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Si tu veux pas la réponse, pose-moi pas la question

Si tu veux pas la réponse, pose-moi pas la question
Charles-André Leroux

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Ça nous est toutes déjà arrivé, à la sortie d’une cabine d’essayage, de s’en remettre à notre amie de fille afin d’obtenir son opinion éclairée et sincère sur la guenille qu’on était en train d’essayer. Se gardant bien de nous dire la vérité, cette traitresse y va invariablement d’un classique «awww ça te fait donc ben bien».

 

Il n’en faut pas plus pour nous faire dégainer notre carte de guichet et acheter la maudite robe. L’affaire, c’est qu’invariablement, on se l’arrache de sur le dos trois jours plus tard, quand on réalise hors de tout doute qu’elle nous fait un cul de centaure et des seins en pente de ski.

Soyons clairs, si je demande l’avis d’une tierce personne quand j’essaie du linge, c’est qu’il y a une petite voix au fond de moi qui se doute déjà pas mal que j’ai l’air du diable amanchée de même. Ça fait que peux-tu juste me dire la vérité et m’éviter de flamber mon précieux argent pour un morceau de linge qui va rester au fond du garde-robe à jamais? Fais juste le dire. Tu vas voir, c’est facile. En tout cas pour moi, qui ai fait de la phrase «Si tu veux pas la réponse, pose-moi pas la question», mon mantra.

Je dois avouer que ce code de conduite m’a attiré des ennuis à maintes reprises, à commencer par la fois où j’ai dit à matante Micheline que son maquillage permanent lui donnait l’air d’avoir mangé un coup de bâton de hockey dans la face, celle où j’ai avoué à un potentiel employeur que je trouvais que le salaire qu’il m’offrait c’était de la grosse marde ou quand j’ai dit tout haut à côté de la tombe de ma prof de musique décédée subitement « On va quand même pas se faire d’accroire : c’était une méchante conne. »

C’est clair qu’il y a une façon de dire les choses et qu’à part Donald Trump, personne ne m’engagerait pour négocier la paix au Proche-Orient. Mais je vous jure que j’essaie toujours de prendre des gants blancs quand l’envie me prend de garrocher la vérité aux gens qui m’entourent.

Je ne suis pas encore super bonne pour les enfiler et que je regrette un peu la fois où j’ai dit à ma voisine d’en face que son nouveau chiot ressemblait à un accident de char ou que j’ai répondu oui à une amie qui me demandait: «Trouves-tu que j’ai fait une estie de gaffe en me coupant moi-même le toupet?» (erreur de débutante, je sais). Mais pareil, tel un bon vin oublié sur l’étagère en laiton d’un cellier en verre trempé dans une maison de parvenus des shop Angus, j’imagine que je vais continuer de m’améliorer avec l’âge.

C’est pas toujours évident d’assumer ses opinions ou de vivre avec les blessures narcissiques qu’on inflige involontairement à ceux qu’on aime. J’ai bien essayé de me corriger, mais un jour, je me suis rendue compte que pour plusieurs de mes amies, j’étais devenue celle qu’on appelle en dernier, quand elles sont prêtes à avoir l’heure juste. Parce que finalement, mentir par gentillesse aux gens qu’on apprécie, c’est vraiment une insulte au lien qu’on entretient avec eux. Ça fait que je persiste et signe, même si ça me vaut des épisodes de boudages sporadiques. 

Pis on va se le dire, y a personne qui mérite qu’on la laisse aller à une date avec un toupet de folle.