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Pierre Jobin vit son rêve de jeunesse

Pierre Jobin vit son rêve de jeunesse
Photo Stevens Leblanc

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Quand TVA l’a embauché pour devenir le visage de son bulletin de nouvelles dans la capitale, Jean-Paul L’Allier terminait son premier mandat à la mairie, les Nordiques jouaient encore au Colisée et personne n’imaginait qu’un jour Paul McCartney attirerait 100 000 personnes sur les plaines d’Abraham. À quelques mois de célébrer ses 25 ans à TVA, Pierre Jobin revient sur une carrière qui lui a permis d’être un témoin direct de plusieurs événements marquants et de réaliser un rêve de jeunesse.

Pierre Jobin était en vacances à Cuba quand Fidel Castro a rendu l’âme, le 25 novembre 2016. « Je suis un lève-tôt. À 5 h du matin, je m’en vais dans le lobby de l’hôtel et je vois que la serveuse a une petite larme. Ils sont trois ou quatre attroupés. Je leur demande ce qui se passe et ils me répondent : “Fidel es muerte”. »

Pour un maniaque de l’information comme lui, le décès du dictateur effaçait instantanément tous les plans de sorties à la plage et de visites touristiques qui figuraient à son agenda.

« J’ai demandé un taxi en urgence. J’étais le seul journaliste de la planète à la Place de la Révolution entre 5 h et midi, à La Havane », raconte fièrement le chef d’antenne, qui a décrit le deuil des Cubains pour TVA durant les jours qui ont suivi pendant que CNN et les autres grands médias convergeaient vers la capitale.

« Hyperactif »

Couvrir un événement majeur pendant ses vacances n’a rien de surprenant quand on apprend que lorsqu’il était adolescent, à Chicoutimi, Pierre Jobin regardait religieusement les bulletins de nouvelles.

« Je regardais Bernard Derome et c’est quelque chose que je voulais faire. »

Sauf que c’est en administration que le jeune Jobin étudie à l’université. Mais il n’abandonne pas son rêve. Il fait de l’animation dans ses temps libres et cogne aux portes de CJPM.

« Je voulais entrer au service des nouvelles de TVA. On me le refusait parce que je n’avais pas fait ATM à Jonquière. »

Il anime tout de même l’émission Les yeux du matin. « Je me levais à 4 h et je faisais l’émission jusqu’à 8 h 30 puis j’allais travailler comme administrateur dans une compagnie d’assurances. J’étais un hyperactif. »

Une décision difficile

Une porte s’ouvre enfin en 1989. Pierre Jobin traverse le parc pour relever le défi de lancer la station TQS à Québec. Il fait du terrain pendant deux ans et demi avant de devenir le chef d’antenne jusqu’à son départ pour TVA, en février 1993.

« Un BBM après mon arrivée à TVA, TQS qui était sur sa lancée est devenue numéro un. On a repris le dessus par la suite en rendant le bulletin plus dynamique », rappelle celui qui avait vécu difficilement son transfert.

« TQS m’avait donné ma première chance. Partir, c’était une trahison pour moi. Ce fut une décision humaine difficile à prendre. »

L’évolution du métier

Les dirigeants de la station, qui avait à l’époque pignon sur la rue Myrand, avaient vu juste. Presque un quart de siècle plus tard, Pierre Jobin est bien en selle. Et il ne monte aucun signe d’essoufflement, lui qui s’est fort bien adapté à l’arrivée des réseaux sociaux et des nouvelles technologies.

« Ça change nos façons de travailler et ça nous aide. L’autre jour, on faisait un dossier sur les médecins de famille et on a demandé à ceux qui n’en ont pas de se manifester. T’envoies ça à 15 000 personnes sur Twitter, ce n’est pas long que tu as des réponses. »

Malgré tout, les médias traditionnels, notamment ceux qui diffusent des nouvelles locales, demeurent à ses yeux une source d’information précieuse qu’il ne faut pas négliger. « Je dis toujours aux jeunes de lire un journal ou d’écouter le bulletin de nouvelles locales pour savoir ce qui se passe chez vous. Si tu veux être pompier ou policier à Québec et qu’il n’y a pas de débouchés avant 20 ans, tu vas l’apprendre aux nouvelles. »

En tout cas, Pierre Jobin n’a rien perdu de sa passion pour le journalisme.

