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Les psychiatres inquiets de la légalisation du cannabis

Les médecins spécialistes souhaitent voir une mise en place plus rapide des ressources en santé mentale

Les psychiatres inquiets de la légalisation du cannabis
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Les psychiatres québécois se disent préoccupés par le peu de mesures mises en place dans le réseau de la santé en prévision de la légalisation du cannabis et craignent une pression importante sur des services déjà à bout de souffle.

Des membres de l’Association des médecins psychiatres du Québec (AMPQ) et de l’Association québécoise des programmes pour premiers épisodes psychotiques (AQPPEP) ont présenté leurs craintes jeudi en marge des consultations publiques sur la légalisation du cannabis. S’ils avaient préféré ne jamais voir le train de la légalisation se mettre en marche, ils souhaitent maintenant le voir ralentir à défaut de pouvoir l’arrêter.

Pas assez d’initiatives

«Il faut prévoir la mise en place des ressources parce que ça prend du temps. Il existe une certaine inertie dans le domaine de la santé, donc si on veut mettre en place quelque chose, il faudra prendre l’argent ailleurs et rapidement. Je ne vois pas actuellement ce branlebas de combat et c’est inquiétant», soutient le Dr Marc-André Roy, chercheur clinicien à l’Institut universitaire en santé mentale de Québec.

Déjà débordés par le flot actuel de patients qui est supérieur dans la région de Québec qu’ailleurs en province, les psychiatres soutiennent que la légalisation viendra avec une hausse marquée de la demande. Se basant sur des études faites après la légalisation dans certains états américains, la Dre Édith Labonté craint de voir le réseau ne plus pouvoir supporter les patients psychotiques.

«C’est documenté. La consultation en urgence a augmenté jusqu’à 40% en lien avec le cannabis et j’ai du mal à penser que ça ne se produira pas chez nous», croit la psychiatre membre du conseil d’administration de l’AMPQ.

Déçus de la ministre David

Réagissant à la sortie de la ministre Hélène David, qui affirmait jeudi ne pas fermer la porte au pot sur les campus collégiaux et universitaires, les psychiatres québécois se sont dits déçus de ce genre de position. Selon eux, la ministre a raté une belle occasion de passer un message fort.

«Le cannabis est à la psychose ce que l’essence est au feu de camp. [...] La ministre s’est dite ambivalente, donc pourquoi elle ne viendrait pas passer une journée aux urgences avec nous? Je serais très ouvert à ce qu’elle vienne voir et qu’elle puisse elle aussi mettre un nom et un visage sur la problématique. Parce que c’est quand on voit ces beaux jeunes-là aux prises avec un problème qu’on comprend», interpelle le Dr Roy.

Recommandations

En marge des consultations qui se tenaient jeudi à Québec, l’association a émis ses recommandations quant à la légalisation qui est prévue pour juillet 2018. Les spécialistes souhaitent notamment voir l’âge légal pour se procurer la substance fixée à 21 ans, même si le cerveau termine son développement complet à 25.

«Socialement, il y a un courant qui dit qu’à 18 ans, on est majeur, on peut fumer et faire ce qu’on veut. C’est donc un compromis entre ça et l’âge idéal qui pour nous aurait été 25 ans», précise Mme Labonté. Les médecins espèrent également un contrôle sur la teneur en THC et sur la mise en vente du cannabis ainsi que la mise sur pied d’un programme d’éducation dans le cursus scolaire au secondaire.

Recommandations de l’Association des médecins psychiatres du Québec

- Fixer l’âge minimal à 21 ans

- Interdire la culture à domicile à des fins non médicales

- Interdire toute publicité

- Prévoir un modèle de vente sans logique de profit

- Mise en place d’un programme dans le cursus au secondaire

- Outiller les parents

- Déployer des campagnes de sensibilisation

- Financer l’accès à des ressources additionnelles en santé