/misc
Navigation

La confidente n° 1 des Québécois

Louise Deschâtelets tient le Courrier du Journal depuis près de 17 ans

50 ans JdeQ - Louise Deschatelets
Photo Ben Pelosse Louise Deschâtelets, qui consacre en moyenne deux jours par semaine à ce travail, se considère choyée de piloter le Courrier du Journal depuis près de deux décennies.

Coup d'oeil sur cet article

Elle est la confidente la plus connue au Québec. Louise Deschâtelets, qui fêtera ses 17 ans au Courrier du Journal en novembre, est toujours aussi passionnée par son travail, qui lui permet de rester « totalement connectée » à la société actuelle.

« Ça me garde jeune, lance au bout du fil Mme Deschâtelets, jointe à sa résidence de L’Île-des-Sœurs, qui abrite aussi son bureau où elle fait chaque semaine tout le travail relatif au Courrier.

«Je suis très contente que Le Journal me permette de continuer à faire ça, parce que je reste complètement dans la vie de la société», mentionne-t-elle, soulignant qu’elle fait beaucoup de lectures, en psychologie notamment, pour s’assurer de toujours bien comprendre la réalité des jeunes et des moins jeunes, qui lui écrivent par dizaines chaque semaine en quête d’un peu d’aide.

L’aventure a commencé en novembre 2000, alors que Solange Harvey quittait le poste au Courrier du Journal. Cette dernière, qui avait croisé Mme Deschâtelets le jour même de l’annonce de son départ, lui avait conseillé de postuler.

«J’avais dit : “Écoutez, je ne pense pas que ce soit dans mes cordes. Moi, je n’écris pas vraiment.” Je n’avais même pas posé ma candidature tellement j’étais certaine que ce n’était pas fait pour moi !» se remémore-t-elle.

Quelques jours plus tard, le poste lui était officiellement offert, à sa plus grande surprise. C’était le début d’un long dialogue avec des milliers de Québécois.

Pour hommes et femmes

«J’ai commencé à publier des lettres de gens qui répondent à d’autres personnes tout autant que de gens qui discutent de mon opinion à moi», explique-t-elle. Pour rendre chaque lettre compréhensible et attrayante, le travail était très ardu au départ, convient-elle.

«Des fois, il fallait que je réécrive les lettres quatre ou cinq fois avant d’être satisfaite. Mais maintenant, ça coule plus de source. Et je suis arrivée à créer une espèce de mouvement qui fait que tout le monde s’y retrouve et on peut revenir sur un même sujet trois mois plus tard sans que ce soit décalé», raconte-t-elle, se félicitant du même coup d’avoir réussi à rejoindre davantage les hommes.

«Au début, en quatre ou cinq ans je dirais, on est arrivés à avoir moitié hommes, moitié femmes au niveau du lectorat et de l’envoi de lettres. Et ça ne s’est pas démenti depuis les 12 dernières années», se réjouit Mme Deschâtelets.

Un « courrier de vie »

Les personnes qui lui écrivent ont, le plus souvent, entre 30 et 70 ans, dit-elle. Sans surprise, le courrier postal est de moins en moins fréquent, si bien que la très grande majorité de la centaine de messages reçus chaque semaine est maintenant envoyée par courriel.

«Ça s’appelait un courrier du cœur à l’époque, mais ça a beaucoup évolué au fil des ans. Maintenant, je pourrais appeler ça un courrier de vie, soulève celle dont le visage est familier aux quatre coins de la province.

«On parle de la vie amoureuse des gens, mais on parle aussi de religion, de problèmes de société, de problèmes au travail, de voisinage... On a complètement élargi le spectre au fur et à mesure.»

Choyée

La confidente n° 1 des Québécois, qui consacre en moyenne deux jours par semaine à ce travail, s’estime choyée de piloter le Courrier depuis près de deux décennies.

«Je ne peux pas être déconnectée de ce qui se passe. C’est pour ça que j’ai tellement de fun à vivre !» conclut la septuagénaire, tout sourire.

Des anecdotes mémorables

La fois où la police a appelé...

