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Un lien suffit à les motiver

Un lien suffit à les motiver

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Il semble que ce soit facile de motiver des enfants à aller à l’école. C’est du moins ce que semblaient affirmer mes nouveaux élèves cette semaine, alors que je leur demandais à propos de quel sujet je devrais écrire. Ceux-ci tenaient absolument à ce que je dise à tous les parents et les enseignants qui me lisent que ce n’est pas sorcier de leur donner envie d’apprendre.

Il va de soi que les enfants ont dit que de toucher la programmation via la robotique et de s’amuser avec les mathématiques à travers la création de jeux vidéos étaient définitivement des activités qui les motivaient. Toutefois, ils disaient aussi que si un prof avait besoin de wi-fi pour être intéressant, on avait un sérieux problème!
 
Parce qu’il faut l’avouer, avec les années et le support de la direction de mon école qui est toujours ouverte aux approches pédagogiques répondant à des besoins concrets des élèves, nos locaux de 6 e année ressemblent davantage à un laboratoire d’apprentissage qu’à des classes. Des tablettes électroniques aux tables effaçables jusqu’aux divans et aux bibliothèques de bois garnies de livres, tout a été pensé pour rendre nos élèves plus créatifs.
 
Pour les amener à faire plus, nous pensions qu’il fallait repenser l’espace où travaillent les enfants et les outils qui leur sont disponibles. D’ailleurs, nous ne sommes pas la seule école où cette réflexion sur nos pratiques est en cours. Partout au Québec, des enseignants cherchent à redéfinir le cadre offert aux élèves.
 
Toutefois, quand nous faisions le bilan de nos dix premiers jours ensemble et que je demandais aux enfants comment être meilleur avec eux, ce qui comptait vraiment pour eux, c’est que je reste énergique et ouvert. Je les ai ramenés sur les activités qu’ils préféraient et encore une fois, ils ont dit que ça avait peu d’importance. J’avoue qu’avec toutes les heures que nous passons ma collègue et moi-même à nous creuser la tête pour créer des projets stimulants, j’étais un peu déstabilisé...
 
Ce que mes élèves voulaient vraiment, c’est une personne authentique qui leur montre ses forces, mais qui sait surtout parler de ses faiblesses. Ils voulaient que je continue à parler des tempêtes que j’avais essuyées dans ma vie et surtout de quelles stratégies j’avais usées pour m’en sortir plus ou moins indemne.
 
Je croyais à tort que ce que les élèves préféraient de moi, c’était le personnage plus grand que nature que je me donne avec Monsieur Éric, un prof très confiant et hyperactif inspiré de Han Solo dans Star Wars ou le Capitaine Kirk dans Star Trek. Ce qui a créé le lien de confiance avec ces enfants en fin de parcours primaire, ce n’est pas le fait que j’avais l’air invincible, mais bien que sous mon armure était caché un être humain comme eux qui avait souffert et qui vivait encore des épreuves.
 
Bref, ce dont les élèves ont besoin pour les motiver à sortir du lit et aller à l’école, ce n’est pas la promesse d’expériences incroyables où se multiplient les feux d’artifice. Ce qu’ils veulent, c’est la promesse de quelqu’un qui sera toujours là pour en donner autant qu’on en exige d’eux à chaque jour.
 
Constamment questionnés sur les choix d’actions qu’ils posent dans la classe comme dans la cour d’école et toujours invités à livrer leurs émotions, ils font souvent face à des adultes qui inspirent le respect par l’autorité, mais pas par leur ouverture. D’ailleurs, je crois fermement que de souligner ce qui nous rapproche de nos élèves plutôt que ce qui nous différencie fait en sorte que chacune de nos interventions a plus d’impact.
 
Par exemple, Vicky, 11 ans, affirmait que ce qui avait caractérisé les enseignant qui l’ont marquée, c’est cette capacité à mettre de l’avant des passions que ces personnes avaient dans leur vraie vie pour les motiver à apprendre différemment, pas cette fausse curiosité programmée avant une leçon de mathématiques ou de français.
 
Pendant qu’on cherche à réinventer la roue en éducation, mes élèves nous rappellent que tout ce qui compte, c’est la confiance qu’ils placent en nous. Une fois que ce lien est créé,  il n’y a plus rien d’impossible parce qu’ils ne sont plus seuls devant leurs difficultés. 
 
Mieux encore, ils se mettent à croire qu’ils ne sont finalement pas si bêtes et que si l’école peut être un problème, la curiosité à apprendre qu’ils ressentent maintenant en font des gagnants.
 
Et contrairement à l’école, avoir foi en ses capacités, ça peut durer toute une vie...