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Un avocat coupable d’entrave à la justice

Il a aidé un meurtrier à diffuser l’identité d’un délateur

Francis Boucher
Photo d’archives, Chantal Poirier L’avocat Dimitrios Strapatsas avait défendu le fils de l’ancien Hells Angel Maurice « Mom » Boucher lorsqu’il avait été libéré par erreur en 2015.

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Un avocat montréalais coupable d’entrave à la justice pour avoir aidé un meurtrier à dévoiler l’identité d’un délateur risque maintenant 10 années d’incarcération.

« [Dimitrios Strapatsas] a participé activement à la machination », a lancé le juge Marc André Dagenais, juste avant de prononcer son verdict de culpabilité mardi au Centre judiciaire Gouin.

Dimitrios Strapatsas, un criminaliste connu pour avoir défendu le fils de l’ancien chef des Hells Angels Maurice « Mom » Boucher, risque ainsi de payer cher l’aide qu’il a apportée à son ancien client John Boulachanis, au printemps 2015.

200 $

À l’époque, Boulachanis était accusé de meurtre. La Couronne dans le dossier voulait faire témoigner un délateur qui avait reçu des déclarations incriminantes de l’accusé. Mécontent, Boulachanis s’était alors arrangé pour mettre en ligne toute la déclaration de l’accusé.

« Boulachanis aimerait voir [le délateur] disparaître », avait affirmé un détenu lors du procès de Strapatsas.

Mais comme Boulachanis n’avait pas accès à internet, il a offert 200 $ à une femme pour qu’elle s’exécute à sa place. Et c’est Strapatsas qui l’a payée, dans un Tim Hortons à proximité du centre de détention Rivière-des-Prairies. La femme, dont l’identité est frappée d’un interdit de publication, a ensuite réalisé qu’il s’agissait de la déclaration d’un délateur et elle a immédiatement avisé les autorités.

Le délateur, dont l’identité est protégée par le tribunal, a finalement témoigné et Boulachanis a écopé de la prison à vie après avoir été reconnu coupable de meurtre.

Crédibilité

Lors du procès, l’avocat Strapatsas s’était défendu en affirmant qu’il ignorait le contenu de l’enveloppe. Or, il a affirmé le contraire peu après. Strapatsas a ensuite tenté de se disculper en usant de subtilités de langage, mais le juge n’a pas été dupe.

« Cette tentative de jouer sur les mots laisse le tribunal perplexe », a commenté le magistrat, tout en qualifiant « d’incohérent » le témoignage de Strapatsas au vu du reste de la preuve.

La Cour a ainsi rejeté le témoignage de Strapatsas, de même que celui de Boulachanis. Ce dernier avait affirmé s’être trompé de DVD. En réalité, avait témoigné le meurtrier, il voulait plutôt mettre en ligne une vidéo qui embarrasserait le système carcéral.

Strapatsas reviendra à la Cour le mois prochain pour les plaidoiries sur la peine à lui imposer.

Me Jennifer Morin, de la Couronne, n’a pas souhaité dire si elle compte demander une peine d’incarcération, mais elle a rappelé que l’accusé était un officier de justice. Strapatsas, qui est défendu par Me Fabio Dell’Aquila, n’a pas voulu commenter le verdict.