/world/usa
Navigation

Quand je m'invite à une discussion entre Bill Clinton et Jean Chrétien

Quand je m'invite à une discussion entre Bill Clinton et Jean Chrétien
Sébastien St-Jean / Agence QMI

Coup d'oeil sur cet article

Sur un coup de tête, j’ai décidé d’assister à la discussion entre Jean Chrétien et Bill Clinton. En 1993, lorsqu’ils ont commencé à diriger deux des plus importants pays au monde, ma seule mission sur terre était de naître et respirer.

Tout a commencé il y a deux jours, en recevant un courriel m’invitant à cette soirée mondaine organisée par le Conseil des affaires canadiennes-américaines. Moi, Jean Balthazard, connu sans doute mondialement pour m’être garroché dans le fleuve. Ils ont probablement entendu parler de cet exploit pour me convier de la sorte.

Je conviens avec mon boss que j’irais voir ce qui se trame. On ne sait jamais, tout ça pourrait se finir dans la pénombre d’un bar en compagnie des deux anciens dirigeants à soutirer une tonne de secrets d’État jusqu’à 3h du matin.

Arrivée floue

Je mets mes plus beaux habits pour l’occasion. Et afin de ne pas ressembler à Jésus, Tarzan ou un itinérant, à vous de voir, j’attache mes cheveux. Je l’ai fait aussi parce que ma maman trouve ça plus «propre» et il faut toujours écouter les conseils de sa mère.

J’arrive sur place et je me fais déjà un ami qui essaye de se trouver des billets. Désolé monsieur dont la femme se trouvait à l'Événement Carrières, je n’ai qu’un passe-droit.

Même si la file s’avère mille fois moins pire comparée à celle lors de la venue d’Obama en juin dernier, je cherche activement une façon de skip tout le monde.

Il doit bien y avoir un kiosque «Médias». Bingo! Je tends à l’homme, qui semble aussi surpris de me voir que moi je le suis d’être présent, mon billet et une pièce d’identité.

 

Alerte de drogues

J’attends patiemment que les responsables nous amènent en haut avant tout le monde, tels des rois du monde, lorsqu’on nous annonce qu’un chien renifleur viendra se promener pour vérifier le contenu de nos sacs.

Quand le chien se trimbale jusqu’à moi, j’ai le même sentiment qu’à l’aéroport quand quelqu’un fouille mon sac. Je sais pertinemment que je n’ai pas de drogues sur moi, mais si quelqu’un avait décidé de glisser 10 kilos de cocaïne dans mon sac (un classique), qu’est-ce que je fais?

Quand je m'invite à une discussion entre Bill Clinton et Jean Chrétien
Photo d'archives, Département de l'immigration de l’Australie

 

Je passe finalement le test haut les mains. Ça sera pour une prochaine fois joli «matou».On monte les escaliers et les responsables nous pointent l’endroit où nous serons assis pendant deux heures. Ça ressemble à un petit enclos à animaux. Du côté où je me trouve, il y a une dizaine de chaises accotées sur le mur, au fond de la salle. Et pas question pour les journalistes de partir en courant puisqu’un petit ruban de sécurité nous encloître.

Jaser entre amis

Les maîtres de cérémonie arrivent sur Back in Black d’ACDC, Denis Coderre nous rappelle pour la énième fois qu’on est sur un territoire mohawk, que Montréal combat les changements climatiques et que la ville fête son 375e, bref la routine.

Puis, vient le clou du spectacle. Durant leur discussion, Jean Chrétien et Bill Clinton n’ont pas manqué une occasion de se flatter dans le dos et de dire à quel point leur amitié est merveilleuse.

Quand je m'invite à une discussion entre Bill Clinton et Jean Chrétien
Sébastien St-Jean / Agence QMI

 

L’ancien président des États-Unis a même affirmé que si Chrétien lui demandait 100 000$ demain matin en lui disant qu’il pouvait seulement expliquer la raison une semaine plus tard, il le ferait sans hésitation. Moi, quand je vole deux tranches de pain à mes colocs, j’ai besoin de détailler très précisément pourquoi j’en ai besoin. Avantage Clinton.

Quand je m'invite à une discussion entre Bill Clinton et Jean Chrétien
Sébastien St-Jean / Agence QMI

 

Même si j’ai décelé un fond de langue de bois (sûrement un vieux réflexe) à plusieurs reprises, les deux interlocuteurs m’ont fait sourire à quelques moments. Par exemple, Jean Chrétien a donné son meilleur numéro lorsqu’il racontait la fois où il a convaincu M. Clinton et le président du Mexique, Ernesto Zedillo, de venir donner un discours au Canada en promettant une partie de golf à Clinton et la présence de Diana Krall à Zedillo.

L’événement prend fin et je décide d’aller prendre quelques bouchées au cocktail d’après-discussion. Tant qu’à être big. Puis, je redescends assez vite de mon nuage. Arrivé à la bâtisse, aucune façon de rentrer à l’intérieur, il faut une carte d’accès. J’avais pourtant mon invitation en bonne et due forme. Je fais trois fois le tour de l’immeuble. J’arrive même à apercevoir les convives qui se goinfrent à l’intérieur. Mais c’est peine perdue. J’oublie tranquillement mon «rêve» de me tenir aux côtés de gens riches et célèbres.

Au moins, je me rassure en me disant qu’un jour, quelqu’un commencera son texte en écrivant : «J’ai assisté à une conférence de Jean Balthazard hier. En 25 ans de carrière, il a tellement accompli de choses. Dire qu’à ses débuts, je n’étais qu’un petit poupon sans ambitions».