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Le sport a sauvé Anthony Calvillo

Il sera intronisé jeudi soir au Temple de la renommée du football canadien

Victoire des Alouettes contre les Roughriders
Photo d'archives Anthony Calvillo (13)

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Les temps sont difficiles pour les Alouettes, mais il y aura des moments de réjouissance jeudi soir, alors qu’Anthony Calvillo sera intronisé au Temple de la renommée du football canadien au cours d’une cérémonie qui se déroulera au stade Tim Horton, à Hamilton.

Autant l’ancien quart arrière des Alouettes a pu être dominant sur le terrain, établissant une foule de records, autant il a dû être persévérant afin de surmonter les obstacles que la vie a placés sur son chemin.

On pourrait emprunter le titre d’un film des années 1980, Against All Odds pour qualifier son parcours, ou encore la chanson des Beatles The Long and Winding Road.

Un père alcoolique et violent

La vie de Calvillo a été parsemée d’embûches. Il a grandi dans une famille d’origine mexicaine à Los Angeles, dans le quartier défavorisé de La Puente, où la violence régnait non seulement dans la rue mais aussi à la maison.

Son père était alcoolique et lorsqu’il était ivre, il devenait violent, battant régulièrement son épouse sous les yeux de ses enfants.

Il a fallu que le frère aîné d’Anthony, David, s’interpose un jour pour mettre un frein à cette violence. Il n’avait que 12 ans.

Ce même David s’est ensuite retrouvé dans les filets d’un gang de rues, ce qui l’a conduit en prison.

Anthony Calvillo songera à tous les grands moments qu’il a vécus durant sa carrière lorsqu’il recevra jeudi soir sa bague commémorative ainsi que le traditionnel veston remis aux membres intronisés, mais il se rappellera aussi des moments difficiles vécus à la maison en apercevant sa douce mère Tina dans la salle.

Le sport, un exutoire

« Il est vrai que je n’ai pas eu une enfance facile et c’est la pratique des sports qui m’a permis d’emprunter le droit chemin », a confié Calvillo dans une entrevue accordée au Journal de Montréal.

Ma vie aurait pu prendre une tout autre tournure si j’avais subi la mauvaise influence des jeunes délinquants qui faisaient la loi dans le parc près de chez moi, a-t-il ajouté.

Heureusement, mon grand frère David, qui avait hérité de beaucoup de responsabilités lorsque mes parents se sont séparés, nous disait, à Mario (le cadet de la famille) et moi, de nous tenir loin de ces attroupements dans la rue, et ce fut le meilleur conseil que j’ai pu recevoir.

« Le sport représentait tout pour moi, a poursuivi Calvillo. Ça m’aidait à oublier ce qui se passait à la maison. J’ai eu la chance d’hériter d’un cadeau sur le plan athlétique et cela m’a permis d’éviter les eaux troubles en m’adonnant à la pratique de plusieurs sports. »

Pas le physique de l’emploi

Lorsque Calvillo s’est mis à jouer au football, on ne lui accordait guère de chances d’accéder aux rangs professionnels en raison de son physique du genre gringalet. Du moins, il ne répondait pas aux standards d’un quart professionnel.

« Heureusement, j’ai pu compter sur des entraîneurs qui ont cru en mes capacités, dont Jim Zorn », a-t-il souligné.

Après avoir vécu des années très difficiles avec les Tiger-Cats de Hamilton, où il était régulièrement la cible de huées, Calvillo s’est retrouvé dans un rôle de second à Tracy Ham, à Montréal, et c’est après le départ de ce dernier qu’il a pu s’établir comme un quart étoile dans la LCF grâce à la confiance que lui témoignait Don Matthews.

Des critiques épuisantes

Calvillo a aidé les Alouettes à gagner la coupe Grey en 2002, mais il n’était pas pour autant à l’abri des critiques.

