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Alberto Giacometti, un héritage monumental

Grande tête mince, l'une des oeuvres d'Alberto Giacometti qui seront exposées au Musée national des beaux-arts du Québec en février.
Photo courtoisie Succession Alberto Giacometti/ SODRAC pour le Canada (2018) Grande tête mince, l'une des oeuvres d'Alberto Giacometti qui seront exposées au Musée national des beaux-arts du Québec en février.

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LONDRES | Pour la première fois depuis 20 ans, les œuvres d’Alberto Giacometti traverseront l’Atlantique pour se poser en Amérique, en février prochain, au Musée national des beaux-arts. Le corpus de 200 œuvres, en ce moment installé dans plusieurs salles du musée Tate Modern de Londres, témoigne de l’héritage monumental qu’a laissé l’artiste à l’art contemporain.

C’est un grand coup qu’a frappé le MNBAQ, qui attire entre les murs du pavillon Pierre-Lassonde sa première grande exposition d’envergure internationale depuis son ouverture en juin 2016.Plus d’un demi-siècle après sa mort, l’artiste attire les passionnés tout comme les curieux: des dizaines de personnes jouaient du coude dès l’ouverture des portes de la salle du musée érigée au sud de la Tamise, mercredi, alors qu’il ne reste que quelques jours à l’exposition.

C’est le «noyau dur» de cette exposition, souligne le conservateur André Gilbert, qui se transportera à Québec en février, vingt ans après que quelques-unes des œuvres de Giacometti aient été présentées au Musée des beaux-arts de Montréal. Quelques journalistes québécois ont pu en avoir un aperçu mercredi, lors d’une visite de presse organisée à Londres.

Il y a 20 ans, ce sont majoritairement des œuvres de bronze que le public avait l’occasion de découvrir, puisqu’elles étaient les seules disponibles. Mais la mise sur pied de la Fondation Giacometti en 2003, initiée par la veuve de l’artiste, a permis la découverte et la restauration de centaines de sculptures, de gravures, d’estampes, de toiles et de milliers de dessins. Il y avait de quoi faire une rétrospective complète de son riche parcours, tout en mettant en lumière une grandiose carrière. 

Il a donc fallu du temps avant que le public ne puisse découvrir l’œuvre complète de l’artiste renommé. La directrice de la fondation, Catherine Grenier, s’est donné comme mandat de faire enfin voyager les œuvres à l’international, et c’est réussi: Milan, Madrid, Istanbul et Shangaï ont accueilli l’exposition.

Des œuvres inédites

Des 200 œuvres présentées à Londres, 150 d’entre elles feront le voyage vers Québec, dont plusieurs inédits exceptionnels, tirés de la Fondation, qui n’ont encore jamais été présentés au public. Certains plâtres des plus fragiles ne pourront faire le voyage en avion.

Reconnu pour ses œuvres longilignes, dépouillées et ses silhouettes désincarnées, Alberto Giacometti a fait beaucoup plus durant cinq décennies, et c’est ce qu’on découvre dans l’exposition du Tate Modern: la collection est dense.

Giacometti a conçu des dizaines de plâtres, des figures plates, des peintures au coup de crayon précis, saisissant, de minuscules figures qu’il refusait d’appeler «miniatures», des œuvres créées pendant son adhésion au mouvement surréaliste témoignant de son obsession pour la mort, la violence et l’érotisme, et des milliers de dessins.

Il n’avait qu’une chose en tête : reproduire ce qu’il voyait le plus fidèlement possible. «C’est pour la recherche de la ressemblance qu’il retournait chaque matin à son atelier, parce qu’il disait qu’il avait échoué la veille», a commenté la directrice de la Fondation Alberto Giacometti, Catherine Grenier, lors de la visite.

Catherine Grenier est la directrice de la Fondation Alberto Giacometti, qui possède 5000 oeuvres de l'artiste. Elle lancera dans quelques jours la biographie de l’artiste, aux Éditions Flammarion.
Photo Sandra Godin
Catherine Grenier est la directrice de la Fondation Alberto Giacometti, qui possède 5000 oeuvres de l'artiste. Elle lancera dans quelques jours la biographie de l’artiste, aux Éditions Flammarion.

