyante, qui porte quotidiennement un collier avec une croix, dissimulait son pendentif lorsqu’elle donnait son cours, par souci de neutralité.

«Par contre, la surprise que j’ai eue, c’est que, pour la partie “éthique” du programme, la plupart des enseignants me disaient en entrevue que ça devenait moins important pour eux de ne pas donner leurs points de vue aux élèves», dit Mme Gravel.

Par exemple, la chercheuse a été témoin d’une discussion entre un enseignant végétarien et des élèves qui cherchaient à savoir pourquoi il ne consommait jamais de viande lors des sorties scolaires. L’enseignant s’est alors lancé dans un discours en faveur du végétarisme, n’exposant que les arguments écologiques liés à cette pratique alimentaire.

«Il aurait pu présenter les mêmes arguments, mais sans parler de sa propre opinion et en abordant aussi les autres points de vue qui existent», note Mme Gravel.

Un carré rouge

Un autre enseignant arborait fièrement le carré rouge sur son sac, en refusant d’y voir un manque d’impartialité.

«Il m’a expliqué qu’il ne disait jamais aux élèves qu’il était athée, mais le port du carré rouge, c’était fondamental pour lui. À son avis, ça rejoignait les valeurs de la société, alors c’était correct.»

Sylvain Fournier, président de l’Association québécoise en éthique et culture religieuse (AQECR), est en accord avec cette affirmation, mais estime que les enseignants d’ECR ne manquent pas d’impartialité.

«Si l’enseignant fait la promotion de son point de vue, c’est sûr qu’on est à côté de ce qui est demandé par le programme, parce que le but est d’amener les élèves à penser par eux-mêmes, à faire preuve de jugement critique. Mais nous, chaque année, on reçoit une centaine d’enseignants pour de la formation, et ce n’est pas un problème qu’on voit», statue-t-il.