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Neutralité malveillante

Stephanie Vallee
Photo Agence QMI, Simon Clark La ministre de la Justice du Québec, Stéphanie Vallée.

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La ministre de la Justice du Québec, Stéphanie Vallée, semble mal avisée, ou bien elle exécute comme un bon soldat les ordres de son patron, le premier ministre Philippe Couillard, concernant le projet de loi 62 sur la neutralité de l’État.

D’ailleurs, l’on perçoit chez monsieur Couillard une urgence du même type que celle de Justin Trudeau à faire passer sa loi légalisant la marijuana. En effet, le premier ministre québécois piaille d’impatience de nous passer un sapin avant les élections prévues à l’automne 2018.

Précisons que la neutralité est un concept qui a peu à voir avec la laïcité de l’État que souhaitent de nombreux Québécois. Pour simplifier le problème, disons que la prétendue neutralité des institutions publiques n’est qu’un pâle ersatz de la laïcité, comme l’aspartame est un succédané médiocre du sucre.

Confusion

La ministre Vallée, qui semble pratiquer la confusion des mots, vient de proposer un amendement à son projet de loi 62, qui obligerait les députés à rencontrer tout représentant de n’importe quel groupe religieux qui le demande, sous peine de poursuite s’ils refusent. Un député qui oserait également critiquer un membre autoproclamé ou désigné d’une religion ou d’une secte officiellement reconnues, comme l’Église de la scientologie, qui a pignon sur rue de façon très visible à Montréal et à Québec, pourrait se retrouver devant le Tribunal des droits de la personne.

Autrement dit, le droit des membres d’une secte à être reçus par un élu primerait sur le droit des députés de refuser, pour des raisons évidentes, de recevoir des gourous comme il en existe trop au Québec.

La neutralité de l’État est la stratégie qu’a trouvée Philippe Couillard pour contrer les tenants de la laïcité, qui s’opposent entre autres aux signes religieux ostentatoires pour les fonctionnaires, les juges, les policiers et les élus.

Sociétés distinctes

Il y a un fossé infranchissable entre la laïcité et la neutralité. Le gouvernement Trudeau a nommé des ministres qui portent le turban sans problème puisque la Cour suprême a interprété la Charte des droits dans ce sens, et ce, depuis des décennies. Le candidat à la direction du NPD Jagmeet Singh, qui porte son turban de façon extravagante, n’a évidemment aucun problème avec les femmes en burqa. Favori dans la course pour succéder à Thomas Mulcair, il nie que cela puisse déranger les électeurs. S’il est élu au Canada anglais et battu au Québec, il faudra en conclure que les deux sociétés distinctes sont toujours vivantes.

Les Québécois doivent comprendre que, si ce projet de loi 62 est adopté – et il le sera, à l’évidence, avec en plus des amendements aussi délirants et tordus –, la laïcité sera morte et enterrée. Le Canada multiculturel de Trudeau triomphera, entraînant la minorisation accentuée du Québec, moins distinct que jamais et de plus en plus neutre.

Les Québécois, en refusant de se battre pour des principes qui protégeraient ce qui leur reste d’identité distincte, font preuve de fatalisme. Ils se neutralisent eux-mêmes.