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La « Coupe Stanley » des journalistes politiques

Le travail de reporter a bien changé, selon le chroniqueur Michel Hébert

Michel Hebert
Photo d’archives, simon clark Le chroniqueur Michel Hébert au Bureau parlementaire du Journal en janvier dernier.

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Le chroniqueur émérite Michel Hébert a couvert une douzaine d’élections générales fédérales et provinciales, la « Coupe Stanley » des reporters politiques. Il se confie sur l’évolution du métier.

« La plupart des campagnes électorales sont des aventures en soi », dit Michel Hébert, qui a suivi pas à pas des politiciens comme Jean Chrétien, Jean Charest, Lucien Bouchard et Mario Dumont pour le compte de la Presse canadienne, puis du Journal de Québec.

Autres temps, autres mœurs

« C’est un peu la Coupe Stanley des journalistes politiques », se remémore M. Hébert, qui a vu la pratique du métier changer avec l’arrivée d’internet, mais aussi des chaînes d’information en continu dans les années 1990. « Aujourd’hui, il faut faire des breaking news, des mises à jour, la tâche a triplé. Avant, les journalistes commençaient leur journée à 16 h. »

D’autres changements, certains anecdotiques, d’autres moins, ont aussi eu lieu. Avant, l’autobus de campagne du PLQ était « un vrai dépanneur » qui servait « de la Bud, de la Bleue, de la Becks, du Pepsi, de la root beer, des chips, tu pouvais demander n’importe quoi à n’importe quelle heure ». Aujourd’hui, les reporters doivent se contenter de sandwichs santé.

Pression « de plus en plus grande »

Plus sérieusement, « il y avait moins de spin doctors, moins de relations publiques dans nos pattes », souligne celui qui a fondé le Bureau parlementaire du Journal de Québec il y a cinq ans. Il déplore aussi la « rectitude » qui étouffe les politiciens. « Les politiciens se sont refermés du fait d’une pression de plus en plus grande des médias sur les administrations publiques », analyse-t-il.

Il donne en exemple Lucien Bouchard, fortement critiqué pour avoir dit que les Québécois ne travaillaient pas assez. « On en parle encore aujourd’hui, rappelle Michel Hébert. J’ai une vieille façon, je suis probablement d’une autre époque, mais je trouve ça essentiel de pouvoir parler à un politicien en dehors du contexte du travail et sans une enregistreuse, ajoute-t-il. Je pense que j’ai eu la chance de vivre l’âge d’or du métier », confie-t-il.

La concurrence

« C’était l’hiver et on couvrait un point de presse de Mario Dumont, alors chef de l’ADQ dans un clos de bois de Val-d’Or. On termine le point de presse et on se retourne : plus d’autobus. On apprend que Robert Plouffe est parti porter ses cassettes à la station régionale de TVA. J’ai dû faire du pouce avec Julie Lemieux, du Soleil, pour rentrer », raconte-t-il en riant.

La concurrence bis

« Je couvrais une mission de Jean Charest à Copenhague. En bonne ville européenne, tout est bien intégré entre le métro et le train. Je me dirige vers le centre des congrès avec Rémi Nadeau [actuel chef de bureau du Journal de Québec et ancien reporter de la Presse canadienne]. Il dit qu’il m’a fait signe pour m’avertir qu’on arrivait sur place, mais il semble que je ne l’ai pas vu. À un moment donné, je trouve le temps long et je demande une dame, sommes-nous bientôt au centre des congrès ? Elle me répond : “Pas du tout, nous sommes bientôt en Suède”. »

La notion du temps

« Durant les élections, surtout les fédérales, tu perds la notion du temps. Tu te lèves dans une province un matin et tu dors dans une autre le soir. C’est vrai pour nous, mais aussi pour les politiciens. On était au Nouveau-Brunswick et Jean Chrétien monte sur une plateforme dans une grange et dit : “Je suis tellement heureux d’être ici au Manitoba avec vous.” Disons que les militants se sont regardés ! »

Soigné par des anarchistes

« Je couvrais le sommet des Amériques à Québec. Les policiers ont décidé de bombarder la côte d’Abraham avec du gaz lacrymogène. Ça tombe à 10 pieds de moi, alors je ne vois plus rien. Soudain, des mains me prennent par les épaules et on me guide vers un appartement où on me nettoie les yeux et le visage. Je finis par voir clair : c’est un appartement “de résistance” complètement vide, où se trouvaient des dizaines de bouteilles d’eau. Qu’un homme comme moi soit traité aux petits oignons par des anarchistes : je les en remercie encore. »