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Dis-moi où tu vis, je te dirai ce que t’écoutes

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Photo Reuters

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Un fermier de l’Oklahoma a plus de chances de tripper sur Luke Bryan qu’un hipster de San Fransisco. Ce n’est pas moi qui le dit, c’est YouTube, qui a récemment géolocalisé tous les visionnements de vidéoclips engendrés sur son site dans la dernière année aux États-Unis.

En plus de circonscrire la popularité du country à l’Amérique profonde blanche, YouTube nous en apprend beaucoup sur les autres styles musicaux.

Par exemple, l’Alabama, le Mississipi et la Louisiane - trois états où l’on retrouve une importante population afro-américaine – formeraient le plus gros bastion d’admirateurs de Beyoncé, Rihanna, Nicki Minaj et autres rappeurs en vogue. 

Quant à Taylor Swift, elle a beau avoir troqué les bottes de cowboy pour enfiler les habits de chanteuse pop il y a quelques années, les états du Midwest américain demeurent l’endroit où ses vidéoclips sont les plus écoutés.

Ceux qui rivalisent avec elle pour la tête des palmarès, qu’ils soient Justin Bieber, Lady Gaga ou encore Sia, voient, quant à eux, leur public davantage concentré autour des grands centres urbains.  

Les contradictions des mélomanes

Katy Perry n’échappe pas à cette tendance, mais les données avancées par YouTube mettent en lumière un curieux phénomène à propos de la popstar. L’interprète des hymnes LGBT I kissed a girl et Ur so gay cartonne dans le très conservateur état de l’Utah, à majorité mormone. 

Autre incongruité: Eminem a beau avoir durement critiqué Donald Trump au cours de la campagne électorale, il semble très apprécié dans les états ouvriers du nord du pays qui ont permis l’élection du président, dont la couleur de cheveux rappelle d’ailleurs étrangement celle du rappeur originaire de Détroit dans ses meilleures années.

La fièvre latine

Le succès retentissant de la chanteuse d’origine colombienne Shakira dans les villes à forte proportion latino-américaine n’a, pour sa part, pas de quoi surprendre.

Ce que l’on sait moins, c’est que les communautés hispaniques sont aussi friandes de métal. L’agglomération de San Antonio au Texas, dont la population est majoritairement d’origine mexicaine, serait d’ailleurs l’endroit aux États-Unis où l’on compte le plus de fans de Metallica, selon YouTube. Peut-être pas autant qu’à Québec quand même...

Le Québec assez homogène

Depuis que les billets pour Metallica se sont envolés en quelques minutes, alors que Madonna n’a jamais réussi à remplir le Centre Vidéotron, la réputation sexe, drogue et rock n’roll (bon, peut-être pas tant sexe et drogue que ça) de Québec n’est plus à faire.

Pourtant, rien n’indique formellement que les métalleux sont en surnombre dans la ville de la poutine Ashton et du Bonhomme Carnaval. Québec se trouve, en effet, dans la moyenne canadienne pour la vente d’albums hard rock et métal, même légèrement en-dessous de Trois-Rivières et Saguenay, toutes proportions gradées. 

En fait, il ne semble pas exister de contraste significatif entre les différentes régions du Québec comme on peut l’observer au sud de la frontière. «Ce n’est pas vrai qu’à Québec, c’est plus rock qu’ailleurs. Même chose pour la musique alternative à Montréal. Le nouvel album d’Arcade Fire, on nous le demande autant à Montréal qu’en région», remarque Jean-Pascal Lamelin, directeur musical chez Énergie.

À quelques petites différences près

Par contre, tout comme aux États-Unis, au Québec, le country a davantage la cote là où les gens ne s’entassent pas des heures dans le trafic. La Gaspésie, la Côte-Nord, le Lac-Saint-Jean et l’Abitibi seraient plus sensibles aux voix des Patrick Norman, Renée Martel et autres Paul Daraîche, selon l’agent de spectacle de ce dernier, Michel Gratton. Même chose pour les réserves amérindiennes, qui ont toujours préféré les cowboys à guitare aux chanteurs populaires. 

N’allez pas croire que le «western» ne rencontre pas de succès à Montréal, «mais c’est sûr que c’est plus facile à Verdun ou dans Hochelaga que sur le Plateau», admet Michel Gratton.

Montréal se démarque aussi pour son amour de la musique classique et du jazz. Il s’en vendrait trois fois plus d’albums, par habitant, qu’ailleurs au pays.

Le lieu où l’on habite influencerait donc bel et bien nos goûts musicaux. À moins que ce ne soit le contraire?