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L’art de dessiner l’actualité

YGreck, le caricaturiste du Journal, peaufine son coup de crayon depuis près de 20 ans

Justin Trudeau, Philippe Couillard ou encore Régis Labeaume : à travers 20 ans de collaboration, ils ont été nombreux à être caricaturés par Yannick Lemay.
Photo Jean-François Desgagnés Justin Trudeau, Philippe Couillard ou encore Régis Labeaume : à travers 20 ans de collaboration, ils ont été nombreux à être caricaturés par Yannick Lemay.

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Caricaturiste au Journal de Québec depuis près de 20 ans, YGreck est devenu avec le temps un acteur important de l’actualité quotidienne de Québec. En créant des symboles qui ont marqué les lecteurs, il est devenu un incontournable lorsqu’on pense à ce qui fait le succès du Journal.

À la fin des années 1990, Yannick Lemay ne s’imaginait pas du tout faire carrière au sein de deux des plus grands quotidiens de la province. Tout d’abord mannequin et ensuite employé de divers bars de la Grande-Allée, il était bien loin des planches à dessin !

« Je suis devenu dessinateur par défaut. J’avais étudié en arts plastique, mais avant la naissance de mon fils, c’était plus un hobby qu’autre chose. Sauf qu’avec un enfant, je ne pouvais plus rentrer à 4 h du matin », explique celui qui a débuté comme dessinateur judiciaire pour divers médias.

Fort d’un intérêt de plus en plus développé pour la politique et l’actualité, Yannick Lemay commence à faire de la caricature et propose ses dessins à la direction du Journal. C’est le début d’une aventure qui le mènera à produire des caricatures quotidiennes autant pour l’édition de Québec que pour celle de Montréal.

Rôle primordial

Bien installé à son bureau, « coincé entre la salle de lavage et la salle de jeu de sa fille », YGreck s’enflamme lorsqu’on lui parle de la place de la caricature dans un journal. Pour lui, le dessin joue plusieurs rôles plus que nécessaires.

« Ça peut venir dédramatiser ou dégonfler quand on est dans le très dramatique. Et quand on est dans le politique, on définit les différents acteurs et ce sont des choses qui restent. Ça aide les gens à se faire une idée sur les différents enjeux », estime l’artiste, donnant en exemple la fameuse autruche des débuts de la CAQ.

En peaufinant son coup de crayon, Yannick Lemay a aussi développé un certain côté critique de l’actualité qui fait de lui un chroniqueur à part entière du Journal.

« Je suis devenu plus chroniqueur qu’illustrateur avec le temps. Il arrive souvent que ce soit l’envie de passer un message qui vienne avant l’envie de dessiner tel ou tel événement », raconte-t-il, ajoutant que ces « prises de position » viennent toutefois avec les commentaires que reçoivent les acteurs de l’opinion. « Tous les jours, je me fais traiter de génie, mais aussi de trou de cul ! »

Des habitués

À travers près de 20 ans de collaboration, certains personnages ont eu la chance (ou la malchance !?) d’être l’objet du fameux coup de crayon de Yannick Lemay à d’innombrables reprises.

Parmi eux, Régis Labeaume, qu’il peut dessiner « en trois traits de crayons ». « Mon Labeaume ne ressemble plus tant que ça à Régis, mais tout le monde le reconnaît. Même chose pour Philippe Couillard ou Justin Trudeau », souligne le caricaturiste, ajoutant que les politiciens sont bons publics pour la plupart.

« J’ai souvent des retours sur mes dessins. Sam Hamad m’appelait, Régis Labeaume aussi m’en parle souvent, Denis Coderre m’écrit sur Twitter. Quand j’ai dessiné le bordel dans Louis-Hébert avec la CAQ et les libéraux, Jean-François Lisée m’a contacté pour me dire qu’il n’avait pas vu une aussi bonne caricature depuis longtemps », s’esclaffe-t-il, heureux de voir ses dessins faire réagir autant chez les acteurs de l’actualité que chez les lecteurs du Journal.

YGreck en 3 questions

Le plus grand défi d’un caricaturiste ?

« Faire simple, c’est ce qui est réellement difficile. Il faut parvenir à synthétiser des sujets complexes dans un simple dessin, qui doit être clair et qui doit en plus faire sourire. Il faut toujours s’assurer que les gens vont comprendre rapidement. »

L’événement marquant depuis le début de votre carrière ?

« La tuerie du Charlie Hebdo a été une journée particulièrement marquante. Mon dessin était en ligne dès 8 h le matin et ça a rapidement voyagé jusqu’en Europe. J’ai eu une vingtaine de demandes d’entrevue au cours de la journée. »

Donne-t-on assez d’espace à la caricature dans l’actualité ?

« Ça doit demeurer une bébelle un peu précieuse et ça doit conserver son aura intouchable. En avoir plus ne serait pas nécessairement mieux parce que ça perdrait de sa valeur. On n’a pas le mandat de Safarir non plus. »

5 caricatures marquantes

Coderre et Labeaume chez les Gaulois

3 décembre 2013

Justin Trudeau, Philippe Couillard ou encore Régis Labeaume : à travers 20 ans de collaboration, ils ont été nombreux à être caricaturés par Yannick Lemay.
Le Journal de Québe

« J’aime beaucoup l’univers d’Astérix et c’est quelque chose qui revient souvent dans mes dessins. Il n’y a pas de meilleure façon de représenter les deux ensemble. »

L’élection de 2014

6 mars 2014

« C’est toujours délicat de faire la une avec une caricature, mais dans un contexte comme un budget ou le déclenchement d’une élection, ça permet d’en dire beaucoup avec peu. Ça parle plus qu’une simple photo du premier ministre. »

L’affaire Aubut

3 octobre 2015

« C’est un dessin qui parle beaucoup, qui décrivait exactement ce qu’on lui reprochait. C’est le genre de dessin que les gens regardent en se disant : “c’est en plein ça que je pense”. »

L’autruche de la CAQ

16 janvier 2012

 

« C’est un symbole que j’ai réussi à créer et c’est resté très longtemps. J’avais seulement besoin de dessiner l’autruche toute seule et les gens savaient qu’on parlait de la CAQ. C’est toujours une petite fierté pour un caricaturiste. »

La tuerie du Charlie Hebdo

7 janvier 2015

 

« Comme pour n’importe quelle tragédie, on est dans l’émotion, dans le ressenti à 100 %. C’est un dessin que j’ai fait rapidement et que j’ai envoyé en ligne, mais qui a provoqué une forte réaction jusqu’en France. »