Une nouvelle scénographie

L’exposition Giacometti occupera les deux salles du rez-de-chaussée du nouveau pavillon Pierre-Lassonde en février prochain, qui seront recoupées en quatre sections, contrairement au neuf sections du Tate Modern de Londres, qui raconte l’histoire de Giacometti en ordre chronologique.

Le Tate Modern de Londres, dont la nouvelle extension a été inaugurée en juin dernier, en même temps d’ailleurs que le Pavillon Pierre-Lassonde, a attiré en 2015 5,7 millions de visiteurs. Il est le musée plus visité au monde.
Photo Tate Photography
Le Tate Modern de Londres, dont la nouvelle extension a été inaugurée en juin dernier, en même temps d’ailleurs que le Pavillon Pierre-Lassonde, a attiré en 2015 5,7 millions de visiteurs. Il est le musée plus visité au monde.

«Ce sera une toute nouvelle mise en scène», explique André Gilbert. La première section sera consacré à l’époque du cubisme et du surréalisme, la seconde à la figuration, la troisième aux têtes de Diego et d’Annette, sa femme, et la dernière, aux plus grandes œuvres comme L’homme qui marche.

Après son passage à Québec, l’exposition voyagera à New York à l’été 2018, puis en Espagne.

Faits saillants 

L’exposition Giacometti aura lieu du 8 février au 13 mai 2018.

Le Journal a été invité à Londres par le Musée national des beaux-arts.

Alberto Giacometti: un être obsédé par l’humain

LONDRES | Comme plusieurs artistes de sa génération, Alberto Giacometti a eu une vie bien atypique.

Né en Suisse en 1901, tout près de la frontière italienne, Giacometti a commencé à créer dès l’âge de 10 ou 11 ans dans l’atelier de son père, le peintre Giovanni Giacometti. Dès son jeune âge, il est obsédé par une quête de réalisme dans ses œuvres, souhaitant traduire sa vision le plus fidèlement possible, ce qui l’empêche d’aller vers l’abstraction. Son premier plâtre, réalisé à l’âge de 14 ans, est saisissant.

Après avoir fait l’École des beaux-arts de Genève, il posera ses pénates dans un minuscule atelier de Paris, qui faisait 23 mètres carrés, là où il restera pendant 40 ans. Il ne l’a quitté que durant la Deuxième Guerre mondiale, où, dans une chambre d’hôtel de Genève, il a commencé à faire des sculptures minuscules.

On trouve dans l’œuvre de Giacometti sa fascination pour l’art égyptien et africain.

Son frère Diego, son modèle

Au fil des ans, Giacometti sculptera le bronze et le plâtre, à partir de quelques modèles vivants, «et non sa mémoire», souligne la directrice de la fondation Catherine Grenier. Parmi ses modèles, notons sa femme Annette, objet de plusieurs sculptures, et surtout son frère Diego, représenté sur des dizaines d’œuvres de la dense collection.

Il était «terrible» d’être le modèle de Giacometti, rapporte-t-elle, puisqu’il leur demandait de rester immobile des heures et des heures durant, cherchant toujours une certaine tension.

Il a fait beaucoup de plâtres en début de carrière, mais a aussi rapidement commencé à travailler le bronze, dont les sculptures longilignes font sa renommée et suscitent l’intérêt des collectionneurs. Il a néanmoins commencé par sculpter des têtes humaines, une autre de ses obsessions. Les dessins sont également extrêmement importants dans son œuvre.

C’est avec ses figures plates, qui ont fasciné mécènes et collectionneurs, qu’il deviendra célèbre.

Giacometti a adhéré au mouvement surréaliste entre 1930 et 1935. Ses sculptures de l’époque témoigneront de son obsession pour la mort, la violence, l’érotisme.

C’est après la mort de son père, après quoi il a souffert de dépression, qu’il a consacré plus de temps à la peinture.

Il est décédé en janvier 1966. Son atelier était dans «un désordre incroyable. Il accumulait, accumulait», affirme Catherine Grenier. Le travail pour présenter cette exposition a été colossal, mais il en aura valu la peine : l’exposition est fascinante.

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