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Son frère lui vole sa fortune

L’homme de Granby serait mort dans la pauvreté et la honte d’avoir été fraudé par un proche

Paul Lamontagne s’est occupé de son oncle fraudé jusqu’à son décès, puis l’a défendu pendant deux ans pour que son autre oncle soit condamné.
Photo Stéphan Dussault Paul Lamontagne s’est occupé de son oncle fraudé jusqu’à son décès, puis l’a défendu pendant deux ans pour que son autre oncle soit condamné.

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Les pires chicanes d’héritage surviennent même dans les meilleures familles, comme l’a appris à la dure un homme de Granby qui a vu son oncle se faire voler ses économies par ses deux frères.

« C’est une tragédie humaine. La fraude de ses frères a précipité la mort de mon oncle. Il a fini sa vie ruiné et honteux d’avoir été floué par ses proches », dit tristement Paul Lamontagne.

Attablé dans un café de Granby, le neveu raconte comment Yvon et Rodolphe, les frères de son oncle Armand Côté, l’ont saigné jusqu’à son décès, en mars 2015, en vidant progressivement son compte en banque et dévalisant son coffret de sûreté. Il raconte aussi comment il s’est battu depuis deux ans en cour pour rétablir l’honneur de son oncle.

« C’est moi qui ai pris l’argent. C’est la pire affaire que j’ai faite de ma vie, avoue Yvon Côté. Mais je l’ai fait pour la donner à mon frère, qui arrêtait pas de m’achaler pour qu’on le prenne pour pas qu’il le dépense», s’est-il défendu en entrevue téléphonique avec Le Journal.

Un juge vient de disculper Rodolphe Côté, mais a condamné sévèrement Yvon Côté à rembourser 65 400 $ dérobés à son frère veuf et affaibli.

<b>Armand Côté</b><br>
1926-2015 (89 ans)
Photo courtoisie
Armand Côté
1926-2015 (89 ans)

Vols en série

Armand aimait pourtant bien son frère Yvon. Au point où c’est à lui qu’il a demandé s’il serait assez aimable pour l’aider à payer les factures et déposer ses chèques de pension dans son compte en banque. Il lui a alors signé une procuration pour qu’il accède au compte et au coffret de sûreté.

Le geste d’entraide s’est transformé en vols en série pendant sept ans. Le 9 août 2006, il a retiré 20 000 $ du compte en banque, « 200 bills de 100 piastres », précise Yvon Côté. Le 10 mars 2009, c’est un autre 8400 $ qu’il s’est approprié. Il restait alors un maigre 212 $ dans son compte.

Le coffret de sûreté y passera aussi. L’homme y accède à neuf reprises entre 2004 et 2010, y retirant en tout 40 000 $.

Famille unie

La famille n’était pas à couteaux tirés selon Paul Lamontagne. Quand Armand a vendu sa maison près de 100 000 $ en 2004, il a même donné 4000 $ à chacun de ses sept frères et sœurs.

Yvon, lui, pigeait dans le plat de bonbons en se disant que personne ne poserait de question à la mort de son frère. Mais Armand a pris plus de temps que prévu à décéder et a fini par constater qu’on vidait son compte. C’est là qu’il a alerté sa sœur, la mère de Paul Lamontagne, et ce dernier a pris les choses en main.

« Ça peut arriver même dans les bonnes familles », dit celui qui s’est occupé des affaires de son oncle depuis son décès. Les problèmes d’alcool et d’argent font que certains profitent des plus faibles. « Ce sont tous des gens de plus de 70 ans. C’est incroyable tout ça», dit-il.

Le pire, c’est que les héritiers ne devraient pas revoir la couleur de cet argent. De l’aveu même d’Yvon Côté, il n’est pas solvable. « C’est une grande déception pour la famille », admet-il.

Personne indépendante

Si son oncle avait nommé une personne indépendante pour s’assurer une fois ou deux par année que l’argent était correctement dépensé, la situation n’aurait pas dégénéré, dit-il. Mais même s’il ne reverra pas la couleur de l’argent volé, Paul Lamontagne est fier de s’être investi dans ce qui est devenu une saga judiciaire. « Je suis satisfait d’avoir défendu mon oncle contre des choses que personne ne devrait subir. »

Rembourser sa fraude après le décès

Vous avez arnaqué un homme et vous cessez de rembourser vos dettes envers lui à son décès ? Mauvaise idée.

Il faut continuer de rembourser ses fraudes même après le décès, ce que Maryse Cotton a appris à ses dépens.

Elle a été condamnée en décembre dernier à rembourser les 3914 $ qu’elle devait encore à Michel Brasseur qu’elle avait tenté de frauder quatre ans plus tôt.

Loyers impayés ?

À cette époque, la femme avait pour tâche de percevoir les loyers des immeubles que

M. Brasseur détenait à La Pocatière, dans le Bas-Saint-Laurent. Or, en 2012, l’investisseur immobilier constate qu’il manque environ 14 000 $ de loyers et de revenus de buanderie. Il s’assure que ses locataires ont bien payé, puis confronte Maryse Cotton, qui avoue les avoir gardés pour elle. Elle s’entend pour le rembourser graduellement.