« J’en mange, je m’informe sur ce qui se passe un peu partout dans le monde. À 55 ans, j’ai encore une belle passion de l’information, du scoop, de renseigner les gens. Espérons que ça va se poursuivre pendant plusieurs années. »

Survol d'un quart de siècle d'information

En 25 ans comme chef d’antenne à TVA, Pierre Jobin a annoncé des milliers de nouvelles aux gens et a été le témoin direct de plusieurs grands événements, ici comme ailleurs. Bilan en quelques mots d’un quart de siècle d’information.​

Rivalité conjugale

Pierre Jobin vit son rêve de jeunesse
Photo d'archives

Quand Pierre Jobin a quitté TQS pour TVA à Québec, il est devenu le rival direct de... sa blonde Josée Turmel, chef d’antenne chez le Mouton noir (surnom de TQS à l’époque). Le premier BBM après son transfert, qui donnait l’avance à TQS, avait provoqué bien des taquineries à la maison. « Je t’ai battu Jobin », lui lançait Turmel. La réplique, relatée avec le sourire, était cinglante. « C’est moi qui a monté le bulletin avec la gang au cours des dernières années. Tu es arrivée et tu as continué ce que j’avais parti. Calme-toi le pompon et fais tes classes. »

Des décès qui ébranlent

Gaétan Girouard
Photo d'archives
Gaétan Girouard

« Un homme aimé, un père de famille, un collègue apprécié... » Pierre Jobin a vécu son moment le plus difficile quand il a dû annoncer aux téléspectateurs le suicide de son collègue Gaétan Girouard, le 14 janvier 1999. « Je refoulais mes sanglots », se souvient-il.

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La tâche avait aussi été ardue, quelques années plus tôt, lorsque Marie-Soleil Tougas avait péri dans un écrasement d’avion. « Nous avions passé quelques jours ensemble lors du tournage de Fort Boyard, en France. »

Une entrevue mémorable

Céline Dion
Photo d'archives
Céline Dion

Céline Dion, en 2008, après son concert sur les plaines d’Abraham. Et donc après celui de Paul McCartney. « On sentait bien que Mme Dion et son équipe n’appréciaient pas que l’organisation du 400e ait invité le chanteur britannique. Elle a fait d’ailleurs une sortie exclusive avec moi et un peu explosive après le spectacle », se rappelle M. Jobin.

Du haut des airs

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Photo d'archives

En plus d’adorer son métier, Pierre Jobin est un passionné d’aviation. Il adore survoler la ville. « Tu vois que la région grossit sur chaque rive. Québec est rendue une grosse ville. » Du haut des airs, il a été témoin de la hausse du trafic. « Depuis sept ou huit ans, on sent qu’il y a plus de circulation. » Évidemment, comme il est lui-même pilote, Pierre Jobin peut apporter un éclairage différent lorsque survient une tragédie aérienne. « Dans le cas de Jean Lapierre, j’en ai fait l’analyse en ondes, car il y a des principes de base de l’aviation que je connais et que je peux partager. En mettant des bémols parce que c’est le travail du Bureau de la sécurité des transports d’enquêter, je ne m’étais pas trompé sur l’écrasement de Saint-Hubert ni celui de Jean Lapierre. »

La radio

Au plus fort du conflit qui a opposé CHOI-FM et le CRTC, Pierre Jobin a souvent été la cible des attaques des animateurs de Radio X. Il avait même poursuivi au civil CHOI et Jeff Fillion. Ces derniers avaient répliqué avec une autre poursuite. En entrevue, M. Jobin préfère ne pas revenir sur ces événements. Mais il convient que le climat radiophonique est beaucoup plus sain. « La radio critique toujours, et c’est bien qu’elle le fasse, mais je pense que ça se fait dans un plus grand respect des individus. »

