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Cuba: le visage à deux faces de Trump

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Photo Archives Reuters

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Encore un coup monté des States

 

La Floride est un des plus populeux états des États-Unis, primordial pour les républicains, et infesté par la puissante et très riche mafia américaine anti-cubaine composée d’exilés cubains qui rêvent encore à se réapproprier leur Cuba d’antan, où ils régnaient en propriétaires de tout et où le président cubain, comme Batista, était la marionnette de l’Oncle Sam. Pour certains, Cuba était alors démocratique.

Alors, Trump le déséquilibré et les fanatiques républicains n’ont pas accepté la récente ouverture faite par Barack Obama à Cuba et comme l’a fait dernièrement l’Union européenne à 567 votes pour et seulement 65 contre : «Premier accord de coopération UE-Cuba» (Le Devoir, 6 juillet 2017). Bien évidemment, la majorité des pays européens, asiatiques, africains et d’Amérique latine ont, depuis longtemps, une ambassade à Cuba et y font des investissements, mais jamais les États-Unis avant la petite normalisation tant souhaitée par le peuple américain entre Cuba et les States. Mais pour Trump, les considérations politiques et le vote de la Floride importent davantage que les seules considérations humaines.

Déjà, en 2016, Donald Trump commençait à préparer le terrain tout en se cherchant désespérément des prétextes niaiseux comme lui seul en est capable : «Trump entretient le flou sur le dégel avec Cuba» (Le Devoir, 28 novembre 2016). Alors, ne trouvant rien de sérieux, il a inventé une justification absolument ridicule : «Des diplomates (américains) victimes d’attaques sonores» (Le Journal de Montréal, 11 août 2017). Des diplomates américains victimes d’attaques sonores à l’ambassade américaine à La Havane et dans des hôtels cubains. Vous m’en direz tant! Seulement des diplomates américains «attaqués» et aucun d’autres pays. Quel aurait été l’intérêt légitime de Cuba d’agir ainsi? Aucun.

Avec toutes les connaissances technologiques que les Américains possèdent, ils sont incapables de dire exactement ce que c’est au juste ces «attaques sonores»? C’est fort! Peut-être que Cuba vient d’inventer une arme très sophistiquée qui pourrait rendre tous les Américains sourds? Tellement sophistiquée que les scientifiques américains et la CIA sont incapables de la préciser. Tout d’un coup que les Cubains décident de commercialiser leur arme sonore et de la vendre à des pays comme le Venezuela, l’Iran, la Corée du Nord, la Russie et même l’État islamique?

Je crois qu’il aurait été moins hypocrite et moins malhonnête pour Trump de dire qu’il craignait une invasion militaire prochaine des États-Unis par l’armée cubaine qui entrerait aux States par la Floride et par le Texas. Tiens, si vous voulez rire, je vous conseille cet article : «Qu’est-ce que cette arme sonore qui aurait rendu sourds les diplomates américains?» (Le Devoir, 12 août 2017).

Tout ça pour dire que Donald Trump a, dans un premier temps : «Trump annule l’accord (Obama) des États-Unis avec Cuba» (Le Journal de Montréal, 17 juin 2017). Puis : «Les États-Unis vident leur ambassade à Cuba» (Le Journal de Montréal, 30 septembre 2017). Et enfin, disons jusqu’à sa prochaine folie : «Washington expulse 15 diplomates cubains» (Le Journal de Montréal, 4 octobre 2017).

 

Trump et les droits de l’homme à Cuba

«Cuba : l’administration Trump veut des progrès importants sur les droits de l’homme» (Le Journal de Montréal, 9 mai 2017). Admettez avec moi que c’est tout à fait risible de voir Trump s’épancher sur les droits de l’homme. Un homme tellement vertueux avec des principes moraux très élevés. C’est par respect des droits de l’homme que des millions d’américains n’ont aucune assurance-santé, que des millions de noirs sont en prison et qu’il y a une fusillade chaque jour aux États-Unis.

 

 

Droits de l’homme en Arabie Saoudite

Ben oui, tout le monde sait ça que l’Arabie saoudite est, contrairement à Cuba, un modèle de démocratie et de respect intégral des droits de l’homme même si elle finance le terrorisme international : «L’Arabie saoudite a hâte de travailler avec Trump» (Le Journal de Montréal, 17 janvier 2017). Et lors de sa visite en Arabie saoudite, grosse surprise : «Un Trump très diplomatique au Moyen-Orient» (Le Devoir, 23 mai 2017). Plutôt que d’irriter son hôte avec des pacotilles comme les droits de l’homme, Donald a profité de sa visite «humanitaire» pour signer des gros contrats excédant 380 milliards de dollars, dont 110 pour des armes américaines. En 2011, l’Arabie saoudite a envahi militairement le Bahrain, et y est toujours, afin de sécuriser la dictature de ce pays. Aucune protestation des Occidentaux : c’est bon pour la vente d’armement.

