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Les allergènes dans la boîte à lunch, éternel débat

Adorable school girl with healthy lunch
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Comme bien des parents d’enfants à l’école, j’ai reçu au cours des dernières semaines la liste des interdits alimentaires à proscrire pour la virginale boîte à lunchs de mes fils, ainsi que les recommandations de préparation des aliments autorisés.

Pis comme bien des parents, j’ai levé les yeux au ciel quand j’ai vu cette liste :

  • beurre d’arachides
  • pistaches
  • noix
  • amandes et toutes leurs déclinaisons

J’ai pas le droit non plus et bien évidemment de leur mettre de boissons gazeuses, énergisantes, de collations contenant du chocolat, de chips, de bonbons.

Je peux leur fournir des fruits et des légumes à volonté.

MAIS

S'ils doivent être épluchés, faut que je le fasse avant de les mettre dans la boite à lunch, on évite les fruits secs, ça colle dans les dents; les yogourts et autres trucs à boire, c’est pour le lunch principal, pas en collation.

ET

Dans plusieurs écoles, les barres tendres, biscuits et autres trucs maison sont proscrits. #OnPeutPasSavoirCeQuilADedansTse.

Si ton enfant est le moindrement capricieux, ça devient assez rapidement un casse-tête de logistique, de constituer un repas qui convienne, qui soit nourrissant, sécuritaire et d’adon pour ton enfant, son éducatrice du midi, son enseignante pour les collations ainsi que pour tous les copains qui le fréquentent, de près ou de loin.

Ce qui fait que, oui, moi aussi, quand j’ai entendu y'a quelques mois que certaines commissions scolaires voulaient lever les interdits alimentaires, j’ai pas mal célébré. Finalement, de toute évidence, la mienne a pas suivi le mouvement, vu que la page vingt de l’agenda de mon fils me rappelle avec insistance et nombreuses images que l’omniprésence du petit logo «pas de pinottes» est loin d’être passée de mode.

Je vais avouer que ça m’a un peu irritée, parce que je suis le genre de personne qui va d’emblée faire attention si on me dit qu’il y a un risque. Je vais être super contente de préparer des nouvelles recettes, pour un ami allergique aux noix, chercher des substituts au lait pour ma copine intolérante, trouver des idées repas véganes, si je suis pas sûre de bien cerner tes restrictions. Je me dis que protéger nos enfants est un choix collectif pis que le gros bon sens devrait toujours prévaloir sur nos caprices.

La parfaite petite citoyenne, quoi.

Je pense aussi que l’éducation et la prévention sont pas mal plus efficaces que l’évitement, surtout quand on parle d’enfants. Pis que si on cache le danger à nos cocos, tout le temps, ils ne seront pas capables de l’identifier, quand ils seront face à celui-ci.

Dans ma tête, un enfant allergique va devoir apprendre à vivre avec son allergie un jour ou l’autre et n’a pas fini d’être confronté à des aliments potentiellement dangereux. Pis il est mieux d’apprendre plus tôt que tard comment se piquer, si on veut éviter le pire. Un intervenant qui ne sait pas utiliser l’épinéphrine et se sent «safe» parce que son école proscrit les principaux allergènes risque de faire le saut en titi, si un des amis de son groupe commence à faire un choc anaphylactique, subitement comme ça.

Sans oublier que c’est ben beau, interdire les arachides et autres noix, mais ça va s’arrêter quand? On va gérer comment, l’allergie à la protéine de lait de vache d’untel, pis l’intolérance aux carottes de l’autre? Parce que c’est pas ben, ben juste, que l’un puisse manger sans s’inquiéter en plein milieu de la cafétéria, mais que l’enfant allergique à un aliment «original» doive être toujours sur ses gardes, en présence de ses copains.

Mais ce qui me frustre le plus, c’est de me faire infantiliser. D’être obligée d’acheter des aliments préparés bourrés de sucre, juste pour qu’ils portent le sacro-saint logo pis que mon gars ait le droit de l’amener à l’école. On se plaint que nos enfants tiennent pas en place, en classe pis qu’ils sont énervés, mais on leur donne à manger des barres tendres saveur de sandwich aux guimauves qui contiennent 5 grammes de sucre par portion de 26. Parce que ya pas de pinottes dedans.

Vous comprendrez que j’avais bien hâte que ma commission scolaire dise à ses écoles d’arrêter de faire de l’éviction et se concentre sur la prévention. Moi, je l’ai accueillie avec enthousiasme, cette «nouvelle».

L’autre jour, une amie m’écrit en me disant qu’elle serait curieuse de lire ce que je pense de la levée des interdits alimentaires. Vendredi soir, petit verre de vin, j’avais le gout de jaser, je lui réponds pas mal la même chose que je viens de vous écrire. Mon amie, enseignante et efficace communicatrice, m’a répondu en me posant ces questions.

Et si c’était ton enfant, qui souffrait de l’une des seules allergies alimentaires potentiellement mortelles?

Et si c’était toi, qui devait faire confiance aux 300 élèves, 80 employés et minimum 600 parents et intervenants qui sont à risque d’exposer ton enfant à un allergène qui pourrait le tuer en moins d’une demi-heure?

Et si c’était toi, qui avait mis l’arachide dans le lunch de ton enfant, en te disant qu’il est assez responsable pour ne pas partager son muffin avec le mien, sans penser qu’il allait peut-être vouloir lui prêter sa cuillère. Pis que mon gars faisait un choc?

Penserais-tu encore comme ça?