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Justin contre Super-Justin

La politique vire au concours de popularité.
Photo courtoisie La politique vire au concours de popularité.

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Aux yeux d’une bonne partie de la planète, Justin Trudeau est le Canadien idéal. Jeune, beau, élégant, flamboyant, moderne, branché : on lui prête toutes les qualités qu’on prêterait à un mannequin de classe mondiale.

Certes, on cherche généralement d’autres qualités chez un premier ministre, mais on ne chichitera pas. Le Canada a longtemps été le pays idéal pour se coucher de bonne heure, pour le dire comme RBO. C’était un pays pépère, sans remous ni grandes passions. Aujourd’hui, il fait fantasmer l’humanité.

Canada

On parle même d’un Canadian Dream, comme si les Américains s’étaient laissé déclasser par leur voisin du nord. Pourquoi les Canadiens s’en désoleraient-ils ? Ils remercient Justin pour cela.

Mais voilà, il vient de se passer quelque chose.

Justin croyait avoir le monopole de la coolitude. Personne n’oserait le lui contester. Devant Justin se dresse désormais super-Justin. Sauf qu’il s’appelle Jagmeet Singh et c’est le nouveau chef du NPD.

C’est un sikh pratiquant qui porte fièrement son turban, à la manière du signe religieux le plus ostentatoire qu’on puisse imaginer. C’est une incarnation vivante du multiculturalisme canadien.

Et lui aussi cultive le look le plus sophistiqué, lui aussi veut être tendance, lui aussi pourrait être affiché à la une des magazines de mode. Il livrera à Justin Trudeau une sérieuse bataille d’images. Les prochaines élections fédérales seront celles du marketing triomphant.

En d’autres mots, Jagmeet Singh vient faire concurrence à Justin Trudeau sur un terrain où il régnait en maître absolu.

Cela nous en dit quand même beaucoup sur un pays qui a renoncé à sa profondeur historique et qui semble aujourd’hui se définir par son adhésion enthousiaste à toutes les modes qui se veulent progressistes.

On est en droit de se demander si une partie des Canadiens ne finira pas par se révolter contre cette démocratie transformée en parade de mode, où le politiquement correct tient lieu de réflexion commune.

Que pourront faire les Canadiens qui ne s’enthousiasment pas pour la politique-marketing et qui veulent qu’on juge les hommes politiques selon un autre critère que leur potentiel en matière de selfies ? Les autres politiciens parviendront-ils à trouver leur place dans le débat public ?

Surtout, Justin et Super-Justin ont quand même des idées politiques très discutables. Certes, le premier peine à les exprimer en allant au-delà du slogan simpliste et enfantin. Dans le cas du second, on découvre ces jours-ci sa sympathie pour l’extrémisme sikh. Ce n’est pas un détail. Mais les critiques formulées sur ces sujets les écorchent à peine.

Médias

Le système médiatique nous pousse vers cette société dominée par l’image. Le candidat plus terne, mais qui a une vraie profondeur intellectuelle sera disqualifié et toujours défini par son absence de charisme.

On sera alors ramené à la lutte épique entre Justin et Super-Justin, qui sont deux visages aujourd’hui du rêve canadien.

La démocratie canadienne devient un concours de personnalité, comme on en trouve dans les écoles secondaires.