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«J’ai peur!» - récit de notre collaboratrice en Floride

«J’ai peur!» - récit de notre collaboratrice en Floride
Photo AFP

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Je n’ai pas dormi de la nuit. Plus le temps avance, plus le stress m’envahit.

Ce matin, le maire de Miami a qualifié l’ouragan Irma de tempête «nucléaire». Ça veut dire quoi ça, au juste, une tempête nucléaire?!?

 

Bref, j’ai peur.

Avec des étiquettes comme «Catastrophic Storm», «Monster of a storm», «As big as it gets», en plus de l’incertitude qui règne autour d’Irma, j’ai l’impression de vivre une sorte de fin du monde.

J’ai quitté ma résidence de West Palm Beach mercredi. Quand j’ai laissé mon petit oasis de paix sur le bord du canal, mon propriétaire Stefan m’a dit : «Tu sais Marie, je ne sais pas si tu auras un chez-toi à ton retour. J’ai bien peur que le toit ne résiste pas à l'ouragan...»

 

Non Irma! It’s my house! C’est mon refuge, ma cachette, mon paradis en Floride. 

Je suis partie en vitesse. J’ai laissé plusieurs effets personnels : une caméra, un Ipad, des dossiers, mon linge, presque tout ce que je possède ici en Floride, où je partage depuis cinq ans ma vie avec le Québec.

Mon propriétaire Stefan, un Québécois qui habite depuis 30 ans en Floride et qui en a vu d’autres (des ouragans), m’a dit de m’assurer que mon réservoir d’essence soit toujours plein, «full pin», car l’essence deviendra vite une denrée rare.

 

Dans mon quartier, déjà plusieurs stations-services sont fermées. Un vrai festival de banderoles jaunes de sécurité. Vous savez, comme celles que l’on voit sur les scènes de crime.

J’ai fini par trouver une station-service ouverte, mais quelle file! J’ai dû attendre deux heures pour ravitailler ma voiture et dans une ambiance pas super. Les gens étaient stressés, agressifs, impatients, bref c’était chacun pour soi. Les humains sont parfois solidaires en situation de crise mais c’est aussi parfois le contraire, hélas. Des policiers étaient sur place pour calmer les esprits.

Même casse-tête pour trouver de l’eau. Des files interminables s’allongeaient au Walmart. Des dizaines et des dizaines de chariots longeaient le magasin en attendant le ravitaillement, une image rappelant ces gens qui attendaient leur ration en temps de guerre.

 

J’ai finalement acheté des jus de pomme.

L’embouteillage sur l’autoroute en direction d’Orlando, situé à 380 kilomètres de Miami, était infernal. Bumper to bumper comme on le dit en bon français, avec des voitures remplies de jouets, d’animaux, d’enfants, des centaines de bateaux, des VR etc.

Et c’est stressant de rouler en sachant très bien qu’il sera probablement impossible sinon très difficile de trouver de l’essence. Des gens m’ont suggéré de rouler avec un bidon d’essence à bord. D’autres m’ont dit que c'était dangereux de le faire. J’ai hésité pour finalement décider de filer sans. Les Floridiens ont pris au sérieux les directives du Gouverneur Scott : quitter la Floride au plus vite!

 

C’était mercredi, je n’ose imaginer à quoi ressemblera la route aujourd’hui! J’ai pris sept heures avant d’atteindre la ville d’Orlando, là où j’espère, je me sentirai un peu plus en sécurité. Quoi que les scénarios sont aussi abstraits que la trajectoire de l’ouragan. Est-ce que je vais au nord, à l’Ouest, en Caroline du Nord, en Virginie, ou encore en Alabama? Si je pars vers le nord, je risque de manquer d’essence! Et que dire des chambres d’hôtels, tout est réservé ! Un vrai bordel. À vrai dire, je ne sais plus où me diriger pour assurer ma sécurité. L’incertitude m’angoisse, mais j’ai choisi Orlando.

J’ai choisi la ville de Mickey d’autant plus qu’une gentille Québécoise, qui me suit sur ma page Facebook, m’a gentiment invitée à venir vivre la tempête avec elle et sa famille. Elle m’a dit : «viens, tu ne peux pas vivre cet ouragan seule! Mon fils de 10 ans a hâte de te rencontrer et il va te prêter sa chambre». J’ai beau avoir l’esprit aventurier, je n’ai pas envie d’affronter Irma toute seule!

Bien des gens me demandent pourquoi je ne suis pas rentrée au Canada. Parce que ma vie est ici pour l’instant, et que je me sens profondément floridienne. J’ai la Floride tatouée sur le cœur.

 

J’ignore ce qu’il adviendra de ma Floride. Je vous écris présentement de New Smyrna Beach, cette ville que j’adore sur le bord de la mer à quelques minutes de Daytona. Je circulais dans les rues hier, et je pensais encore une fois à quel point c’était beau. Ici, il n’y pas d’édifices élevés, pas de chaîne de restaurants. Il y a des galeries d’art, beaucoup de surfers. C’est la Californie en Floride. Les maisons sont coquettes, colorées, comme celles que l’on retrouve aux Bahamas, mais elles me semblent aussi si fragiles...

New Smyrna Beach ne sera peut-être plus jamais la même. Et hier, je l’ai contemplée longtemps, pour m’imprégner de sa beauté.

Que nous réserve Irma ? Je n’en sais rien. Mais j’ai décidé de rester parce que ma place est ici, malgré ses menaces.

- Si vous voulez suivre notre collaboratrice Marie Poupart, vous pouvez cliquer sur ce lien qui vous redirigera vers sa page Facebook.