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Survivre à la canicule sans air climatisé

young woman using a small electric fan to cool down during hot summer
aerogondo - stock.adobe.com

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J’habitais dans un demi-sous-sol sur l’Avenue du Parc quand j’ai dû affronter ma première canicule montréalaise. Je me pensais bonne pis je me disais que l’humidité pis la chaleur ne pénètreraient jamais les murs de l’appartement outrageusement cher (900 piasses pour un 6 et demi au début du millénaire, c’était vraiment abusif, on va se le dire) que je partageais avec 3 colocs.

Erreur de débutante. La première journée, les jeunes adultes saguenéens naïfs que nous étions avaient eu la fausse bonne idée de laisser les fenêtres grandes ouvertes. Résultat : à 9 heures le matin, il faisait environ 56 000 degrés dans l’appart et j’avais une petite moustache de sueur.

Même si je restais à 500 mètres du Rona, je n’avais pas les fonds disponibles (j’avais préféré boire l’ensemble de mes avoirs avec un gars louche au Saint-Elisabeth, la veille) pour m’acheter le classique air climatisé trop bruyant de fenêtre montréalais qui m’éviterait d’habiter dans un sauna pour les huit prochains jours. Me faudrait prendre mon mal en patience et/ou faire preuve d’ingéniosité.

 

J’ai entrepris de me fabriquer un air climatisé avec les moyens du bord. Devant les regards ébahis de mes trois colocataires qui préféraient fumer des plombs au couteau plutôt que penser à des solutions, j’ai commencé par chercher le plus gros cul de poule que pouvaient contenir les armoires de cuisine. Pour les gens peu familiers avec le champ lexical de la vaisselle, sachez que c’est juste un esti de gros bol en métal. Après, j’ai entrepris de remplir ledit bol avec tous les glaçons que contenait mon modeste congélateur. Je vous le jure, j’ai même gratté le pourtour du congélo, histoire de ramasser le petit maudit frimas pogné en pain qui s’accumule quand on est, comme moi, une mauvaise ménagère et que l’idée de nettoyer cette partie du frigidaire ne nous effleurerait pas l’esprit même pour sauver notre propre vie.

Le bol était plein de glace pis de petite neige douteuse. Ne restait plus qu’à placer un ventilateur devant. J’avais quand même les moyens de me payer ça. Non, je mens. C’est ma mère qui me l’avait donné pendant qu’on loadait le truck de déménagement, quelques semaines plus tôt.

 

J’ai placé le ventilateur devant le cul de poule, donc, et j’ai enligné la douce brise d’air frais dans ma direction... et un peu celle de mes colocs, je l’avoue. Oui, je suis une bonne personne même si je suis rousse et je viens des régions. Sérieusement, ce système de climatisation artisanale marchait plutôt bien même si la glace fondait aussi vite qu’une crème molle trempée dans le chocolat. Mais je m’en sacrais et, à la fin de la première journée de canicule et au bout de mes réserves de glaçons et de frimas de congélateur, j’avais fait décongeler dans le cul de poule un sac de frites McCain, une demi-livre de steak haché mi-maigre et trois poitrines de poulet désossées. Oui, je sais que c’est cher acheter des poitrines de poulet déjà désossées et que c’est un choix peu judicieux quand on est cassée comme je l’étais, mais je n’ai jamais vraiment eu les priorités à la bonne place. Évitons aussi de parler du gaspillage alimentaire éhonté auquel je participais avec mon pseudo air climatisé et à l’éventuelle salmonelle projetée dans l’air fort probablement déjà vicié de mon demi-sous-sol.

«Mais pourquoi elle nous raconte sa vie de même?», vous dites-vous assurément en ce moment, en vous étonnant vous-mêmes d’être encore là. Ben parce que. Parce que je vous aime tellement que j’avais envie de partager avec vous mon truc ultime pour affronter la canicule sans air climatisé. Ne me remerciez pas pour cet ingénieux système qui va assurément changer le cours de votre existence. J’avoue aussi que ç’a m’a fait un peu de bien de repenser à cette époque désormais lointaine où je m’arrangeais avec les moyens du bord au lieu de céder au capitalisme et de dépenser des milliers de dollars pour une thermopompe.