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Protégés par «le milieu»

<b>Harvey Weinstein</b><br /><i>Producteur</i>
PHOTO D'ARCHIVES, AFP Harvey Weinstein
Producteur

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Samedi dernier, à l’émission culte Saturday Night Live, on n’a fait aucune blague sur les accusations de harcèlement sexuel contre le producteur Harvey Weinstein.

Pas une.

UN SILENCE COMPLICE

Imaginez si c’était un animateur de Fox News qui avait fait l’objet de telles accusations.

Vous croyez que les humoristes de SNL se seraient gênés pour le rouler dans la farine et le traiter de gros dégueulasse ?

Mais voilà, Weinstein est un important donateur du parti démocrate, alors ses amis ont préféré garder le silence.

Entre gens de gauche, on se protège.

Il aura fallu quatre jours et des centaines de tweets provenant de fans outrés par son silence pour que Meryl Streep (qui n’a pas hésité une seconde à pourfendre la misogynie de Donald Trump) mette fin à son mutisme et parle enfin de « l’affaire ».

C’est toujours la même chose : si tu fais partie de « la bande », tu es protégé. Si tu n’en fais pas partie, on va te tomber dessus à bras raccourcis.

Un animateur de la radio de Québec dérape ? La province déchire sa chemise et exige son renvoi.

Un animateur de la radio de Montréal crée un quiz qui consiste à demander à ses auditeurs si tel ou tel acteur est « mort ou fif » ? Personne n’en parle.

Pierre Falardeau se réjouit de la mort de Claude Ryan en écrivant dans un journal souverainiste : « Voici une bonne chose de faite, avec sa tête de sous-diacre empaillée et mangée par les mites, salut pourriture » ?

Le merveilleux monde du showbiz ne dit pas un traître mot.

Un commentateur fédéraliste parle de « chasse aux souverainistes » ?

On l’envoie à l’échafaud.

Deux poids, deux mesures.

Sans parler de Joël Legendre qui s’est montré la bizoune dans un parc fréquenté par des enfants et qui a été protégé par « le milieu ».

DES ANGES

Quatre femmes accusent Roman Polanski de les avoir violées alors qu’elles étaient mineures.

On peut compter sur les doigts d’une main les actrices qui se sont levées pour pointer le réalisateur du doigt.

Si c’était un plombier, par contre... Ou un éditorialiste d’un journal de droite...

Pour paraphraser George Orwell : « Tous les hommes sont égaux mais certains sont plus égaux que d’autres. »

Comme le milieu du crime organisé, le milieu du showbiz protège les siens.

Que voulez-vous, ce sont des artistes, c’est-à-dire des êtres sensibles et émotifs qui évoluent dans un monde alternatif où les lois terrestres n’ont aucune prise, un monde situé « au-delà » du nôtre, ils fréquentent les anges, les dieux...

Un homme d’affaires aux mains baladeuses est un criminel.

Un producteur ou un réalisateur qui viole des femmes est un être fantasque, extravagant, coloré.

Ou alors on dit : « Bah, que voulez-vous, ça s’est passé dans les années 70, à l’époque, c’était comme ça, on était plus ouvert... »

Elle a le dos large, l’époque.

L’OMERTÀ

Un autre film québécois qu’on devrait montrer aux immigrants ?

Parlez-nous d’amour, de Jean-Claude Lord, ou comment le milieu du showbiz a protégé pendant des années des prédateurs sexuels connus.

En programme double avec Un enfant comme les autres, sur la carrière de Guy Cloutier.