 

Bah, l’Arabie saoudite c’est pas la même chose que Cuba même si : «Centième exécution de l’année en Arabie saoudite» (Le Devoir, 3 octobre 2017). Et aussi, pour libérer la femme : « L’Arabie saoudite propose le télétravail (à la maison) aux femmes» (Le Devoir, 15 mars 2017). Ivanka Trump, la fille de Donald, qui est aussi conseillère à la Maison-Blanche (une vraie farce), l’a dit suite à une étude exhaustive fondée sur ses immenses connaissances en affaires internationales : «Droit des femmes. Ivanka vante les progrès de l’Arabie saoudite» (Le Journal de Montréal, 22 mai 2017).

 

Droits de l’homme aux Philippines

Ah ben, l’ex-président de la pétrolière américaine Exxon Mobil, devenu comme ça secrétaire d’État américain nommé par Trump, monsieur Rex Tillerson, s’est trouvé plein d’affinités avec Rodrigo Duterte, l’aimable président des Philippines très porté sur l’assassinat «légal» de trafiquants de drogues (3400 en un an) et qui se vante d’en avoir abattu lui-même. Ça, c’est sans compter les milliers emprisonnés. Qu’à cela ne tienne, faut pas s’enfarger dans les fleurs du tapis avec ces peccadilles : «Tillerson et Duterte sur la même longueur d’onde» (Le Devoir, 8 août 2017). Droits de l’homme vous dites? Rex Tillerson doit avoir oublié d’en parler avec Rodrigo. Pas question de sanctionner les dictatures d’Égypte, des Philippines et de l’Arabie saoudite, Trump a le rétroviseur braqué sur Cuba et le Venezuela: «Washington sanctionne le "dictateur" Nicolas Maduro» (Le Journal de Montréal, 1er août 2017).

 

 

Droits de l’homme en Égypte

Et Donald Trump, ne réalisant pas le poids de ces folies, vient nous dire: «Égypte. Donald Trump louange le travail fantastique du président Sissi» (Le Journal de Montréal, 4 avril 2017). Abdel Fattah al-Sissi est celui qui a renversé en 2011, par un coup d’État, le gouvernement de Mohamed Morsi démocratiquement élu. Pas grave, c’est du bon monde pareil, pas du tout comme les Russes et les Chinois qui veulent supposément envahir leurs voisins.

 

Sissi, un gars fantastique qui a tué et emprisonné des milliers d’opposants depuis 2013. Emprisonnés sans aucun procès s’entend. Faut réduire les dépenses superflues. L’Égypte, une dictature militaire, comme en Arabie saoudite et au Koweït, mais ce sont de bonnes et nécessaires dictatures afin de maintenir d’ordre dans le désordre humanitaire. Les droits de l’homme en Égypte, Donald n’en a pas parlé. Ah oui, tout simplement superbe que des milliers d’homosexuels soient jetés en prison : «Vague de répression homophobe en Égypte» (Le Devoir, 5 octobre 2017). Mais «Trump veut rétablir la démocratie au Venezuela» (Le Journal de Montréal, 19 septembre 2017).

 

Droits de l’homme en Birmanie (Myanmar)

«500 000 réfugiés rohingyas (de Birmanie) au Bangladesh» (Le Devoir. 29 septembre 2017). Et : «Les Rohingyas victimes de nettoyage ethnique selon l’ONU» (Le Journal de Montréal, 12 septembre 2017). Et puis, l’ONU ajoute : «Cauchemar humanitaire (Rohingyas) au Bangladesh» (Le Journal de Montréal, 30 septembre 2017). La Birmanie et sa présidente, Aung San Suu Kyi, prix Nobel de la paix, c’est pas pareil comme Cuba, ce qui fait que Donald Trump se fait «compréhensif» : «Washington veut travailler avec les autorités birmanes à la résolution de la crise des Rohingyas, mais ne blâme pas le gouvernement d’Aung San Suu Kyi pour les violences qui les font massivement fuir (au Bangladesh)» (Le Journal de Montréal, 9 septembre 2017. «Crise des Rohingyas. Le gouvernement américain veut travailler avec la Birmanie». Donald veut travailler avec la sanguinaire Suu Kyi en Birmanie, mais pas avec Raoul Castro à Cuba.

 

 

Droits de l’homme en Israël

Israël envahit tout le temps illégalement la Cisjordanie sans que les Occidentaux lèvent le petit doigt. Israël, c’est un pays ami contrairement aux très méchants cubains, russes, iraniens, etc. : «Israël : 50 ans de colonisation» (Le Devoir, 28 septembre 2017). Et ils ont fêté ça comme si de rien n’était. Ah non, vous n’allez pas me parler des droits de l’homme en Israël. Laissez donc Israël tranquille et concentrez-vous sur Cuba et le Venezuela. Ça fait que : «Le président Trump accueille son "ami" Netanyahu (premier ministre d’Israël) à la Maison Blanche» (Le Journal de Montréal, 16 février 2017). Et aussi : «Israël. Netanyahou ne veut pas rater la chance formidable que représente l’élection de Trump» (Le Devoir, 24 janvier 2017). Et un ami, c’est un ami : «Des armes pour Israël aussi» (Le Devoir, 25 mai 2017). De quoi parlait-on au juste? Ah oui, du respect des droits de l’homme à Cuba.