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Charlottesville: l’occasion ratée de Donald Trump

President Donald trump  meets with US Ambassador to the UN Nikki Haley and Secretary of State Rex Tillerson
AFP

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À Charlottesville en Virginie, des manifestations d’extrême-droite vendredi soir ont été suivies de contremanifestations samedi, marquées par l’attentat meurtrier commis par un néonazi. Ces événements envoient des signaux clairs sur le climat politique qui règne aux États-Unis à l’ère de Donald Trump et sur l’absence de leadership moral de la part de l’actuel président.

La manifestation de vendredi était motivée par la décision de la ville de Charlottesville de démanteler une statue érigée au héros sudiste de la guerre de sécession, le général Robert E. Lee. Ce n’est pas la première décision du genre. Pour une majorité croissante d’Américains, il est important d’exorciser le passé des États du Sud en cessant de célébrer les dirigeants d’un combat mené au nom du racisme et de l’esclavagisme. Certains blancs se sentent menacés par ces changements et réagissent en défendant les symboles d’une époque révolue.

Une manifestation d’extrémistes de droite

Si on se fie aux affiches qu’ils portaient et au discours qu’ils tenaient, la manifestation de vendredi regroupait des membres de groupes néo-nazis, des soi-disant «nationalistes blancs» (qu’il vaudrait mieux décrire comme des «suprémacistes blancs» ou, plus généralement, comme des racistes) et des tenants de la «droite alternative» (alt-right). On notait parmi eux un nombre non négligeable de manifestants qui affichaient des signes ostensibles d’allégeance à Donald Trump. Personne n’a été blessé vendredi soir, mais il est indéniable que la haine et la violence sont au cœur de l’idéologie qui animait ce rassemblement.

Samedi, à l’occasion d’une contremanifestation qui a donné lieu à des affrontements, un automobiliste a foncé dans la foule, tuant une femme de 32 ans et blessant une vingtaine d’autres participants. Il s’agissait ni plus ni moins que d’un acte de terrorisme mais, comme pour les très nombreux cas d’actes violents commis au nom de la droite radicale aux États-Unis, on n’est pas unanime à reconnaître ces actes pour ce qu’ils sont: des actes de terreur.

L’occasion ratée de Donald Trump

Suite à ces événements, la réaction de Donald Trump était évidemment très attendue. L’occasion était idéale pour lui de recentrer sa présidence en affirmant une opposition catégorique aux groupes d’extrême-droite dont les idées haineuses sont à l’origine de cette violence. Au lieu de faire ce que tout autre président aurait fait, Trump a émis une tiède condamnation des événements en prenant soin de souligner qu’il y avait de la violence de plusieurs côtés. Il n’y a toutefois pas grand-chose de plus facile ou de moins courageux que de dénoncer la violence en général sans nommer ni condamner ceux qui la commettent et l’idéologie haineuse qui les anime.

Dans les faits, en refusant de condamner explicitement et nommément les manifestants d’extrême droite de Charlottesville, le président a donné une légitimité à leur discours que celui-ci ne devrait pas avoir. Par exemple l’ancien chef du Ku Klux Klan, David Duke, qui était présent à la manifestation, n’a pas hésité à se féliciter des propos du président. À ses yeux, les manifestations de Charlottesville représentaient la concrétisation de «la promesse de Donald Trump». Il ne fait aucun doute qu’aux yeux de ces groupes qui forment un noyau dur de partisans de Trump, restaurer la grandeur de l’Amérique signifie revenir à l’époque révolue de la ségrégation institutionnalisée.

Il faut le dire. Un président américain qui refuse de condamner explicitement un groupe de manifestants néo-nazis après que l’un d’entre eux ait commis un acte délibérément meurtrier abandonne toute prétention à pouvoir exercer quelque leadership moral que ce soit. Même dans son propre parti, les propos du président ont été jugés totalement inadéquats. Par exemple, le sénateur Orrin Hatch, de l’Utah, soulignait que son propre frère n’avait pas sacrifié sa vie à combattre les nazis pour que leurs idées soient considérées comme acceptables dans la société américaine. Malgré les tentatives de l’entourage du président pour rajuster le tir, le fait demeure que depuis que Donald Trump s’est mis à l’avant-plan des débats politiques en 2011 en contestant la citoyenneté américaine de Barack Obama, il a exploité à son avantage le ressentiment racial d’une portion significative de la majorité blanche et n’a jamais émis de critiques sincères et directes contre l’extrême-droite.

Et vice-versa

Cela ne signifie pas qu’il faille tolérer toute autre forme de violence dans le débat politique. Aucune forme de violence n’a légitimement sa place dans le débat politique. De plus, en présence de ce genre de groupes qui abusent de leur liberté de parole, on ne peut tout simplement pas dire que les deux côtés doivent faire un effort pour se rejoindre. Si le débat oppose les nazis contre les non-nazis, les racistes contre les non-racistes, il n’est pas question de chercher à trouver un point d’entente, ni aux États-Unis ni chez nous. C’est pourquoi, en l’absence d’une condamnation franche et nette de ces groupes, les appels à l’unité de Donald Trump et de apologistes sonnent creux.

Dans le feu de la campagne électorale, Donald Trump avait déclaré que même s’il commettait un meurtre en plein milieu d’une rue à la vue de tous, ses supporters inconditionnels continueraient à l’appuyer. On constate maintenant qu’il aurait pu ajouter : «et vice-versa.»