/finance/business
Navigation

Qui fait partie du fameux 1% le plus riche au Québec?

Ils paient à eux seuls plus de 18% de la tarte totale de l’impôt provincial

US-PRESIDENT-TRUMP'S-TAX-REFORM-PLAN-POISED-TO-BENEFIT-WEALTHY
Photo AFP Le club du 1 % des Québécois les plus riches compte seulement 64 175 « fortunés » gagnant plus de 190 000 $ par année.

Coup d'oeil sur cet article

Le club du 1 % des Québécois les plus riches compte seulement 64 175 « fortunés » gagnant plus de 190 000 $ par année. Depuis 10 ans, à peine 5640 personnes ont rejoint ce club sélect, révèlent des données du Recensement 2016 obtenues par Le Journal.

Au Québec, le 1 % le plus riche a payé 18,3 % de l’impôt total provincial en 2015, selon Revenu Québec. Les Québécois gagnant plus de 100 000 $ par année ont payé quant à eux 40,6 % de l’impôt provincial, selon l’organisme.

Quand nos riches se comparent à leurs voisins, ils se désolent. Au Québec, les membres du 1 % gagnent 82 000 $ de moins que leurs voisins ontariens (soit 30 %).

Leur revenu médian gonfle à 347 000 $ en Ontario et fond à 265 000 $ au Québec. Les hommes (75 %) dominent les femmes (25 %) dans les deux provinces.

« L’Ontarien a plus de chances d’être un vice-président, alors que le riche d’ici risque d’être un actionnaire ou un haut salarié d’une PME », observe Luc Godbout, titulaire de la Chaire de recherche en fiscalité et en finances publiques de l’Université de Sherbrooke.

Pas assez d’entrepreneurs

Pour Carl Vallée, directeur québécois de la Fédération canadienne des contribuables, il y a un manque criant d’entrepreneurs au Québec. « Le fait que la plupart des sièges sociaux des grandes compagnies soient à Toronto au lieu de Montréal n’est pas étranger à ce phénomène », note l’ancien attaché de presse de Stephen Harper.

Non seulement y a-t-il moins de très riches ici – et ces riches le sont moins que les Ontariens –, mais les personnes qui gagnent 100 000 $ et plus sont aussi beaucoup plus rares chez nous.

Deux fois plus de personnes gagnent 100 000 $ et plus annuellement en Ontario qu’au Québec. Ils sont 909 005 dans la province anglophone (9 % des déclarants) et 349 000 (5 % des déclarants) au Québec.

Richesse collective

Philippe Hurteau, chercheur à l’Institut de recherche et d’informations socioéconomiques (IRIS), pense que le vrai pouvoir d’achat dans une société ne vient pas du 1 % le plus riche, mais de la classe moyenne.

« Certains disent qu’il faut créer de la richesse en haut pour qu’elle puisse redescendre. Mais c’est faux. L’argent des plus riches reste dans les marchés financiers, et ne redescend pas », tranche-t-il.

Entre 1985 et 2014, le 1 % a vu son salaire bondir de 67 %, alors que la population totale n’a vu le sien augmenter que de 9 %, notait d’ailleurs Nicolas Zorn dans son livre Le 1 % le plus riche – L’exception québécoise, paru aux Presses de l’Université de Montréal.

Choix difficiles

Moins il y a de riches, moins il y a de recettes fiscales, et plus le gouvernement doit trouver d’autres façons de récupérer l’argent dans le portefeuille du contribuable moyen, pense le fiscaliste Luc Godbout.

« Deux choix s’offrent à nous : soit on offre moins de services publics, soit on en offre plus en allant chercher l’argent dans les poches de ceux qui gagnent entre 30 000 $ et 150 000 $ par année », résume-t-il.

Rappelons que le revenu total médian des Québécois est de 59 822 $, loin derrière la moyenne canadienne de 70 336 $, selon Statistique Canada.

