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Question de signal

Henri IV
Simon Clark/Agence QMI Le ministre François Blais

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Après 50 ans, il fallait investir dans l’autoroute Henri IV pour s’assurer qu’elle demeure sécuritaire. Mais fallait-il pour autant l’élargir, quand on sait qu’élargissement rime avec plus de circulation et très vite, avec plus de congestion?

Il n’est pas étonnant que les gens n’y voient plus clair lorsqu’il est question de trouver des solutions pour régler les problèmes de congestion routière à Québec. Au gré des élections à venir, nos politiciens s’en donnent à cœur joie dans les annonces d’investissements, sans trop se soucier des messages contradictoires qu’ils envoient.

Lors de l’annonce de 450 M$ pour élargir et refaire une partie d’Henri IV, hier matin, le ministre François Blais s’est fait un devoir de rappeler qu’il s’agissait d’une promesse électorale. M. Blais a aussi remis sur le tapis son désir de prolonger l’autoroute Félix-Leclerc vers l’ouest, alors que personne ne s’entend pour dire que ce projet contribuerait à soulager la congestion.

Quant au maire Labeaume, il n’a pas voulu commenter le fait que l’annonce pour Henri IV tombe à point, avec la campagne électorale municipale qui débute en septembre. Il faudrait toutefois être bien naïf pour ne pas tracer de liens, à l’heure où le discours d’opposition entre le transport en commun et l’automobile bat son plein à Québec.

Pas une solution

«J’ai l’impression qu’avec ça, le gouvernement montre qu’il va régler les problèmes de congestion, mais je doute, dit Marie-Hélène Vandersmissen, directrice du département de géographie de l’Université Laval. Partout ailleurs où on a élargi les autoroutes, ça n’a jamais réglé la question de la congestion.»

Certes, il est certainement justifié d’effectuer des travaux pour refaire certaines structures devenues désuètes ou moins sécuritaires avec le temps, précise Mme Vandersmissen. A-t-on conclu que l’occasion était belle pour élargir du même coup? Peut-être, mais c’est aussi une question de signal, croit la professeure spécialisée en milieux et transports urbains. «Ça l’air tellement facile de débloquer un demi-milliard pour élargir une section de deux kilomètres d’autoroute, alors qu’on a tellement de difficulté à Québec à investir dans le transport en commun.»

Les projets de SRB et de tramway ont été mis de côté à cause des coûts, rappelle Mme Vandersmissen, mais le potentiel structurant sur la ville et la mobilité serait beaucoup plus grand si on investissait ces sommes dans un réseau de transport structurant.

J’ajouterais qu’il revient aux politiciens de bien expliquer cette réalité, et d’assumer ensuite le leadership nécessaire pour assurer l’acceptation des projets qui auront le plus d’impacts, et pas seulement à court terme.