Michel Brasseur décède en juin 2015, moment où Maryse Cotton cesse ses versements. Les héritiers sont bien au courant de la chose puisque le défunt a fait signer des reconnaissances de dette à Maryse Cotton. C’est ensuite un jeu d’enfants de convaincre le juge de la condamner à poursuivre le remboursement de son arnaque.

Maryse Cotton n’a pas rendu les appels du Journal.

Elle envoie en cour le charlatan qui a soigné son mari mourant

Diane Bourget montre une photo avec son mari Yvon Bergeron. Elle a gardé les pots de vitamines « prescrits » par le guérisseur Lucien Morin (en mortaise).
Photo JEAN-FRANCOIS DESGAGNES
Diane Bourget montre une photo avec son mari Yvon Bergeron. Elle a gardé les pots de vitamines « prescrits » par le guérisseur Lucien Morin (en mortaise).

Une femme qui gérait l’héritage de son mari a envoyé en cour le charlatan qui l’a soigné avec de la vitamine C avant qu’il décède d’un cancer.

Diane Bourget est une femme déterminée. Insatisfaite en 2015 de la décision du Collège des médecins, qui a condamné le pseudo-guérisseur Lucien Morin à payer 12 000 $ d’amende pour avoir prescrit de la vitamine C à son mari cancéreux, elle l’a envoyé en cour au nom de la succession pour qu’il rembourse les 563 $ de produits naturels vendus quelques mois avant la mort d’Yvon Bergeron.

<b>Yvon Bergeron</b><br>
1947 – 2014 (66 ans)
Photo courtoisie
Yvon Bergeron
1947 – 2014 (66 ans)

Dernier espoir

« À cette époque, mon mari achetait de l’espoir. Et moi, je ne voulais pas briser son rêve », a expliqué au Journal la femme de Saint-Apollinaire, située à 30 km de Québec.

En octobre 2013, déjà aux prises avec un cancer avancé du cerveau, Yvon Bergeron a consulté Lucien Morin, un adepte de l’autoguérison. Il cessera de prendre ces vitamines un mois et demi plus tard et décédera en février 2014.

En décembre dernier, le juge condamne l’adepte de l’autoguérison à rembourser la succession pour le coût des médicaments, en plus de 1000 $ pour les troubles occasionnés.

Un cadeau de Noël empoisonné pour Diane Bourget puisque quatre mois après le jugement, elle dit ne pas avoir encore vu la couleur de cet argent.

« Ça sert à quoi d’envoyer en cour un homme sans honneur ? peste-t-elle. Est-ce que je vais payer jusqu’à 800 $ un huissier pour essayer de récupérer mon argent ? »

Il n’a pas été possible de parler à Lucien Morin.

Un fils condamné à rembourser 34 500 $ aux héritiers

Un fils qui réclamait 25 000 $ à la succession de sa mère a plutôt été condamné à rembourser pour 34 500 $ de chèques soutirés à son insu pendant cinq ans.

On ne peut pas piger comme on veut dans le compte de sa mère, même si elle a donné une procuration pour déposer et retirer de l’argent, vient de lui rappeler un juge.

Michel Fortin réclamait cet argent pour trois chèques que sa mère lui aurait remis en dons pour compenser la vente d’une maison à la famille d’un de ses frères. Mais la poursuite du vendeur de thermopompes de Terrebonne s’est retournée contre lui.

<b>Jeannette Lachance</b><br>
1926 - 2015 (89 ans)
Photo courtoisie
Jeannette Lachance
1926 - 2015 (89 ans)

Pas un bar ouvert

Il avait une procuration de sa mère pour gérer ses dépenses, ce qui ne lui donnait pas le droit de se faire des chèques. Pourtant, de son propre aveu fait à son neveu, qui gère la succession, la procuration sert « pour prendre de l’argent en tout temps ».

La directrice de la banque a rappelé à la Cour qu’il était interdit de retirer de l’argent du compte de sa mère pour soi-même.

Michel Fortin, lui, assure que sa mère lui donnait le droit de garder ces chèques pour compenser la vente de la maison à un petit-fils. Or, « il n’y a aucune annotation sur l’ensemble des chèques [...] établissant, même par un commencement de preuve par écrit, que feu madame Lachance faisait ces chèques au bénéfice de son fils Michel Fortin », écrit le juge.

Aucune preuve

C’est pourquoi le magistrat n’hésite pas à exiger qu’il rembourse tous les montants pigés dans le compte de sa mère. Et rejette sa demande pour des chèques qu’il n’avait toujours pas encaissés.

Il a beau prétendre que sa mère lui a fait don de tout cet argent, il n’y a même pas « un commencement de preuve », conclut le juge.

« Si mon frère était venu témoigner, ça aurait été plus clair. Mais le 34 500 $, c’était mon argent que j’avais déposé dans le compte commun que j’avais avec ma mère », jure-t-il au Journal.