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Les bougies d’allumage

ecole
illustration fotolia

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C’est la mi-septembre. Je cours après chaque centième de seconde. Mes journées commencent tôt. Et ne finissent pas vraiment.

Y’a tant à faire. Je pourrais presque hyperventiler.

Je tente de m’abandonner à la fébrilité du début d’année qui anime toute l’école et d’être légère. J’en suis incapable. Cette boule dans l’estomac...

J’ai lu le dossier de mes élèves. Leurs défis. Leurs besoins. Année après année, j’ai l’impression qu’ils sont de plus en plus grands, chez de plus en plus d’enfants.

Comment vais-je y arriver ?

Dans le vertige qu’entraîne le tourbillon de la rentrée, je repense inévitablement à ce qui m’a amenée vers cette profession.

J’y suis venue faire quoi ?

Les étincelles

Derrière chaque enseignant se cachent un ou deux profs qui ont su inspirer et donner l’envie de faire le métier qu’ils font.

Souvent par des détails.

La manière avec laquelle ces profs écrivent au tableau. Avec leur porte-craie gris métallique. Ce Saint Graal.

Celle qu’ils ont d’écrire « Bravo » sur les copies d’examens. Avec un « B » en forme de cœur.

Le claquement de leurs souliers à talons hauts dans le grand corridor.

Et parfois ce sont de plus grandes choses.

J’ai eu quelques-unes de ces enseignantes.

Allumer le feu

D’abord, il y a eu Mme Monique. Ma prof de 4e. Avec sa joie de vivre contagieuse. Son humanité. Et parce qu’elle nous faisait chanter.

Et surtout, cette conviction qu’elle m’aimait plus que les autres. Qu’elle m’accordait un traitement spécial. Quel doux sentiment !

Ça m’a fait aimer l’école. Pour la vie.

Puis, il y a eu Mme Rachel. Ma prof de 6e année.

Élancée. Élégante avec ses écharpes parfaitement assorties. Son parfum musqué. Que je reconnaîtrais encore.

Mes amis disaient la trouver trop sévère. Mais moi, je l’adorais en secret.

Et assurément les autres aussi.

Chaque lundi, nous lisions avec elle « La page des 12-13 ». Une section destinée aux jeunes, publiée dans le journal La Presse.

Des articles sur les éoliennes de Cap-Chat. Le chlorofluorocarbone. Ce gaz qui trouait la couche d’ozone.

Je me rappelle avec précision la lecture de chacun de ces articles. Ma position exacte dans la classe.

Les funérailles de René Lévesque. Que nous avions regardées, en direct et en silence. Lumières fermées.

Puis, L’homme qui plantait des arbres de Frédéric Back. Avec la voix de Philippe Noiret, racontant ce texte de Jean Giono.

Nous étions en 1987.

J’avais douze ans. Et je connaissais ces monuments.

J’avais l’impression d’en savoir plus que les élèves de la classe voisine. Que mes parents. Je voulais moi aussi devenir savante. Mme Rachel m’a donné le goût d’apprendre.

Attiser les braises

Dépoussiérer ces souvenirs me reconnecte aux motivations profondes qui m’ont amenée à devenir prof.

Que je perds trop souvent de vue. Parce qu’ensevelie par une tâche qui s’alourdit. Chaque année.

Ces pensées ne règlent pas les travers du système scolaire qui pèsent tant. Mais elles ont tout de même la qualité de me ramener à l’essentiel.

Et de garder mon feu sacré bien vivant. Encore.

Bonne année scolaire !