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Où es-tu, petit garçon?

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L’histoire se répète. Un homme éconduit par sa conjointe l'aurait assassinée brutalement avant de s’enfuir avec l’enfant qu’ils ont en commun.

Au moment d’écrire ces mots, les autorités policières sont toujours à la recherche du jeune de 6 ans, mais la petite voix pessimiste au fond de nous commence à se faire entendre de plus en plus fort.

Depuis hier, les informations sur le tempérament d’Ugo Fredette, 41 ans et originaire de Saint-Eustache, fusent d’un peu partout. Il serait impulsif, obsédé par les histoires de meurtre et les crimes non résolus. Paraîtrait même que la police serait déjà allée au domicile du couple pour des histoires de violence conjugale. Est-ce que ces informations sont vérifiées? Non. Mais mettons que, dans ce cas-ci, il est tentant de penser qu’il n’y a pas de fumée sans feu.

On pense toujours que notre bon chum de gars, celui avec qui on joue au hockey le mardi soir, celui qui aime bien boire deux ou trois petites bières après la partie et accompagner ses enfants à la pataugeoire, n’est pas celui qui va perdre la tête si jamais son bonheur conjugal prend fin abruptement. Certes, la détresse psychologique, celle qui pousse à commettre des gestes inconcevables pour la majorité d’entre nous, n’est pas l’apanage des hommes. Mais malheureusement, et statistiquement surtout, ce sont majoritairement des gars qui assassinent ou blessent leur ex-conjointe et leurs enfants après une séparation.

On se dit toujours que, si un tel drame se fomentait dans notre entourage, on agirait afin de l’en empêcher. Permettez-moi d’en douter. Parce que, bien tristement, dans notre tête, ces histoires n’arrivent encore qu’aux autres. On se dit que ce chum de gars, justement, n’en viendra jamais là, qu’il ira chercher de l’aide avant, qu’il n’est pas violent et que, le cas échéant, il nous appellera, dût-il être 4 h du matin. La vérité, c’est que ça se passe rarement comme ça.

La vérité, c’est que ces drames familiaux sont rarement planifiés longtemps à l’avance et sont le fruit d’une impulsion qui, souvent, prend racine dans la jalousie et l’impression de perdre le contrôle de sa vie. L’humiliation et le sentiment d’échec font aussi souvent partie du cocktail mortifère qui mène «les bons pères de famille», «les bons gars» dont parlent tous les voisins après coup, à commettre l’irréparable. Et imaginer que ces bons papas qui flippent des burgers l’été près de la piscine soient tous de potentielles bombes à retardement a de quoi rendre parano.

On ne peut affirmer avec certitude qu'Ugo Fredette a poignardé Véronique Barde dans sa résidence du boulevard Antoine-Séguin. On ne peut pas non plus ne pas souhaiter qu’au travers du brouillard de sa détresse, un restant d’humanité et de bons sens lui aura fait épargner son fils, son fils de 6 ans. Mais la camionnette vide du suspect retrouvée à Lachute dans une halte routière n’augure rien de bon.

Où es-tu petit garçon? Je ne prie jamais et je ne crois pas en grand-chose, mais, en ce moment, je prie vraiment fort pour que tu sois assis quelque part dans un bois en face d’un homme qui pleure et se demande comment il a pu en arriver là. J’espère que la police va te retrouver bientôt, petit garçon, vivant de préférence. Et même si tous les indices nous portent à croire que c’est plutôt sur ton petit corps inanimé qu’ils vont tomber, je n’ai jamais, de ma vie, autant souhaité me tromper. Jamais.