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Les fabuleuses vacances de Justin Trudeau

Les fabuleuses vacances de Justin Trudeau
Photo Stevens Leblanc

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À ce prix-là, ce sont sûrement les vacances du siècle. Du moins, à première vue.

Selon la CBC, «les vacances familiales du premier ministre Justin Trudeau dans une île privée des Bahamas appartenant à l'Aga Khan ont finalement coûté 215 398 $ au Trésor public».

Le ««Trésor public» étant bien entendu les contribuables canadiens.

Lourdement salée, la facture «englobe les frais encourus par la Gendarmerie royale du Canada (GRC), la Défense nationale, le ministère des Affaires étrangères et le bureau du Conseil, constitue une hausse de 70 % par rapport à celle de 127 187$ qui avait été officiellement dévoilée au Parlement en mars dernier».

Soit dit en passant, rappelons que certains autres aspects de ce merveilleux voyage quasi royal valent aussi au premier ministre Trudeau l’immense privilège d’être sous enquête de la commissaire fédérale à l’éthique.

Il serait évidemment facile de crier au loup dès qu’un premier ministre prend des vacances bien méritées avec sa famille. Le tout exigeant, par définition, la présence constante d’une sécurité à toute épreuve. L'époque, après tout, le commande plus que jamais.

Mais lorsqu’on parle de frôler le quart de million de dollars en fonds publics pour des vacances familiales, alors là, on peut comprendre que la perception soit celle d’une dépense tout simplement inacceptable.

Ce que le premier ministre lui-même devrait d’ailleurs comprendre de son propre chef.

Pis encore, il aura fallu des mois avant que les Canadiens apprennent enfin le montant de la facture. Le premier problème ici en étant un de transparence – sûrement la carence la plus répandue de nos jours chez nos gouvernements.

Sur le fond des choses, il va toutefois sans dire que personne ne demande à un premier ministre de passer ses vacances dans un camping bondé au bord d’une autoroute achalandée!

On sait aussi qu’en tant qu’héritier de son père Pierre Elliott Trudeau, le premier ministre est indépendant de fortune.

Depuis sa tendre enfance, il est également habitué à voyager de par le monde et à fréquenter les gens riches, célèbres et/ou puissants. Du genre, entre autres, de l’Aga Khan, un richissime ami de longue date de la famille Trudeau.

Soit. À chacun son univers.

Le problème est qu’en tant que premier ministre, il a aussi un devoir de transparence. Et ce, dans la mesure bien précise où il est question ici de deniers publics, même lorsqu’il s’agit de son propre divertissement personnel et familial.

Ce mardi, en point de presse, le premier ministre Trudeau se réfugiait derrière l’argument de sa sécurité : «Je ne vais pas questionner le travail ou les choix que fait la GRC». Soit. On en convient.

Maintenant, s’il est tout à fait essentiel qu’un premier ministre et sa famille soient protégés à la perfection, il n’en reste pas moins qu’à 215 398$ en fonds publics pour des vacances tropicales chez l’Aga Khan, il n’est pas exagéré de qualifier la hauteur elle-même de la dépense d’étonnante.

Cela dit, le vrai problème dans ce cas-ci est non seulement le manque de transparence dans tout ce «dossier» des vacances du premier ministre, il est aussi dans le choix même d’accepter l’invitation personnelle de l’Aga Khan de séjourner sur son île privée.

Pourquoi ? Parce que M. Trudeau n’est pas un citoyen privé. Il est le premier ministre d’un État qui s’appelle le Canada.

En cela, ses vacances sur l’île de l’Aga Khan posent un problème potentiel de conflit d’intérêts ou tout au moins l'apparence.

Pourquoi ? Parce que la fondation de l’Aga Khan reçoit depuis des décennies des dizaines de millions de dollars du gouvernement du Canada.

Que l’Aga Khan soit un ami de longue date de la famille Trudeau n'y change rien.