On lui reprochait de crouler sous la pression lors des matchs de la Coupe Grey, jusqu’à ce qu’il mène les Alouettes vers deux conquêtes consécutives en 2009 et en 2010, la dernière alors qu’il dévoilait publiquement après la rencontre qu’il souffrait d’un cancer de la glande thyroïde.

« J’ai toujours été conscient que les critiques faisaient partie du métier, mais ça devenait épuisant, a-t-il confié. Ça m’a fait mal. Je n’étais pas d’accord avec ce flot de critiques.

« Les gens tenaient les choses pour acquises, comme si j’étais censé mener l’équipe vers la conquête de la coupe Grey chaque année. Il a fallu que je développe une force mentale afin de ne pas plier l’échine. Les championnats remportés en 2009 et en 2010 ont heureusement su faire taire mes détracteurs. »

Un bon père de famille

Calvillo ne cache pas sa fierté d’être parvenu à connaître une aussi belle carrière.

« D’avoir réussi à surmonter tous ces obstacles m’a rendu plus fort, a-t-il expliqué. Ça m’a aidé à devenir l’homme que je suis aujourd’hui.

J’ai connu du succès comme athlète mais je suis tout aussi fier d’être devenu un bon père de famille et un bon époux qui chérit sa femme et ses enfants. C’est très important pour moi d’avoir une belle vie familiale. »

Son épouse Alexia et ses filles Olivia et Athena seront présentes jeudi soir à Hamilton pour célébrer ce grand moment dans la vie d’Anthony.

 

12 questions au panthéonien

Victoire des Alouettes contre les Roughriders
Photo d'archives, Joël Lemay

Comment te sentiras-tu jeudi soir en étant admis officiellement dans le cercle des immortels du football canadien ?

« Je ressentirai beaucoup de fierté. C’est la plus grande des récompenses, le pinacle d’une carrière qui a duré 20 ans. Je suis heureux que mes filles puissent être sur place à Hamilton, elles qui ne m’ont guère vu jouer, étant trop jeunes à l’époque. »

De quoi es-tu le plus fier lorsque tu penses à ta carrière ?

« De ma persévérance et de ma durabilité. Je suis fier d’avoir pu jouer durant 20 ans en conservant un niveau de jeu élevé jusqu’à la fin. Les gens ne réalisent pas jusqu’à quel point la position de quart-arrière peut être difficile physiquement et mentalement. Je me considère très chanceux d’avoir pu jouer derrière une bonne ligne offensive. J’ai su prendre soin de moi sur le plan physique et les cinq dernières années de ma carrière ont été gratifiantes. »

Malgré tous les succès que tu as connus, as-tu certains regrets ?

« Il est certain que j’aurais aimé présenter une meilleure fiche que celle de trois victoires et de cinq défaites lors des participations aux matchs de la Coupe Grey. Mais si je n’avais pas vécu ces revers, je ne crois pas que j’aurais pu devenir ce quart-arrière qui a marqué l’histoire sur le plan des statistiques. J’aurais aimé gagner plus souvent la coupe Grey, mais je suis bien heureux d’avoir pu savourer trois conquêtes. »

Quel moment a été le plus magique ?

« Ce fut la conquête de la coupe Grey en 2002. Ça m’a pris huit ans pour gagner ce trophée. Jamais je n’oublierai le défilé auquel on avait eu droit à notre retour à Montréal. Malgré un froid cinglant, il y avait une foule monstre pour nous applaudir dans les rues du centre-ville. C’était émouvant. »

Quelle performance sur le plan personnel a été la plus gratifiante ?

