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Les femmes ne sont pas toujours fortes mais elles savent s’enfuir

Les femmes ne sont pas toujours fortes mais elles savent s’enfuir

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J’ai déjà porté fièrement un t-shirt avec le slogan girls are stronger than boys. Je ne le porte plus parce que je n’ai plus 14 ans et que je ne veux pas faire pleurer les garçons, mais j’aime les filles. J’aime les filles même quand nous sommes trop fatiguées pour être les plus fortes et même si ce n’est pas vrai que nous rêvons toutes d’avoir deux tresses dans les cheveux et une collection de vernis à ongles.

Comme pour les hommes précédemment, je note ce que je dois aux femmes, elles qui, avec leurs bras, m’enlacent même quand je ne sens pas le parfum de Marc Jacobs, elles qui, avec leurs poings, levés ou cachés, m’aident chaque jour à croire que la vie peut être rose même sans lunette en forme de cœur. Je ne suis pas seule. Nous ne sommes pas seules, petites sœurs ou grandes sœurs, mamans, amies, collègues et fées des dents ou de la nuit.

Ce que les femmes m’ont appris :

1. Que la jalousie est parfois provoquée par la possibilité de manger deux barres de chocolat extra-grandes sur l’heure du lunch en secondaire trois.

2. Que tout le monde meurt et que plusieurs d’entre nous veulent mourir. Mes enfants ne veulent pas que je meure et je leur dis encore que je ne mourrai jamais. Je suis l’exception à toutes ces femmes qui meurent. À ma grand-mère qui est morte le jour de ma première communion. Ma mère pleurait dans les bras de mon père et je ne devinais pas pourquoi. Quand j’ai su, j’ai pensé aux fleurs que j’avais données la veille à ma grand-mère. J’avais aussi collé des dessins aux murs de sa chambre d’hôpital, et ni mes dessins, en papiers peints, ni les poinsettias ne l’avaient guérie.

3.  Que le poil est un sujet de discussion. Une fille portant le même prénom que moi m’avait chuchoté à l’oreille, alors que j’avais dix ans, que je devrais me raser sous les aisselles. C’est ma mère qui a pris un rasoir et qui m’a montré comment. Je fixais le miroir de la salle de bain avec embarras, dans cette intimité mère-fille qui n’était pas obligatoire. C’est ce que m’a appris plus tard ma cousine, qui, en jupe de friperie à bicyclette, m’accusait de vouloir ressembler à une version aseptisée de ce que je pouvais être. Maintenant je sais que ce n’est pas dangereux de faire du zumba ou des tartes aux pommes avec du poil sous les aisselles ou aux jambes.

4. Que les célébrités sont des modèles. Mes frères avaient des photos de fesses bombées dans leur chambre; moi de publicités de Skittles. Puis une copine, celle avec qui je faisais semblant de me faire bronzer dans son entrée en asphalte, m’a fait découvrir les clips de Moist, et ma cousine le magazine Seventeen. Alicia Silverstone et Paris Hilton sont depuis mes philosophes préférés. Et je compare encore ma craque de seins à celle de Tori Spelling dans les revues à potins.

5. Qu’il n’y a rien de comparable à la solidarité entre travailleuses du sexe. Rien.

6. Que la nature est magique. Je ne me suis jamais perdue quand j’allais dans les bois avec ma cousine. Nous étions des enfants Passe-Partout; nos parents nous laissaient faire ce que nous voulions pendant qu’ils prenaient des leçons d’équitation ou parlaient d’aménagement paysager. Nous nous enfoncions dans les bois, nous allions près de la maison du Temple Solaire, à Morin Heights, et nous chantions des messes pour des papillons que nous tuions accidentellement. Je raconte à ma propre fille ce que nous devons à la nature, en lui racontant  l’histoire de Perséphone, et de sa maman, lourde d’un chagrin incroyable, alors que sa fille lui avait été enlevée, par le dieu des enfers. Sa mère, pour ravoir sa fille, a promis qu’il n’y aurait plus de tournesols, plus de cerises, plus rien sur Terre qui ne pousserait, sans le retour de sa fille. Quand ma fille me demande si j’y crois, à cette déesse des moissons, je réponds que oui. Je crois à tout pour ma fille.

 

7. Que les filles doivent s’enfuir et savoir bien se cacher. Ma professeure de dessin nous avait raconté que son petit frère avait joué avec des allumettes dans la garde-robe de sa chambre. Un feu avait commencé. Il n’était pas sorti de la garde-robe. J’ai des amies qui s’endorment le soir en pensant à toutes les sorties de secours possibles.

8. Que l’alcool est plus important pour moi que le kale. La lumière diffuse, une amie écrivait sur mes jambes et j’écrivais sur les siennes, pour ne pas réveiller ses parents. C’est le soir où elle m’avait invitée à prendre mon premier shooter de whisky. J’avais détesté. Sauf que Sexe à New York m’a fait connaître le jus de canneberges avec la vodka. Et que je n’ai jamais été trop malade après avoir bu des bulles chez une copine, à parler de sugar daddy, de cours de ballet ou d’architecture moderne.

9. Que la Suisse c’est loin quand sa meilleure amie y habite et qu’en Suisse, les gens déménagent leur propre lunette de toilette.

10. À lire et par extension à écrire. À sublimer toutes les envies dans les mots. À ne plus douter de rien, parce que dans les mots il y aura toujours ce que je chercherai.