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Pour en finir avec le mansplaining de la langue française

Pour en finir avec le mansplaining de la langue française

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Le français est-il sexiste? Absolument selon deux auteurs qui viennent de publier La grammaire non-sexiste de la langue française, un ouvrage qui propose différents trucs pour féminiser les mots au quotidien. Et non, le masculin ne l’emporte plus sur le féminin!

«Une autrice», «une philosophesse», «une poétesse»... Ça «sonne drôle» non? Pourtant, ces expressions étaient courantes à l’époque où les reines de France pavanaient avec leurs amants à la cour de Versailles.  

Puis, les grands penseurs du siècle des Lumières confineront la gente féminine dans l’ombre des hommes. L’Académie française conclura qu’une femme ne pouvait être auteur, philosophe ou poète. Par contre, elle peut toujours être «spectatrice» ou encore «lectrice». Lire entre les lignes: une femme a le droit d’apprécier, mais ne peut créer.

Les femmes d’abord

Pour remédier à une pareille injustice, Michaël Lessard et Suzanne Zaccour, des juristes de formation, vont jusqu’à prôner une féminisation générique de la langue française. Désormais, ce serait le féminin qui l’emporte sur le masculin, et non plus l’inverse.

«Contrairement au masculin générique, le féminin générique n’est pas patriarcal. Il permet aux hommes d’expérimenter la discrimination que les femmes vivent depuis des siècles. Ça ne vient que contrebalancer», croient les deux auteurs, pardon «les deux autrices», qui demeurent toutefois préoccupéEs que ce genre de féminisation n’inclue pas les personnes qui n’ont pas d’identité de genre.   

Michaël Lessard et Suzanne Zaccour
Suzanne Zaccour
Michaël Lessard et Suzanne Zaccour

Pelleter des nuages?

Voilà déjà deux ans que les deux auteurs s’intéressent au sexisme de la langue de Laferrière. Depuis, ils en ont vu plusieurs rouler des yeux en les entendant parler de leur combat.

Or, ils se défendent bien ne pas s’occuper «des vraies affaires.» Pour eux, la place de la femme est le reflet de l’importance qu’on lui donne dans la société. La question de la féminisation dépasse la linguistique. 

«Puisque le masculin englobe automatiquement le féminin, les médias parlaient toujours des réfugiés syriens. Dans la tête des gens, le réfugié typique était donc un homme. En réalité, les femmes étaient majoritaires dans les camps. Si on avait parlé des réfugiés et des réfugiéEs, il n’y aurait peut-être pas eu autant de réticence à les accueillir», croit Michaël Lessard.

«Quand on demande qui ferait le meilleur premier ministre aux gens, ils répondent instinctivement le nom d’un homme. Mais quand on leur demande quelle PERSONNE ferait LE meilleur premier ministre ou LA meilleure première ministre, les réponses ne sont plus les mêmes», enchaîne Suzanne Zaccour.

La langue toujours sexiste

Si les dictionnaires restent encore réticents à féminiser certains mots, ils le sont beaucoup moins lorsque se présente l’occasion d’en masculiniser un.

Par exemple, aucun homme ne pratique le métier de sagefemme à l’heure actuelle au Québec. L’Office québécois de langue française n’a toutefois pas perdu de temps à accepter l’expression «sagehomme» lorsqu’un premier homme s’est inscrit à l’université pour le devenir. En France, l’Académie française préfère «maïeuticien.»

Il est d’ailleurs commun de donner un tout autre terme pour désigner le pendant masculin d’un métier traditionnellement féminin. Ainsi, «les hôtesses de l’air» sont devenues «les agents de bord», «les femmes de chambre» des «préposés aux chambres», les «femmes de ménage» des «techniciens d’entretien».  

Pourtant, «les femmes d’affaires» et «les femmes d’État» sont devenues coutumes dans le langage courant.

Le Québec plus égalitaire

Suzanne Zaccour et son acolyte reconnaissent tout de même que le Québec a une longueur d’avance en matière de féminisation par rapport à la France.

De l’autre côté de l’Atlantique, On dit d’une femme qui est à la tête d’une ville qu’elle est «maire» et non «mairesse.» On ne dira pas non plus «madame LA présidentE», mais bien «madame LE président.»

De toute façon, comme dans beaucoup d’autres pays, aucune femme n’a déjà été élue à la tête de la France.

Mais bon, Michaël et Suzanne ont peut-être hâte que la France fasse éclater le plafond de verre, mais sûrement pas au point de voir Marine Le Pen accéder au pouvoir.  

Heureusement que le féminin ne l’emporte pas toujours sur le masculin, mais il pourrait quand même gagner plus souvent.