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Les pharmaciens sont des incompétents

Bloc école
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Cette semaine, je vous propose un billet qui n’est pas le mien. Une personne qui préfère garder l’anonymat, pour des raisons professionnelles, m’a envoyé cette lettre qui pose un regard intéressant sur le monde de l’éducation au Québec. Voici le texte de celle que j'appellerai Beatrix Kiddo (je le confesse, j’ai toujours aimé ce personnage !) :

Quand l’automne revient, reviennent aussi les éternelles critiques de l’école. Honte annuelle récurrente et dénigrement d’une de nos plus grandes richesses. Et si notre regard critique, acerbe et nostalgique, se portait ailleurs que sur les écoles et sur les enseignants, juste pour une fois?

Les pharmaciennes et pharmaciens

Êtes-vous passé à la pharmacie récemment? Les exigences pour devenir pharmacien semblent de plus en plus faibles, cela se voit. Nous savons tous que les pharmaciens ne sont pas les étudiants les plus forts; si tel était le cas, ils auraient choisi la médecine. Ce sont les médecins ratés qui vont en pharmacie et quelques excentriques, que dis-je, quelques hurluberlus qui apprécient les molécules, qui désirent devenir pharmaciens.

Vous ne serez pas étonnés d’apprendre que suite au transfert de mon dossier en version papier entre mon ancienne pharmacie et la nouvelle, j’ai réalisé que ma pharmacienne faisait parfois des erreurs de syntaxe et n’arrivait même pas à accorder l’ensemble des participes passés des verbes pronominaux utilisés. On connaît les médicaments, mais on néglige le reste...

D’ailleurs, le karaté devrait être intégré à la formation initiale des pharmaciens, afin de défendre les clients contre les autres clients impatients; tout comme l’économie, pour aider à différencier les médicaments, génériques et autres, en fonction des portefeuilles; et évidemment, la sexualité afin d’aider à faire des choix sensés face à l’étagère des condoms et des lubrifiants.

Il faut révolutionner, non seulement le recrutement, mais aussi la formation des pharmaciens. Saviez-vous que ma pharmacienne ne connaît même pas les propriétés des huiles essentielles? Qu’elle ignore complètement quel savon pour le linge — qu’elle vend pourtant dans sa pharmacie — lave le mieux? Qu’elle avoue ne pas avoir les compétences nécessaires pour me conseiller la marque de crème à raser qui me convient?

Et que dire de son éthique : je refuse de croiser ma pharmacienne en bikini sur la plage, de l’entendre dire un juron lorsqu’un melon tombe sur son pied à l’épicerie, de la voir prendre un verre à un 5 à 7 en camisole (OUI EN CAMISOLE!!! Alcoolisme et cancer de la peau en prévision...) sur une terrasse lors de ses vacances. Réalisez-vous que nos pharmaciens doivent être des modèles de santé pour nous tous? Qu’ils devraient être des élites de la société, parfaits à chaque instant de leur vie?

Non, mais quelle dérive depuis nos bons apothicaires du siècle dernier! Ils créaient eux-mêmes leurs médecines, à l’alambic ou au mortier, avec des plantes nobles cueillies lors des pleines lunes d’automne aux pieds des arbres de nos contrées. C’était de vrais traitements efficaces. Des dossiers informatiques? Que nenni : leur mémoire suffisait amplement à se rappeler les besoins de leurs 12 clients. Ils étaient notre fierté, nos sauveurs, les plus dignes représentants de notre société. Les temps changent. Et pas pour le mieux.

Il faut mettre de l’ordre dans tout ce « foutoir » parce que je doute que les pharmaciens sachent vraiment ce qu’ils font. D’ailleurs, si la santé était vraiment importante, le gouvernement s’en mêlerait. J’imagine facilement la création d’une instance supérieure, la Guilde des Pharmaciens (dirigée évidemment par des médecins, qui leur sont éminemment supérieurs, rappelons-le), instance qui pourrait faire le ménage au sein de la profession : scolarité de maîtrise obligatoire (incluant cours d’éthique sur l’habillement lors des vacances, étude comparée des savons à linge et marques de crème à raser, et cueillette de plantes sauvages et de bave de crapauds à la pleine lune) obligation de l’utilisation de données de recherche pour les huiles essentielles, formation continue en homéopathie comparée.

C’en est assez des pharmaciens incultes et à moitié formés!

Aux lecteurs de ce texte :

Vous avez peut-être sourcillé ou même souri à la lecture de ce texte; l’idée de parler ainsi des pharmaciens est incongrue, absurde. Et pourtant, c’est ainsi que les médias parlent des enseignants et de l’école, année après année.

À Mesdames et Messieurs les journalistes et autres gérants d’estrade de l’éducation :

N’importe quel éducateur vous dirait que ce n’est pas en les rabaissant que les élèves s’améliorent; vous ne le toléreriez pas de toute façon. D’où vient donc cette manie de proposer d’acerbes et d’acides critiques de nos écoles quand septembre revient? Vous voulez faire réagir? Provoquer pour induire des changements? L’idée est belle, mais le résultat n’est qu’un coup d’épée dans l’eau. Nous le savons, vous le savez, pour qu’un enfant s’améliore, il faut patience, respect et amour : c’est en soulignant ses réussites et à force d’encouragement qu’un enfant devient meilleur. Ainsi va une société : c’est en soulignant ses bons coups et en lui montrant les faiblesses à corriger qu’elle va s’améliorer, qu’elle grandira. Jamais en la rabaissant, en l’insultant ou en ne soulignant que ses tares.

Journalistes, éditorialistes, vous êtes le quatrième pouvoir, vous êtes essentiels à notre société et au développement de nos enfants. Et si dorénavant, vous preniez ce rôle d’éducateur à cœur? Et si éducation et information ramaient dans la même direction : imaginez-vous jusqu’où nous pourrions aller?

À Mesdames et Messieurs les enseignants :

Vous faites un travail formidable, n’en doutez jamais. Un ami enseignant a l’habitude de dire que son métier consiste à sauver des vies et moi je vous dis qu’enseigner, c’est changer le monde, un humain à la fois. Soyez fiers de vous, de ce que vous êtes, de ce que vous faites.

Il n’y a pas de mode d’emploi pour être parent; en plus d’enseigner, vous êtes les parents temporaires de dizaines d’enfants, sans les dizaines de modes d’emploi qui vous faciliteraient la tâche. Ne sous-estimez jamais l’importance de votre travail, l’utilité de votre sensibilité et de votre intuition — qui ne s’apprennent pas à l’université — et la bonne volonté sous chacune de vos actions. Il n’y a pas de science exacte de l’enseignement : dans une classe, il n’y a qu’un humain face à des humains. Quotidiennement. Avec les hauts et les bas de la vie, pour tous.

Comme votre pharmacien, votre mécanicien, votre avocat, votre électricien, votre notaire, votre boucher, votre médecin. Oui, se remettre en question est sain et nécessaire, mais que la société vous prenne pour la tête de Turc, année après année, est inacceptable.

Vous. Êtes. Les. Professionnels. Dans. Votre. Domaine.