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Les sondages bidon

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Peut-on vraiment se fier à n’importe quel coup de sonde sur les intentions de vote lors de campagnes électorales, même s’il ne s’agit pas d’un sondage scientifique? Absolument pas, disent deux spécialistes très reconnus dans le domaine au Québec et ailleurs.

Questionné à deux reprises sur ses commentaires à la suite de la parution d’un sondage Léger commandé par Le Journal de Québec, l’un des candidats à la mairie, Jean-François Gosselin, a ramené sur le tapis un autre «sondage» réalisé par un autre média avec l’outil Survey Monkey. Vous aurez compris que ce «sondage» le donnait gagnant avec une très grande avance, comparé au sondage Léger qui lui accordait 22 % des voix.

Les sondages d’intentions de votes sont en général faits par des professionnels, note François Pétry, professeur en sciences politiques à l’Université Laval, spécialiste en méthodologie, sondages et opinion publique. C'est un gage de fiabilité d'autant plus que les instituts de sondages ont une réputation à protéger et ont donc intérêt à faire des prédictions de vote qui ressemblent aux résultats de vote.»

Une chose est sûre, «un sondage auprès des auditeurs, ça ne veut rien dire, absolument rien», évalue Claire Durand, professeure au département de sociologie à l’Université de Montréal, spécialiste en sondages et en méthodes quantitatives.

Le problème, précise Mme Durand, ne tient pas dans le fait que ces radios influencent les gens à voter pour tel ou tel parti, mais plutôt que les gens qui sont intéressés à tel ou tel parti vont se tourner vers des radios qui représentent plus leur opinion.

Non biaisé

Quant à Survey Monkey, ce n’est qu’un outil de sondage, qui ne permet pas de vérifier si une personne a répondu plusieurs fois au même questionnaire. On ne connaît pas non plus la provenance du répondant.

La base d’un sondage scientifique tient en fait dans deux aspects incontournables, comme le rappelle celle qui est aussi présidente de l’Association mondiale de recherche sur l’opinion publique : un questionnaire et un échantillon non biaisés.

«Ça ne peut pas être des gens qui s’auto-choisissent parce qu’ils veulent faire valoir un point de vue ou un autre, explique Mme Durand. Ils (les répondants) doivent être choisis par une firme de sondage, le plus possible au hasard, pour représenter le plus possible l’ensemble de la population.»

Ainsi, en prévision d’un sondage, une firme comme Léger, qui a reçu la plus haute cote de fiabilité de l’Association de la recherche et de l’intelligence marketing (ARIM), envoie des requêtes à des gens, à partir d’un panel Internet et non auprès des lecteurs du Journal par exemple.

On s’assure d’obtenir une même proportion de répondants tant par district qu’au niveau de la représentation selon le sexe, l’âge, la présence d’enfant dans le ménage, le degré de scolarité, et dans le cas d’un sondage sur les élections municipales, l’arrondissement.

Les méthodes de recrutement pour former ce panel sont également diversifiées de façon à créer cet échantillon représentatif. On utilise également diverses méthodes de contrôle de qualité mais aussi de sécurité comme des hyperliens et des codes d’accès unique pour chaque panéliste ciblé pour l’étude.

«Ce n’est absolument pas le cas d’un sondage fait auprès des auditeurs d’une radio. C’est évident que les auditeurs d’une radio, quelle qu’elle soit, ont un profil bien particulier», observe Mme Durand.

Les risques de biais de représentativité sont assez bien contrôlés par les instituts de sondages qui ont en général l'expertise nécessaire, expose M. Pétry. «Les sondages en ligne auxquels on fait appel de plus en plus ne sont pas représentatifs, mais encore une fois les instituts de sondages ont des méthodes bien éprouvées pour pondérer les résultats de telle sorte qu'ils ne diffèrent pas trop des résultats de sondages téléphoniques.»

Questions neutres

Quant au questionnaire, pour qu’il soit non biaisé, les questions doivent être neutres, expose Mme Durand. Il ne doit pas y avoir des questions avant la question d’intention de vote, qui aurait tendance à influencer les gens d’un côté ou d’un autre. On ne doit pas non plus attirer l’attention sur une prise de position.

«La question idéale, fait valoir la professeure, c’est lorsque chaque personne se sent tout aussi à l’aise de répondre à l’un ou l’autre des choix de réponses proposés. Le répondant ne peut en aucun cas se sentir jugé.»

Il est arrivé que des sondages ne prédisent pas avec exactitude l’issue de certaines élections, sur la scène provinciale ou fédérale par exemple. Comment l’expliquer?

«La plupart du temps, quand la prédiction n’est pas bonne, c’est souvent que vous avez deux partis à égalité, précise Claire Durand. Vous avez beau faire tous les sondages que vous voulez, vous ne serez pas capables de prédire parce que la marge d’erreur de votre sondage est plus importante que la différence entre les deux candidats.»

D’après les plus récents sondages, les intentions de votes à la mairie sont très serrées à Montréal, mais pas à Québec. En revanche, on prévoit quelques chaudes luttes dans les arrondissements de Beauport et Charlesbourg.