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Un dissident nord-coréen au Congrès américain : le régime de Pyongyang peut s’effondrer

Thae Yong-Ho, diplomate de la Corée du Nord.
AFP Thae Yong-Ho, diplomate de la Corée du Nord.

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WASHINGTON | Son témoignage est jugé « unique » au moment où Washington semble hésiter entre diplomatie et option militaire face à Pyongyang: un dissident nord-coréen a assuré mercredi au Congrès américain que le régime peut s’effondrer rapidement sans recours à la force.

Thae Yong-Ho, l’un des plus hauts diplomates de Corée du Nord à avoir fait défection ces dernières années, a longuement été entendu par la commission des Affaires étrangères de la Chambre des représentants.

« Il est rare pour nous d’avoir l’opportunité d’entendre quelqu’un avec une connaissance unique des rouages du régime le plus répressif au monde, celui-là même qui nous menace désormais d’une guerre nucléaire », a déclaré le président de la commission Ed Royce pour introduire cet invité hors du commun.

Saluant le « courage » de l’ex-numéro deux de l’ambassade nord-coréenne à Londres, passé en Corée du Sud en août 2016, il a estimé que son analyse « inestimable » sur les évolutions du régime depuis l’arrivée au pouvoir de Kim Jong-Un fin 2011 pouvait éclairer les choix des États-Unis.

« Alors qu’en surface Kim Jong-Un semble avoir consolidé son pouvoir à travers le règne de la terreur, des changements importants et inattendus ont lieu en Corée du Nord », a dit Thae Yong-Ho dans un anglais impeccable.

« L’économie de marché se développe » et « de plus en plus de monde » s’y « habitue », à tel point que, selon lui, « le système économique socialiste étatique » finit par « tomber aux oubliettes ». Parallèlement, « des millions de fonctionnaires » ou militaires « dépendent des pots-de-vin et du détournement de fonds publics pour survivre », a-t-il assuré.

Les Nord-Coréens se moquent de la propagande et « regardent de plus en plus les films et feuilletons sud-coréens importés illégalement », a ajouté le dissident.

 « Rencontrer Kim » 

Surtout, a-t-il assuré, « le système de contrôle intérieur faiblit ». « Ces changements rendent de plus en plus possible d’envisager une révolte civile en Corée du Nord, à mesure que les gens réalisent la vérité sur leurs conditions de vie », a insisté Thae Yong-Ho.

Selon lui, « Kim Jong-Un pense aujourd’hui que seules les armes nucléaires » et les missiles mettant le continent américain à portée de tir « peuvent l’aider à empêcher la désintégration persistante du système nord-coréen ».

Il faut donc profiter de la situation actuelle, a-t-il plaidé devant les parlementaires américains, pour « éduquer les Nord-Coréens afin qu’ils se soulèvent », en leur apportant de l’information depuis l’extérieur. « Nous devons tout d’abord propager l’information sur lui », Kim Jong-Un, « qui il est », car les Nord-Coréens « ignorent sa date de naissance », « ignorent l’identité de sa mère », pour la simple raison qu’il était un « fils caché » par son père.

« Et nous devons propager les concepts fondamentaux de liberté et de droits de l’Homme » pour dire aux Nord-Coréens que leur système « n’est pas le paradis » mais « le plus inhumain de l’Histoire », a martelé celui qui dit avoir lâché le régime car il ne pouvait pas priver ses enfants, élevés à l’étranger, de leur liberté en regagnant leur pays d’origine.

Cette contre-propagande renforcée, avec la pression des sanctions internationales, notamment si la Chine redouble d’efforts et met un terme aux trafics transfrontaliers qui continuent de nourrir la Corée du Nord, peut porter ses fruits, a estimé Thae Yong-Ho. Ce « soft power » peut « nous permettre d’atteindre le même objectif atteint jadis avec l’ex-Union soviétique », a-t-il prédit.

Il a donc demandé aux États-Unis d’étudier toutes les options avant d’envisager un recours à la force, souvent menacé par le président américain Donald Trump.

« Nous devons prendre en compte le sacrifice humain que comporterait l’option militaire », a-t-il prévenu, assurant qu’à la moindre action de l’armée américaine Pyongyang déchaînerait dans l’instant le feu contre la Corée du Sud voisine. Y compris dans le cas d’une frappe préventive limitée, lui a demandé une parlementaire? « Oui », a-t-il asséné, avant de supplier: « avant toute action militaire, il est nécessaire de rencontrer Kim Jong-Un, pour tenter de comprendre sa manière de penser et de le convaincre qu’il sera détruit s’il continue ainsi ».