« Ça date d’au moins 10 ans. Une femme de la Rive-Sud de Montréal m’avait écrit et m’avait décrit un cas d’abus sexuel chez un enfant, un cas inacceptable d’enfant violenté quotidiennement par un conjoint, et elle laissait faire ça. Dans ma réponse, j’avais été très virulente, mais c’était une lettre terrible qui m’avait beaucoup ébranlée », se souvient Mme Deschâtelets, qui explique que le jour de la publication, la lettre avait d’ailleurs fait l’objet de débats sur les ondes d’une radio montréalaise. « Le lendemain, la Sûreté du Québec m’avait appelée et on s’était rencontrés. Eux, ils voulaient avoir la lettre. Ils me demandaient si j’avais des indices, mais je n’en avais aucun, à part que ça provenait de la Rive-Sud. Ils avaient ouvert un dossier et m’avaient dit de les contacter si je recevais quelque chose d’autre de cette personne-là, mais elle ne m’a jamais réécrit. »

Des lettres à l’épreuve de tout !

« Les gens qui m’écrivent par la poste, la plupart ont très peur que je ne reçoive pas leur courrier, souligne Mme Deschâtelets. Des fois, ils me l’envoient deux, même trois fois, et ils ferment leurs enveloppes au papier collant ! Quand je vois qu’il y a beaucoup de papier collant sur une enveloppe, je comprends que c’est quelqu’un d’angoissé, de peureux. Quelqu’un qui a peur que je ne voie pas ou que quelqu’un ouvre sa lettre. C’est moins fréquent que ça l’était autrefois, mais ça arrive encore souvent. »

Jeannette Bertrand comme conseillère

Lorsqu’elle a pris la relève du Courrier du Journal en 2000, Louise Deschâtelets s’est tournée vers Jeannette Bertrand, qui avait elle-même une expérience en matière de courrier du cœur, pour lui demander certains conseils. « Jeannette m’a dit : “Il faut que tu te fasses confiance. Dans un courrier, ce que veulent les gens, c’est parler à une amie, pour être capables de lui raconter des choses que tu ne racontes même pas à tes proches” », se remémore Mme Deschâtelets. C’est aussi Jeannette Bertrand qui lui avait conseillé de réécrire les lettres qu’elle publierait. « Elle a dit : “Il faut que tu rendes leurs lettres aussi attrayantes que s’ils lisaient un roman. Après ça, tu les amènes à constater que l’avenue à prendre, soit ils la connaissent, soit ils en ont une bonne idée, sinon ils doivent se fier à leur entourage qui leur conseille des choses. Il faut que la lettre soit attirante et que ta réponse soit beaucoup plus courte”. » Voilà pourquoi il est très rare que la réponse de Louise Deschâtelets soit aussi longue que la lettre...

« Méchante » louise !

Certains correspondants ne se lassent pas de lui écrire depuis de nombreuses années pour lui faire part de leur mécontentement sur les réponses qu’elle peut fournir dans le Courrier. « Par exemple, il y en a une qui m’écrit depuis 10 ans par courrier postal chaque fois qu’une maîtresse m’écrit. Elle pense que je privilégie les maîtresses. Elle est sûre que je suis une méchante femme... Elle m’en a dit des bêtises ! raconte Mme Deschâtelets. Mais elle est incapable de voir ce que je réponds vraiment à la maîtresse. [...] Les gens réagissent à la lumière de leur propre vie. Des fois, elle peut me l’écrire trois fois [sa lettre] pour être sûre que je la reçois. »


CE QUI A LE PLUS CHANGÉ EN 17 ANS
 
« La façon plus directe que les gens ont de raconter leurs problèmes, dit-elle. Avec le courriel, les gens utilisent moins de mots pour dire les choses. Maintenant, il faut que j’allonge mes lettres parce qu’ils disent en trois mots ce qu’ils disaient en un paragraphe avant ! Ça va beaucoup plus vite. Les gens ont aussi beaucoup plus de facilité à s’exprimer. C’est là qu’on voit l’évolution de l’éducation dans la société. »
 
CE QUI N’A PAS CHANGÉ EN 17 ANS
 
« Ce qui est étonnant, quand on parle de partage des tâches, on partage facilement le techni­que, la domesticité. Mais ce avec quoi on a encore de la difficulté, c’est l’émotif, et ça, ça ne change pas beaucoup », constate Mme Deschâtelets, qui ajoute que la peur des hommes de consulter est toujours présente. « Ça n’a pas beaucoup changé, cette peur-là est encore très présente chez les hommes... La peur de perdre leur masculinité. »