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Petit guide pour les proches de parents endeuillés

comment réagir, lorsqu'une personne que l'on aime perd son enfant?
Sonia Pierroz

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Ton amie, ta sœur, ta cousine, l’amie d’une amie, une connaissance Facebook, ton ex. Peu importe. Une personne que tu aimes a perdu un enfant. Pis tu sais pas quoi faire.

Tu aimerais tellement arriver à supporter cette personne, mais tu es bouche-bée. S’il n'existe pas de mot pour décrire la perte d’un enfant, ce n'est peut-être pas pour rien. C’est immonde, dégueulasse, indescriptible, comme douleur, et je pense qu’on ne s’en remet jamais complètement.

Quand ton enfant meurt, y'a un morceau de ton cœur qui vole en éclats. Le bout qui reste va finir par cicatriser un jour, mais ce qui a explosé va jamais se réparer. Pis comme les enfants c’est supposé être la vie, quand il y en a un qui meurt, ça crée une onde de souffrance qui peut se rendre loin. Parce que ça va à l’encontre de l’ordre normal des choses, un bébé qui meurt. C’est pas juste un cliché, de dire qu’un parent ne devrait pas survivre à son enfant.

Tout le monde est mal à l’aise. Personne ne sait comment aborder le sujet.

Et pourtant, c’est si simple. Si simple que c’en est déconcertant.

Quand ma fille est morte, ce qui m’a fait le plus de bien a été les gestes du quotidien que les autres ont pris en charge pour moi. Les repas que mon amie laissait dans un sac en plastique accroché à ma clôture, la brassée de linge sale que ma mère pliait parfois, le pain au citron qu’une autre amie m’apportait, le dimanche matin. Ma sœur, qui prenait le petit quelques heures. Je trouvais émouvant que des personnes prennent du temps de leur quotidien débordé pour m’enlever un peu de poids sur les épaules et me permettre de me concentrer sur mon chagrin à apprivoiser; sur mon chum, sur mon grand bébé qui étaient toujours en vie, eux.

J’ai apprécié, aussi, les petits mots que je recevais sans autre raison que celle de me donner de l’amour, dans ma boîte à malle. Les recherches que ma belle-mère a faites, pour trouver des livres qui me permettraient de mettre des mots sur ma peine et apprendre à vivre avec. J’ai été touchée par la douceur des messages, que mes amis m’ont écrit, sur les réseaux sociaux. J’ai été émue, de découvrir que certaines personnes étaient passées par le même chemin que celui que je m’apprêtais à emprunter.

Je suis encore soufflée de voir que mon étoile filante est toujours vivante dans l’esprit de mon entourage, au détour d’un petit texto qui me dit qu’on pense à moi, pendant les Perséides ou d’une amie qui porte le ruban bleu et rose, le 15 Octobre de chaque année, pour la Journée de sensibilisation au deuil périnatal.

Si tu savais à quel point ça m’a fait du bien, qu’on m’écoute raconter encore et encore mon accouchement horrible, la naissance sans bruit de mon enfant qui ne sourirait jamais. Si tu savais combien j’ai été heureuse, que quelques personnes me demandent de voir les photos de mon bébé décédé, et me permettent de faire comme une vraie maman, en montrant avec une fierté aveugle ses traits déjà brisés.

Pis y'a le silence, aussi, qui peut faire du bien. J’ai préféré les mille silences bienveillants que j’ai reçu aux commentaires maladroits adressés à la hâte, pour chasser l’inconfort. Parce que c’est pas vrai, qu’une formule de politesse fait du bien, quand ton monde s’écroule. Fais attention à ce que tu dis, aussi, dans le malaise et l’inconfort. Ça peut être blessant, d’entendre que notre bébé était pas du pour vivre, qu’il serait peut-être mort plus tard d’une maladie ou qu’il aurait probablement été un enfant détestable, plus vieux. On va pas mal être unanimes pour te répondre qu’on l’aurait pris pareil, notre kid rebelle, moi pis ma gang de mamans anges.

Des fois, juste de dire qu’on ne sait pas quoi dire est plus éloquent que de belles paroles vides de sens. Ça fait la job, pis ça fait pas de mal.

Tu sais, y'a pas de formule universelle, pour accompagner adéquatement un proche qui souffre. Si une marche à suivre à l’efficacité garantie existait, quelqu’un l’aurait probablement déjà commercialisée.

Mais une chose est sure : si ton amie perd un enfant, tu risques de changer sa vie en te contentant d’être là et de la laisser vivre son deuil à sa façon. Sans attente quant à sa durée, ni pression de rémission.

La manière de vivre sa peine n’est pas la même pour tout le monde et savoir qu’on a le droit de cheminer selon notre instinct est précieux.

Parce qu’il va avoir ben, ben des détours, mais ton amie va finir par émerger, et ce dont elle va se rappeler de son épopée, ça sera de ceux qui l’auront soutenue sans la juger, même quand elle avançait à tâtons de deux pas juste avant de reculer de quatre.