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La mauvaise blague de Stéphane Laporte

DM la voix jr-24
Photo Agence QMI, Daniel Mallard

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C’est une toute petite phrase de Stéphane Laporte publiée dans La Presse hier.

Mais une petite phrase qui en dit long sur un certain type d’idéologie.

« Ils veulent fermer nos frontières, et de Shapovalov, ils sont fiers », a-t-il écrit.

Un amalgame boiteux

En d’autres termes : pourquoi tant de Québécois qui tripent sur le champion de tennis canadien sont-ils contre l’immigration ? Ne voient-ils pas que leur idole EST un immigrant, qu’il est né en Israël et que si on fermait les frontières, on n’aurait pas de Shapovalov ?

Décortiquons cette phrase...

Un : pour Stéphane Laporte, être contre l’immigration illégale, c’est être contre l’immigration.

Faux.

C’est comme si on disait : « Tous les musulmans sont des terroristes », c’est un amalgame tout aussi stupide et réducteur.

Contrairement à ce que pense Stéphane Laporte (et Philippe Couillard), les gens qui sont contre l’immigration illégale ne sont pas contre l’immigration, ce ne sont pas des racistes ni des xénophobes, ils veulent juste que les immigrants respectent la loi canadienne.

Est-ce trop demander ?

« Si l’État est fort, il nous écrase. S’il est faible, nous périssons », écrivait Paul Valéry.

Ne pas respecter les frontières d’un État, c’est affaiblir cet État. Or, un État affaibli est un État qui ne peut pas protéger ses citoyens les plus pauvres et les plus vulnérables.

Je suis sûr que Stéphane Laporte veut que les entreprises multinationales respectent les lois canadiennes et paient leur juste part de taxes et d’impôts.

Sinon, pourquoi a-t-on des lois, si tout le monde peut les violer impunément ? Abolissons-les ! Effaçons nos frontières ! Détruisons l’État-nation !

Eh bien, être contre l’immigration illégale, c’est juste ça : demander aux individus – comme aux entreprises – de respecter nos lois, nos frontières et nos règlements.

Une affirmation insultante

Deux : l’affirmation de Laporte est insultante pour les Shapovalov, qui ont immigré au Canada alors que leur fils cadet n’avait même pas un an.

À ce que je sache, ils n’ont pas eu recours à des passeurs.

Ils ne se sont pas cachés dans des bosquets à Lacolle.

Ils ont respecté la loi et ils ont rempli une demande d’immigration en bonne et due forme.

Ils ont fait preuve de patience.

Ils n’ont pas essayé de se faire passer pour des réfugiés alors qu’ils ne répondaient à aucun critère.

Je ne comprends pas notre époque...

Tu refuses d’enlever le voile qui masque ton visage lors de ta cérémonie de citoyenneté ? La ministre de la Justice t’appelle personnellement pour te féliciter !

Tu traverses illégalement la frontière ? Le maire de Montréal se déplace pour te souhaiter la bienvenue !

On applaudit ceux qui ne respectent pas les règles du jeu et on ignore ceux qui les respectent.

Un argument vide

Et en terminant, dire : « Regardez, l’immigration est bonne, car on a eu Shapovalov » est aussi niaiseux que dire « Regardez, l’immigration est néfaste, car on a eu Adil Charkaoui ».

C’est comme l’avortement.

Pour chaque pro-vie qui me dit « La mère de Mozart aurait pu tuer son fils ! », je réponds « La mère d’Hitler aurait pu aussi tuer son fils... ».

Ce genre d’argument ne mène nulle part.