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Une odyssée chargée d’humanité

<i>Palawan</i></br>
Caroline Vu, Pleine lune, 356 pages 2017
Photo courtoisie Palawan
Caroline Vu, Pleine lune, 356 pages 2017

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Il faut de la finesse pour raconter la guerre, la fuite, les camps et l’arrivée dans un nouveau pays en embarquant complètement un lecteur d’ici. Caroline Vu a su s’y prendre et livre un roman formidable: Palawan.

Avant de parler de Palawan, il faut commencer par son auteure. Caroline Vu est vietnamienne d’origine et, fuyant la guerre, est arrivée à Montréal à l’adolescence, au début des années 70. Devenue médecin, elle va travailler ici, puis voyager, avant de rentrer pour de bon. Elle pratique aujourd’hui dans un CLSC.

Palawan est son premier roman, mais on a déjà pu la lire l’an dernier, alors que son deuxième ouvrage, Un été à Provincetown, était publié en français aux éditions de la Pleine lune. Au tour maintenant de Palawan, d’abord paru en anglais en 2014 – roman, il faut le souligner, aussi remarquablement traduit que le précédent par Ivan Steenhout, traducteur récompensé à maintes reprises pour la qualité de son travail.

Récit lucide, mais troublant

Caroline Vu écrit en s’inspirant très fortement de sa vie. Si Un été à Provincetown est consacré à sa très particulière famille, Palawan puise sa source aux confidences reçues à l’époque où elle travaillait dans une clinique médicale pour immigrants à Montréal. Entre ses mains, ce matériel est devenu un récit plein d’esprit, tour à tour drôle, rocambolesque, lucide puis troublant.

Le titre du roman fait référence à l’île de Palawan aux Philippines qui, pendant des années, a abrité un immense camp de réfugiés vietnamiens, arrivés là par bateau, les fameux boat-people qui s’enfuyaient du régime communiste.

Une jeune fille, Kim, est du nombre, et c’est elle qui raconte. Nous la suivrons de 1975 à 1992; de Hué, au Vietnam, jusqu’au Connecticut puis à Montréal; de sa pré-adolescence jusqu’à ce qu’elle retourne à Palawan, comme médecin cette fois.

Sagesse d’une jeune adulte

Au fil de son récit, et c’est ce qui en fait la force, on voit Kim prendre conscience de la complexité de son aventure. Et c’en est toute une. Une nuit de 1979, sa mère la réveille et l’emmène loin de la résidence où dorment ses deux petites sœurs, dans un village où attend un bateau. À peine montée à bord, Kim comprend que sa mère ne la suivra pas, qu’il lui faudra s’en sortir seule. À 15 ans.

Kim a l’innocence de la jeunesse mais aussi son énergie : elle saura profiter de toutes les opportunités. Mentir fait partie des outils à utiliser ? Soit. C’est ce qui lui permettra de traverser aux États-Unis, où sa vision d’une Amérique fantasmée, déjà ébranlée par ce qu’elle a entendu à Palawan, fait place à la réalité. Et sa quête de sa famille (nous te rejoindrons, lui avait dit sa mère) lui permettra de mesurer l’ampleur des sacrifices consentis pour elle comme pour tant autres.

Ainsi, peu à peu, les propos de la petite fille font place à la sagesse d’une jeune adulte qui a déjà beaucoup vécu. Une aventure humaine en somme, et une réussite d’écriture.