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Faut-il craindre les loups ou les hommes?

Lise Tremblay
Photo Martine Doyon

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Écrivaine de talent célébrée au Québec et à l’étranger — particulièrement en Scandinavie — Lise Tremblay explore les forces solaires et les forces de l’ombre qui s’opposent dans les bois et les petits villages du Saguenay dans son nouveau roman, L’habitude des bêtes.

Il est question de deux meutes de loups qui hantent la montagne. À quelques semaines de la saison de la chasse, les villageois sont à cran : les uns disent qu’il faut faire le ménage, car les loups risquent de décimer les orignaux. Les autres y voient un signe de santé écologique. En peu de temps, la tension devient palpable.

Lise Tremblay explore ces tensions qui font que tout le monde est obligé de se ranger dans un camp ou dans l’autre dans la communauté. Rémi, l’homme à tout faire, redoute la gang des Boileau qui se promènent avec des fusils dans la boîte de leurs camions. Tout le monde, du garde-chasse à la vétérinaire, en passant par le dentiste Lévesque et Mina, l’ancienne propriétaire du dépanneur, est concerné.

Le loup au quotidien

Avant toute chose, Lise Tremblay rappelle qu’elle voulait faire un livre sur la bonté, en présentant un narrateur pas très gentil qui devient bon. « Il devient bon parce que la première affaire qu’il aime vraiment dans la vie, c’est son chien, qui lui est donné par un vieil Indien sur une réserve. Ça change sa vie totalement : il décide de prendre sa retraite et d’aller vivre dans le bois. Je voulais voir ce qui était le déclic que quelqu’un change. »

Les loups font partie de son univers créatif... et de son quotidien. De sa maison construite au pied du Mont-Vallin, elle les entend hurler. « Il y a deux meutes dans la montagne : une à l’est et une à l’ouest. Cet hiver, je les ai entendus deux fois. Ici, il y a des ours, il y a des loups, il y a même des couguars. Il y a toutes sortes d’affaires : les bêtes sont beaucoup plus présentes dans ma vie que sur la rue Saint-Gérard à Montréal. »

« Un autre monde »

Outre les loups, toute l’armature du texte et toute l’intrigue sont complètement fictives, assure-t-elle. « J’ai fait des recherches et j’ai vu qu’il y a des places où on essaie de se débarrasser des loups, et il y a des places où ça tanne les chasseurs. J’ai essayé de greffer cela à l’histoire ».

L’action se déroule dans un cadre naturel sauvage, dans un coin peu fréquenté du Québec ; il est magnifiquement décrit. « C’est un autre monde, avec d’autres codes, d’autres façons de voir la vie. L’hiver est dur ici ; ça façonne les gens, la vie, plein de choses dont on n’a même pas à tenir compte en ville. »

Pour elle, l’écriture est « un espace de liberté incroyable », assure-t-elle. « J’écris pour moi d’abord, parce que c’est important pour moi de créer. Les mots et faire un univers, j’adore ça. La vie n’a aucun sens : c’est toi qui lui en donnes un et la littérature, ça sert à donner du sens. »

Ce qu’elle écrit trouve un écho à l’étranger. Cet automne, l’écrivaine se rendra en Suède pour présenter ses livres. « Mon recueil de nouvelles La Héronnière a été traduit en suédois. J’y vais pour la deuxième fois. » Elle est aussi traduite en anglais... et en islandais.


Lise Tremblay est née à Chicoutimi.

Elle a reçu plusieurs distinctions au cours de sa carrière, dont le Prix du gouverneur général en 1999 pour La Danse juive et le Grand Prix du livre de Montréal en 2003 pour son recueil de nouvelles, La Héronnière.