« Celle offerte lors du match de la Coupe Grey en 2009. Mon rendement avait été médiocre en première demie. J’avais toutefois confiance d’être capable de me racheter. J’ai complété 15 de mes 20 tentatives de passe en deuxième demie, dont deux bonnes pour des touchés, pour aider l’équipe à arracher une victoire de 28 à 27 aux Roughriders dans une fin de match qui est passée à l’histoire. Je me souviens de m’être agenouillé près des lignes de côté et le temps d’un instant, ma vie a défilé dans ma tête. Les gars se tenaient les mains en souhaitant que Damon ­Duval nous procure la victoire sur sa tentative de botté de précision sur le dernier jeu du match. La première tentative a été ratée, mais heureusement, nos adversaires ont été pris en défaut à cause d’un trop grand nombre de joueurs sur le terrain. Damon a su réussir sa deuxième tentative et ça m’a enlevé une tonne de pression des épaules. »

Quelle importance accordes-tu aux nombreux records que tu détiens ?

« Il va sans dire que j’en suis fier. Je sais qu’un jour, mon record de 79 816 verges de gains par la passe sera battu, mais en attendant, je savoure le fait qu’aucun autre quart dans l’histoire n’a réalisé des gains supérieurs aux miens. Je me souviens qu’à mes débuts, j’étais ébloui de savoir que Ron Lancaster avait disputé 19 saisons et gagné plus de 50 000 verges. Je me demandais comment il avait bien pu accomplir ça... »

Peux-tu nous parler de tes débuts avec le Posse de Las Vegas en 1994 ?

« Nous étions 13 quarts au camp et j’étais parvenu à mériter le poste de numéro 1. Les entraînements se tenaient à l’hôtel Riviera, sur la « strip ». Un terrain de football avait été érigé dans le stationnement de l’hôtel ! Après les exercices, on déambulait dans le hall d’entrée de l’hôtel avec notre casque dans les mains pour aller se mettre en ligne au buffet. Et on bouffait comme des ogres, sous les regards amusés des clients de l’hôtel. »

Comment vis-tu la transition vers ton métier d’entraîneur ?

« Le plus difficile est d’établir une bonne communication avec les joueurs, qui ne pensent pas tous de la même façon. J’ai trouvé cela ardu d’agir comme coordonnateur offensif l’an dernier. J’ai moins de pression cette année dans mon rôle de responsable des quarts. » (NDLR: Calvillo sera maintenant appelé à sélectionner les jeux à l’attaque à la suite du congédiement de Jacques Chapdelaine.)

Quel rôle a joué ton épouse Alexia dans ta carrière ?

« On a besoin d’une femme forte pour réussir dans la vie. On s’est marié en 2002 et ma vie a changé en mieux. J’ai vécu les moments les plus difficiles de ma carrière quand Alexia a combattu un cancer en 2007, ce qui m’a incité à quitter l’équipe afin d’être à ses côtés. Elle a été une source d’inspiration pour moi deux ans plus tard lorsque j’ai dû combattre un cancer à mon tour. »

Quel impact Don Matthews et Marc Trestman ont-ils eu sur le déroulement de ta carrière ?

« Dès son arrivée à Montréal, Don m’a mis en confiance. J’avais eu une saison difficile en 2001 en raison d’une blessure. Il a cru en moi et il a changé le cours de ma carrière.

Marc m’a beaucoup aidé durant le dernier tiers de ma carrière avec ses grandes connaissances sur l’art de passer le ballon. C’est un entraîneur spécial, qui sait comment tâter le pouls des joueurs durant la saison. J’ai adoré jouer sous sa férule. »

Peux-tu nous parler de l’influence qu’a eue Tracy Ham à ton endroit à tes débuts avec les Alouettes ?

« Tracy m’a ouvert les yeux sur la façon de mener une équipe, de me préparer adéquatement pour chaque match. Il était respecté dans le vestiaire parce qu’il travaillait fort pour être à son mieux à chaque match. Il m’a servi d’exemple. »

En terminant, tu dois être heureux d’être réuni de nouveau avec ton ami Ben Cahoon, cette fois-ci au Temple de la renommée ?

« Nous avions développé une complicité du tonnerre. Il était ma cible préférée. Je savais que je pouvais toujours compter sur lui dans les situations critiques. »