« Les inégalités, ça tue »

– Nicolas Zorn, de l’Institut du Nouveau Monde

L’essayiste Nicolas Zorn pense que le Québec doit se doter d’un observatoire pour mesurer les inégalités.
Photo Francis Halin
L’essayiste Nicolas Zorn pense que le Québec doit se doter d’un observatoire pour mesurer les inégalités.

Quels sont les effets des inégalités dans la société ?

Les inégalités, ça tue. Il y a un écart d’espérance de vie de 11 ans entre un quartier riche et un quartier pauvre, à Montréal. Quels autres pays ont un tel écart ? L’Allemagne et le Bangladesh. On sait que, lorsqu’il y a plus d’inégalités, ça nuit à l’économie et à la démocratie. C’est corrosif. L’écart de revenus se traduit par un écart entre citoyens. Ça fait des gens qui vivent dans deux univers complètement différents. Ça mine l’égalité des chances, l’économie et même la consommation.

Mais les écarts de richesse sont quand même moins élevés ici ?

Oui, parce que le modèle québécois fonctionne. Plus il y a de services publics, de programmes sociaux et d’impôts, plus il y a d’égalité. Notre modèle permet de réduire l’écart entre riches et pauvres. Ç’a été mon cas. Je suis passé par les centres jeunesse, une des institutions uniques en Amérique du Nord qui favorisent l’égalité des chances. J’ai eu des prêts et bourses quand j’en avais besoin. Je suis doctorant aujourd’hui.

En quoi la finance québécoise se distingue-t-elle ?

Au Québec, on a un type de finance qui laisse plus de place à l’économie sociale et solidaire. Pensez au Fonds des travailleurs, au Mouvement Desjardins ou à Investissement Québec. Ça ajoute une autre valeur dans l’équation. Ça crée une économie qui ne favorise pas que les actionnaires. Résultat, le 1 % des plus riches au Québec est plus modeste que chez ses voisins. Reste que l’inégalité doit être autant prise au sérieux que la question du changement climatique. Il faudrait vite mesurer l’impact des politiques publiques sur les populations.

« Arrêtons de diaboliser le 1 % »

– Alexandre Moreau, de l’Institut économique de Montréal

Alexandre Moreau, de l’IEDM, pense que le modèle québécois est à revoir.
Photo Philippe Orfali
Alexandre Moreau, de l’IEDM, pense que le modèle québécois est à revoir.

Pourquoi a-t-on moins de riches au Québec ?

C’est difficile à dire. Souvent, nous avons du mal à attirer les emplois les plus payants, comme ceux du secteur financier. Il faut avoir une fiscalité intéressante pour y arriver. Pensez à Amazon qui se cherche un siège social... avec plus de 50 000 emplois potentiels. Arrêtons de diaboliser le 1 %. La France a fait fuir les plus riches avec ses taux d’imposition super élevés. N’oublions pas que les plus riches créent de la richesse. L’inégalité de revenu qui m’inquiète est davantage celle des groupes d’intérêt trop proches du pouvoir en place qui accaparent la richesse de l’État.

Quel rôle joue le modèle québécois dans la répartition de la richesse ?

L’État est très présent dans l’économie, ici. Les subventions aux entreprises et les crédits d’impôt sont légion. Est-ce la bonne recette pour créer de la richesse ? Je ne le pense pas. Pour chaque dollar payé en impôt, 80 cents viennent de subventions. Prenez les CPE et les droits de scolarité qui nous distinguent des autres provinces, ça ne change rien. Les gens gagnent moins d’argent. Ça ne reflète en rien une société en bonne santé. Oui, les inégalités sont plus basses au Québec qu’ailleurs, mais ce qui me préoccupe davantage, c’est l’indicateur de pauvreté.

Que proposez-vous pour qu’il y ait plus d’égalité ?

L’égalité ne veut pas dire que tous ont le même revenu, mais bien « égalité des chances ». Malgré le fameux modèle québécois, on constate un taux de pauvreté et une persistance des gens qui ont un faible revenu. Dans plusieurs catégories de la population, le taux de pauvreté est ici légèrement supérieur à la moyenne canadienne. C’est plutôt ça qui m’inquiète.