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Il veut aider les handicapés à être plus autonomes

63% des gens qui deviennent paralysés n’ont pas d’aide immédiate, selon lui

Julien Racicot, l'homme qui fera une traversée en fauteuil électrique
Photo Ben Pelosse Julien Racicot va parcourir les 1200 km entre Gaspé et Montréal en fauteuil roulant afin d’amasser des fonds pour aider des handicapés.

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Un homme paralysé après un accident de voiture veut améliorer la vie des gens qui ont eu la moelle épinière sectionnée dans un accident. Il veut aider ceux qui doivent parfois attendre des années avant d’avoir de l’argent du gouvernement pour adapter leur domicile.

Au Québec, les gens dont la colonne vertébrale a été brisée à la suite d’un accident de travail ou de voiture reçoivent une aide financière immédiate de la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST) ou de la SAAQ pour adapter leur domicile à leur nouvelle condition de handicapé. Mais 63 % des gens qui deviennent paralysés n’ont pas cette « chance » puisque leur accident est survenu pendant qu’ils exécutaient un plongeon ou lorsqu’ils sont tombés d’un escabeau.

Ceux-ci doivent passer par le Programme d’adaptation de domicile, où le temps d’attente est parfois de plusieurs années. L’aide maximale est de 16 000 $ dans la majorité des cas, ce qui est insuffisant pour adapter un domicile. « Certains d’entre eux, malgré leur jeune âge, se retrouvent dans un CHSLD pour attendre la fin de leur vie, puisqu’ils n’ont pas les moyens d’obtenir de l’aide à domicile ou d’adapter leur logement. C’est inconcevable », s’insurge Julien Racicot.

Adapte-toit

C’est pour cette raison que Julien Racicot, 36 ans, a mis sur pied la Fondation Adapte-Toit, qui pallie le manque de ressources financières disponibles pour les personnes qui, du jour au lendemain, deviennent paralysées à la suite d’un accident ou, par exemple, parce qu’une tumeur a atteint leur moelle épinière.

M. Racicot en sait quelque chose puisqu’un accident de la route l’a paralysé des épaules aux orteils en 1999. Il doit maintenant se déplacer en fauteuil électrique et être accompagné 24 heures sur 24.

« Je fais partie des privilégiés et je me considère chanceux puisque c’est la Société de l’assurance automobile du Québec (SAAQ) qui me soutient financièrement », explique-t-il.

Dans le cas de Julien Racicot, c’est donc la SAAQ qui a déboursé les 150 000 $ nécessaires aux rénovations de la maison familiale à la suite de son accident, maison où il demeure encore avec ses parents. C’est aussi la SAAQ qui paie les honoraires du personnel médical qui l’accompagne de jour comme de soir. « Je ne bouge pas du tout depuis mon accident, j’ai donc toujours besoin d’une personne avec moi. Cette aide m’est essentielle », explique-t-il.

Une aide insuffisante

Selon l’Institut national d’excellence en santé et en service sociaux (INESSS), plus de 2000 Québécois deviennent paralysés chaque année à la suite d’une lésion à la moelle épinière. D’après M. Racicot, le CLSC n’est pas en mesure de répondre à tous les besoins des personnes qui ont souffert d’une lésion à la moelle épinière.

« Plusieurs organismes interviennent au niveau de la défense des droits des personnes handicapées, mais il n’existe rien pour combler l’aide immédiate dont ont besoin les gens qui, du jour au lendemain, sont paralysés », déplore Julien Racicot.

En chiffres

Estimation des coûts pour adapter un logement lorsqu’une personne doit se déplacer en fauteuil roulant.

  • Les coûts varient selon différents facteurs, dont le type d’habitation, le degré de handicap de la personne et ses besoins.
  • Installation d’une rampe d’accès, d’un ouvre-porte et d’un intercom : 16 000 à 20 000 $
  • Élargissement d’un cadre de porte, de 32 à 36 po : 350 $
  • Salle de bain adaptée : + de 10 000 $
  • Cuisine adaptée (comptoirs abaissés, dégagements sous les comptoirs, etc.) : + de 15 000 $

Source : Julien Racicot

Une traversée de 1200 km en fauteuil électrique

Julien Racicot s’apprête à réaliser le plus grand parcours en fauteuil électrique au pays – 1200 km – afin d’amasser des fonds pour la fondation Adapte-Toit, qu’il a mise sur pied en 2005. L’aventure débutera le 15 août, à Gaspé, et devrait se terminer à Montréal 30 jours plus tard.

Depuis son accident de la route, il y a 18 ans, Julien Racicot souhaite aider les gens dans sa condition physique qui n’ont pas la chance de recevoir d’indemnisations pour adapter leur logement ou se payer du personnel médical à domicile. De cette façon, il souhaite rehausser l’estime personnelle et l’autonomie des gens qui voient leur destin chamboulé subitement. « J’ai appris à vivre avec ma condition, mais le processus s’est fait tranquillement. J’ai réalisé que même si ma tête voulait, mon corps, lui, ne suivait pas », explique l’homme qui a dû faire de nombreux deuils.

Un drame pour tous

Julien Racicot affirme être sorti grandi de l’accident qui lui a coûté la mobilité de son corps. Son accident a toutefois eu des impacts sur ses proches.

« Pour ma famille, ç’a été un événement tragique, mais de mon côté, ç’a été un événement qui a transformé le cours de ma vie », soutient l’homme.

En effet, à la suite de son accident, Julien Racicot est retourné à l’école et s’est découvert une passion pour l’immobilier.

Il a d’ailleurs été à la tête d’une entreprise propriétaire de plus de 300 logements sur la Rive-Sud. En 2005, il a tout vendu pour se consacrer à sa Fondation.

L’argent amassé par sa fondation n’est pas pour lui, mais bien pour ceux qui subissent une lésion à la moelle épinière et n’ont personne vers qui se tourner pour couvrir les frais liés à leur condition physique. Il souhaite permettre à ces personnes de retrouver une vie « normale ». « Je veux leur donner des outils et leur offrir des conditions idéales afin qu’elles aient la meilleure vie possible », affirme Julien Racicot.