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Des fermes centenaires au Québec

Ces institutions familiales sont moins rares qu’on ne le croit

La Ferme Clopi fête ses 100 ans
Photo courtoisie La Ferme Clopi, fondée en 1917 à Kiamika, célèbre son 100e anniversaire en participant à la journée portes ouvertes sur les fermes du Québec, présentée demain. Sur la photo, Steve et Pierre Deschambault, avec la conjointe de ce dernier, Johanne.

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Les fermes centenaires au Québec sont moins rarissimes que l’on pourrait le penser. Le Journal partage trois histoires d’agriculteurs qui ont choisi de suivre les traces de leurs ancêtres.

Debout à 4 h 30 le matin, Pierre Deschambault de la Ferme Clopi, à Kiamika, dans la région de Mont-Laurier, possède 65 vaches laitières, en plus d’une soixantaine de génisses.

« Dans la région, on n’est pas 5000 producteurs. On n’est pas beaucoup », affirme M. Deschambault, dont le nom était prédestiné pour cette vocation, car faire de l’agriculture au Québec, c’est être investi d’une mission.

Si son père et son grand-père, Moïse, ont été capables de défricher à la dure cette terre, Pierre et son fils Steve, qui représente la quatrième génération, en assurent la continuité. La recette de longévité réside, selon lui, dans l’amour du métier.

« C’est un défi quotidien. C’est comme être docteur. On est de garde 24 heures par jour. Mes chums me disent que je suis fou ! »

Au fil des ans, M. Deschambault a surmonté plusieurs obstacles, dont un incendie qui a tout détruit. « On est encore là. J’imagine qu’on est tenace. Si je n’avais pas eu ma terre, je ne serais probablement plus ici. Ma terre, c’est ma psychologue. »

Ferme Doyon depuis 1742

Chez les Doyon, la passion pour l’agriculture se transmet dans l’ADN depuis 10 générations. Située à Saint-Joseph-de-Beauce, l’entreprise, spécialisée dans la production laitière, possède 60 vaches, une terre à bois, des terres agricoles pour nourrir les animaux et une érablière.

« La ferme a beau avoir 275 ans, mais longtemps, c’était beaucoup de l’agriculture de subsistance. La production s’est intensifiée avec l’arrivée de l’industrialisation de l’agriculture à partir des années 1970 », relate M. Paul Doyon, propriétaire.

Le transfert de l’entreprise s’est effectué graduellement, d’une génération à l’autre.

« Le sol agricole, c’est notre patrimoine. On a un grand respect pour les gens qui sont passés par là avant nous, qui ont défriché ces terres avec peu de moyens. Ces gens-là ont travaillé extrêmement fort. »

Le modèle familial est là pour rester, selon lui, malgré « l’accaparement des terres » par des fonds d’investissement qui représentent une menace.

La Ferme Bourdages contre vents et marées

Les Bourdages en Gaspésie labourent la même terre depuis 1821, à Saint-Siméon-de- Bonaventure. Aujourd’hui, Pierre, 50 ans, dirige les destinées de l’entreprise. Il est appuyé par son frère. La relève semble assurée. Son fils aîné étudie en tourisme.

« Le côté touristique de l’entreprise est appelé à prendre plus d’ampleur au cours des prochaines années », reconnaît-il.

La Ferme Bourdages se spécialise dans la production maraîchère, en particulier de fraises. Les activités de transformation (tartes, confitures, vin de fraises et de rhubarbe) occupent aussi une grande place.

« Je suis né sur la ferme. J’ai toujours aimé le travail au champ, mais mon côté entrepreneur est très présent. J’aime développer et essayer de nouveaux procédés », dit-il.« Il faut être entrepreneur et producteur, car on roule des business. On gère du personnel et on gère des chiffres. Il faut tenir compte des coûts de production. Pour mener tout cela, il faut savoir bien s’entourer et, surtout, croire à ce que l’on fait », a-t-il confié au Journal.

De la paperasse qui pèse lourd sur le dos des agriculteursà

Le Québec dispose d’un patrimoine agricole riche qui n’est pas assez valorisé, aux yeux de Marcel Groleau, président général de l’UPA, qui représente près de 42 000 producteurs au Québec.

Le grand public aura l’occasion d’en apprendre un peu plus sur la vie à la ferme lors de la journée portes ouvertes qui se déroule demain, de 10 h à 16 h, à laquelle participent plus de 100 fermes au Québec, en plus de la programmation offerte du côté du Parc olympique, à Montréal.

Cette activité, qui en est à sa 15e édition, a attiré plus de deux millions de visiteurs depuis sa création. Outre la démystification de certains mythes, c’est une belle occasion d’échange avec les agriculteurs.

Au Québec, près de 95 % des fermes sont familiales. Selon M. Groleau, l’agriculture s’est développée comme moyen de subsistance afin de répondre aux besoins des familles nombreuses qui, par ailleurs, fournissaient la main-d’œuvre sur la ferme.

« Naturellement, on s’attache à la terre que l’on cultive. Encore aujourd’hui, la famille est le principal moteur de l’agriculture québécoise », dit-il.

Beaucoup de choses ont changé depuis l’époque de Louis Hébert, le premier agriculteur de la Nouvelle-France.

Réciprocité des normes

Ce pilier de l’économie québécoise génère annuellement 8,7 G$ de chiffres d’affaires. Son développement fait toutefois face à de nombreux défis. L’un des principaux irritants est la lourdeur administrative qui compose le quotidien des agriculteurs. Étouffés par les normes et les règlements, les agriculteurs réclament depuis longtemps le même traitement par rapport aux produits importés.

« La rentabilité des entreprises est affectée par les importations. Ici, on n’a pas le droit d’utiliser de la somatopropine pour stimuler la production laitière, alors qu’aux États-Unis, c’est permis. Lorsqu’on importe du lait diafiltré, on ne tient pas compte de cela », souligne-t-il.

« Nos coûts de production augmentent et on n’est pas capable de les transférer sur nos produits parce que l’on doit compétitionner avec des produits importés qui, eux, n’ont pas à appliquer ces normes-là », a-t-il dénoncé.