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Hugh Hefner n’est pas un héros, ni l’inventeur des blondes à gros seins

Hugh Hefner n’est pas un héros, ni l’inventeur des blondes à gros seins
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Une semaine après avoir lu tout ce qui s’est écrit entourant le décès de Monsieur Combo-Robe-de-Chambre-et-Pipe, il est nécessaire de constater qu’il n’est ni un héros ni l’inventeur de la nudité féminine.

Si Hugh Hefner a fait fortune et s’est retrouvé à vivre dans un manoir impressionnant malgré les traces de caca de chien sur les tapis en fourrure synthétique, avec des journées désignées pour le restaurant, le cinéma et le sexe mécanique en groupe, c’est grâce aux femmes. Totalement grâce aux femmes. C’est même grâce à un prêt de 1000$ de sa maman qu’il a pu créer le magazine Playboy, d’abord intitulé Stag Party. Mettre Marilyn Monroe sur la page couverture du premier numéro, en 1953, après avoir racheté des photos pour lesquelles elle avait posé des années auparavant, avant de devenir célèbre, a provoqué le succès rapide du magazine.

Si on suppose, depuis une semaine, que Hugh Hefner était un génie, un vieux monsieur creepy ou l’inventeur de la nudité féminine en deux dimensions, on a surtout oublié de créditer les femmes pour son succès. On a oublié Marilyn. On a oublié Margaret Atwood et Joyce Carol Oates, des auteures audacieuses qui ont écrit pour le magazine. On a surtout oublié les Bunnies et les Playmates, qu’on a tout de suite traitées comme des victimes de l’homme qui consommait poulet frit, Viagra et voitures.

Des seins, des fesses et une révolution sexuelle

Alors qu’on reproche à Hugh Hefner de ne voir que les femmes en termes de seins et de cul, on agit exactement de la même façon, en réduisant ces femmes en parties du corps à prendre et à ridiculiser, sans leur donner le droit de parole ou aucune autonomie dans leur décision de poser toute nue ou de participer à l’aventure d’un magazine qui se voulait révolutionnaire. Claudie Auclair, une Playmate québécoise, n’a que de bons souvenirs d’avoir posé pour le magazine, ce qu’elle referait sans hésiter.  Caroline Tula Cossey, une femme assignée garçon à la naissance ayant posé pour Playboy en 1991, plusieurs années avant que ça ne devienne tendance d’écrire le mot trans sur une page couverture de magazine de mode, rappelle que c’était un honneur, de se retrouver dans la revue érotique. Elle a senti que Hugh la comprenait totalement et était touché par son histoire. Kendra, la petite copine de la téléréalité Girls Next Door, est certaine que c’est son séjour dans le manoir qui lui a permis de se défaire de sa dépendance aux drogues.

Quand il a créé Playboy, dans un monde de magazines masculins de chasse et pêche et de militaires, Hugh Hefner voulait encourager la révolution sexuelle. Pour lui, ça signifiait séparer le sexe de la procréation. C’était majeur, car à l’époque, la sexualité était liée au mariage, ce qu’il considérait comme hypocrite. Il a encouragé un accès plus facile à la pilule contraceptive et publié un article sur la légalisation de l’avortement huit ans avant l’arrêt Roe V. Wade, qu’il aida financièrement et qui reconnaissait enfin l’avortement comme un droit constitutionnel, invalidant les lois le restreignant. Le mec aux 2643 albums souvenirs de lui-même a affirmé que la révolution sexuelle était d’abord pour les femmes. Sauf qu’évidemment, c’était sous contrôle masculin, et si les femmes avaient moins d’inhibitions et ressentaient moins de honte à exprimer leurs désirs, les hommes y gagnaient aussi.

Une envie de sophistication et des désirs de gamin impressionné

Il souhaitait des lecteurs qui « aiment les cocktails et les hors-d’oeuvres, mettre de la musique d’ambiance sur un phonographe pour inviter une connaissance féminine à discuter de Picasso, Nietzsche, jazz et sexe. » Il n’a pas seulement appris à toute une génération à lire d’une seule main, il a ouvert ses lecteurs à une certaine sophistication, même si celle-ci était embourbée dans un monde de lingerie couleur pastel et de femmes habillées en animal inoffensif, au sourire rassurant et aguichant de cheerleader de l’Oklahoma.

Toutefois il ne montrait pas que des femmes calquées sur son idéal d’héroïne du film Flash Gordon, une blanche aux cheveux blonds et aux seins plus gros que des oranges. Une de ses émissions, Playboy’s Penthouse, fut même bannie dans le Sud, parce qu’il avait engagé des personnes noires, ce qu’il faisait également pour ses clubs privés Playboy, défiant les lois ségrégationnistes. En 1964, il aida aussi financièrement à retrouver les corps de James Chaney, Andrew Goodman et Mickey Schwerner, trois militants pour les droits des noirs, morts, assassinés par le KKK.

Être un allié privilégié ne transforme pas Hugh Hefner en candidat au prix Nobel du féminisme

Les droits de la communauté LGBT avaient aussi beaucoup d’importance pour Hefner au quotient intellectuel de 152. Le sauveur du signe Hollywood, surplombant les montagnes, voyait la lutte pour le mariage gai comme une lutte pour les droits de tous, afin que la sexualité et l’amour ne soient jamais synonymes d’oppressions. Questionné au sujet du VIH/SIDA, il a contré la stigmatisation des personnes en souffrant, affirmant que la seule chose mauvaise à propos de l’épidémie du SIDA était la façon que le gouvernement avait choisi d’y répondre.

S’il a fait beaucoup pour différentes causes, il est impossible de le voir totalement comme un allié du féminisme, lui, qui, même s’il se disait romantique, argumentait que les femmes étaient des objets et leur attribuait des notes de A à C dès qu’elles pénétraient son manoir. Il est toutefois étrange de comparer tout ce qu’on dit sur lui depuis une semaine à ce qui est laissé de côté lors d’hommages à un artiste comme David Bowie, qui aurait eu des relations sexuelles à la dynamique de consentement pas très clair avec des groupies, et qui aurait déviergé une jeune fille de 14 ans. Comme si la nature du travail de Hugh Hefner et son sexe de 91 ans dégoûtaient assez pour qu’on mette tout ce qu’engendre la masculinité toxique sur son dos.