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La Caisse compte sur une rentabilité rapide

Cette usine produira plus de 2,3 millions de tonnes de ciment par année

Cimenterie de Port-Daniel
photo KARYNE BOUDREAU, agence qmi Le premier ministre Philippe Couillard participait lundi à l’inauguration de la controversée cimenterie à Port-Daniel, en Gaspésie. Sur la photo de droite, dans l’ordre habituel : Laurent Beaudoin, président du C.A. de Ciment McInnis (photo de gauche), Philippe Couillard et la ministre de Économie, Dominique Anglade.

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La Caisse de dépôt et placement du Québec s’attend à une rentabilité rapide de ses investissements dans la controversée cimenterie de Ciment McInnis en Gaspésie.

Inaugurée lundi en grande pompe à Port-Daniel-Gascons en présence du premier ministre Philippe Couillard, l’usine de Ciment McInnis produira plus de 2,3 millions de tonnes de ciment par année.

« On a toujours répété que c’est un investissement rentable », a indiqué lundi le porte-parole de la Caisse de dépôt, Maxime Chagnon.

« Il n’y a pas une cenne de subventions dans ce projet. On va le répéter », a martelé de son côté le premier ministre Couillard, question d’envoyer un message clair à Washington.

Les appuis financiers de l’État québécois dans cet imposant projet industriel mené à l’origine par la famille Beaudoin-Bombardier s’élèvent à 615 millions $.

La Caisse de dépôt a injecté dans l’aventure 265 millions $ alors qu’Investissement Québec a de son côté pris des engagements totalisant 350 M$, dont un prêt commercial de 250 M$ et une prise de participation.

Le projet initial de cette cimenterie qui devait coûter 1,1 milliard $ a connu toutes sortes d’ennuis. La facture finale a atteint 1,55 G$, soit 450 millions de plus que prévu.

Même avec ce dépassement de coûts, la Caisse de dépôt qui est devenue actionnaire de contrôle du projet l’an dernier s’attend à voir ses investissements générer des rendements pour ses clients.

Silence de l’industrie

Lundi, personne de l’industrie du ciment et du béton n’était disponible pour commenter l’arrivée de ce nouveau joueur dans le marché. Chez le géant mondial du ciment Lafarge/Holcin, qui a par le passé vertement décrié la construction de cette cimenterie, c’était motus et bouche cousue.

Pour le professeur en management à l’Université Laval Yan Cimon la venue de Ciment McInnis devrait provoquer des remous au sein de l’industrie des cimentiers.

« Les entreprises établies vont se battre becs et ongles pour défendre leurs parts de marché. Ça ne sera pas facile. Le marché est très concurrentiel et dominé par des gros joueurs », a-t-il souligné ajoutant que la rentabilité d’un tel projet dépendra de la qualité de son réseau de distribution et de son « exécution ».

Une plainte à l’OMC demeure probable

Bien que la production de la cimenterie McInnis soit destinée en grande partie au marché canadien, une plainte devant l’Organisation mondiale du commerce (OMC) n’est pas impossible. Nous en avons discuté avec le professeur en droit international économique de l’Université Laval, Richard Ouellet.

Est-ce que les États-Unis pourraient contester devant l’OMC ce projet ?

Dans l’environnement politique actuel où les appels au protectionnisme aux États-Unis sont nombreux, oui. Ils peuvent déposer une plainte et ils vont probablement le faire. Mais je doute que sur le fond ils obtiennent gain de cause.

Est-ce que les Américains pourraient évoquer une surcapacité de production pour justifier leur protestation devant l’OMC ?

Je pense que les Américains vont essayer de démontrer que cette usine a été faite pour aller sur le marché de l’exportation. Je pense que Ciment McInnis sera capable de démontrer qu’ils ont fait l’usine parce qu’il reste de la place sur le marché canadien. Si par la suite cela donne des exportations, tout le monde a le droit d’exporter.

Dans le cas éventuel d’une plainte, l’OMC cherchera à savoir si le but premier de cette usine est d’exporter?

Effectivement. L’intervention de l’État n’est pas interdite. Mais encore faut-il être capable de prouver que les investissements ne vont pas dans un projet presque entièrement pour vendre à l’étranger. Ça, ce n’est pas légal. Mais selon les documents que j’ai consultés, tout semble avoir été fait correctement.

Des fonds publics dans le projet

Cimenterie de Port-Daniel
Photo Agence QMI, Karyne Boudreau
  • Coût total : 1,55 milliard $
  • Emplois directs : 200
  • Investissements publics totaux : 615 millions $
  • Participation de la Caisse : 265 millions $
  • Participation d’Investissement Québec : 350 millions $

En quelques dates

Décembre 2012 : Le projet est présenté à la population par Ciment McInnis. L’investissement sera de 750 millions $.

Janvier 2014 : Annonce du projet par la première ministre du Québec, Pauline Marois. Le projet passe à 1,025 milliard $.

Août 2016 : Annonce d’un dépassement de coûts de 450 millions $. La Caisse de dépôt devient actionnaire de contrôle. La famille Beaudoin-Bombardier demeure un important actionnaire. Le projet passe à 1,55 milliard $.

Juin 2017 : Première production de ciment.

Septembre 2017 : Inauguration officielle, en présence du premier ministre Philippe Couillard.