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Le buffet du Parti québécois

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Photo Agence QMI, Toma Iczkovits

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Pour les dirigeants péquistes et les organisateurs du congrès tenu cette fin de semaine, il n’y a aucun doute que leur rencontre a été un succès incontestable et un formidable exercice de mobilisation de la structure militante. Il incombera au nouvel exécutif national du parti d’entretenir l’enthousiasme manifesté par les militants et de contribuer à l’étendre à une plus large frange de l’électorat dans la prochaine année. Cependant, il ne faudrait pas que le chef ou son entourage se révèle des éteignoirs par un trop grand souci d’opportunisme.

Pour le profane que je suis au regard des congrès des partis politiques, ayant été plus habitué dans ma vie syndicale à manifester à l’extérieur des lieux où ils se tenaient, j’avoue avoir été impressionné par la qualité de l’organisation et le sens du spectacle. À cet effet, la présence remarquable de Pierre Karl Péladeau qui a été promené dans la salle tel un héros paradant sur la piste d’une arène romaine, était digne des scénarios hollywoodiens. Celui-ci, comme madame Marois et monsieur Landry est venu exposer sa solidarité au chef actuel et au parti dans une scène qui le mettait à l’abri de toutes ambigüités.

Très différemment des congrès syndicaux, où l’accent est mis sur les contenus et où les débats peuvent facilement s’éterniser, la mécanique péquiste est expéditive en limitant considérablement le nombre d’intervenants et le temps de discussion sur les différentes propositions. La plupart des propositions produites dans les circonscriptions n’ont finalement pas été abordées en plénière, et ce, sans que les délégués s’en offusquent ou se plaignent du cirque autour des invités qui a contribué à réduire le temps de débat. C’est un peu comme comme si le cri de « rara » à la fin du caucus de la ligne offensive d’une équipe de football devenait plus important que le jeu commandé par le quart-arrière.

En y regardant de plus près, les propositions adoptées et celles laissées sur le carreau, faute de temps pour en discuter, apparaissent comme un vaste buffet dans lequel le chef et ses collaborateurs pourront se servir pour combler l’appétence des électeurs l’an prochain en évitant surtout de servir ce qui est indigeste. C’est fort probablement ces considérations qui ont entrainé Jean-François Lisée à modérer la portée de certaines propositions dans sa mêlée de presse à la sortie du congrès. Cependant, ce petit jeu pourrait contribuer à nourrir les préjugés sur son manque de profondeur et son opportunisme, certains allant jusqu’à prétendre qu’on ne sait pas qui il est vraiment et d’autres le traitant carrément d’hypocrite.

Le Parti québécois est peut-être le grand parti décrit par ses militants qui se sont bousculés au micro pour le clamer, mais il souffre d’un affreux manque de crédibilité qui s’est concrétisé par l’exode d’une large frange de son électorat vers d’autres formations politiques et, de façon encore plus dramatique, par l’abstentionnisme d’une frange tout aussi numériquement importante. Concilier les aspirations des militants et les ambitions d’une population fragmentée ne sont sûrement pas une sinécure pour un chef, mais trahir sa base en assaisonnant les propositions au goût du jour ne peut que l’enfoncer dans la cale des sondages.