Des offres en politique

Personnage en vue, Pierre Jobin serait une prise de choix pour un parti politique. « On m’a déjà contacté souvent. Est-ce que je ferais de la politique un jour ? Peut-être. Jean Lapierre, qui était un bon ami, me disait souvent que la politique, tu fais ça quand t’es jeune, tu fais ça quand t’es vieux, mais pas entre les deux. » Le journaliste ne croit pas qu’il se laissera séduire tant que ses trois enfants ne voleront pas de leurs propres ailes. « C’est un métier très critiqué. Les attaques sont très virulentes sur les réseaux sociaux. Les gens qui t’entourent doivent avoir une bonne carapace. »

Des scoops

Le ministre Yves Bolduc quitte la politique : « Il était 7 h 15. J’allais déjeuner avec ma fille au restaurant quand j’ai eu l’information sur laquelle je travaillais depuis la veille. J’ai envoyé ça sur Twitter. Ce fut une explosion de retweets et d’appels. Je faisais des entrevues à la table. »

La démission de Marcel Aubut : « Je suis allé à la salle de bain durant la nuit et j’ai eu un message d’un contact qui me disait : “Call me.” Il était 1 h 45 du matin. C’était Marcel Aubut qui démissionnait du Comité olympique canadien. Je l’ai tweeté à 3 h. Avec les cellulaires, t’es sur le gun 24 heures sur 24. »

Des événements marquants

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Photo d'archives

La tragédie des Éboulements: « Ce matin-là, je parlais tout bonnement avec une amie urgentologue au téléphone. Elle m’a dit : je vais être obligée de te laisser, ça fait 15 fois que ma pagette sonne et je dois partir, il y a plein de blessés. C’est là que j’ai découvert l’ampleur du drame. Je suis sauté dans ma camionnette personnelle pour me diriger vers le lieu. »

La tuerie de la mosquée : « Un dimanche soir, alors que tout le monde pense à aller au dodo. Spontanément, je suis parti et j’ai passé cinq jours dans le banc de neige pour couvrir ça. »

Le décès d’Andrée Boucher: « Je remplaçais François Paradis le midi quand on a reçu les premières indications qu’elle serait décédée. C’était particulier de vivre le décès d’une personne au pouvoir. »

La prostitution juvénile: « Cela a créé un climat de suspicion à l’endroit de plusieurs personnes de tous les niveaux à Québec. Je pense qu’on l’a bien couvert, on a été très présents. Québec la pure a été ébranlée. »

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AFP

Le 400e : « En 2008, Québec a retrouvé sa fierté après la prostitution juvénile. Avant, le climat était morose, on se sentait “loser”. C’est Paul McCartney qui a changé la donne. Le monde entier a vu que McCartney acceptait de venir chanter sur les Plaines. »

Le Centre Vidéotron : « Il y avait des pour et des contre. Je dirais qu’il y avait plus de pour parce qu’il y avait la promesse d’une équipe de hockey attachée au projet. »

Pierre Jobin à propos de...

Jean Pelletier : « De mémoire, il m’a accordé sa dernière entrevue. Il se savait condamné. C’est mon entrevue la plus délicate en carrière. »

Jean-Paul L’Allier : « Très ouvert et très démocrate. Il acceptait la critique en défendant ses points. »

Andrée Boucher : « Si on faisait un reportage le soir, elle appelait le lendemain et faisait sa maîtresse d’école. Parfois, elle avait raison, parfois on maintenait nos positions. »

Régis Labeaume : « C’est un style différent. Il accepte un peu moins la critique. Ça fait partie du personnage et ça ne nous empêche pas de faire notre travail. Il commence à s’assagir. »