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Une campagne pour attirer les femmes

Des voix s’élèvent pour un changement dans la loi afin de mieux aider les victimes de harcèlement sexuel

Stéphanie Bouillon, jeune signaleuse de chantier, se sent à sa place dans le milieu de la construction malgré quelques moqueries.
Photo Marie-Ève Dumont Stéphanie Bouillon, jeune signaleuse de chantier, se sent à sa place dans le milieu de la construction malgré quelques moqueries.

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La récente campagne pour attirer les femmes dans le secteur de la construction n’atteindra pas son objectif tant que la loi ne sera pas mieux adaptée au harcèlement sexuel, soutiennent une ex-travailleuse et un organisme d’aide.

« On voit d’un bon œil les actions de prévention, mais ce n’est pas assez, il n’y a rien de coercitif », déplore Katia Atif, directrice de l’organisme Action travail des femmes.

D’énormes affiches orange ont été installées récemment sur une cinquantaine de chantiers de Montréal et de Québec afin de promouvoir la place des femmes dans la construction.

« Femme ou homme, c’est la compétence qui compte », lit-on sur l’une de ces affiches installées par la Commission de la construction du Québec (CCQ).

Cette initiative s’inscrit dans une campagne lancée en 2015 afin que l’on retrouve au moins 3 % de femmes sur les chantiers en 2018, par rapport au 1,6 % actuel.

« Il y a encore beaucoup de travail à faire. Il faut vraiment s’assurer de l’intégration de ces femmes en milieu de travail, sinon elles partent », soutient Samuel Harvey, chef de service à la direction des relations de travail de l’Association de la construction du Québec (ACQ).

Pas de sanction

En ce moment, 60 % des femmes abandonnent le métier avant cinq ans, en raison, notamment, de la discrimination et du harcèlement qu’elles subissent.

Une nouvelle ligne de dénonciation a été annoncée hier pour révéler les inconduites, le harcèlement et l’intimidation à caractère sexuel dans le milieu de la construction. La CCQ offre aussi un service d’accompagnement des femmes vers les recours appropriés lorsqu’elles vivent du harcèlement sexuel, mais elles ne sont pas suffisamment protégées, déplore Mme Atif.

« Il y a des carences juridiques et légales. On règle en médiation sous le couvert de la confidentialité. Dans la Loi sur les normes du travail, on traite le harcèlement sexuel comme du harcèlement psychologique, alors qu’il s’agit véritablement d’une forme de discrimination », soutient Mme Atif. Il n’y a donc pas d’actions concrètes qui sont prises contre les harceleurs, insiste-t-elle.

Julie Tremblay, une ancienne travailleuse de la construction qui dit avoir vécu du harcèlement sexuel et psychologique de la part de son employeur, abonde dans le même sens.

Ce dernier n’a fait l’objet d’aucune sanction, alors qu’elle n’a jamais pu travailler de nouveau dans le domaine.

« Il faut arrêter de dire aux femmes de venir dans la construction si on n’a pas les outils pour les aider », martèle-t-elle.

Des changements doivent donc être apportés à la loi pour y arriver, disent les deux femmes.

Sur la bonne voie

En attendant, même si les mentalités quant à la place des femmes dans le milieu de la construction évoluent lentement, il semble que l’on soit sur la bonne voie.

« Toute l’industrie s’attaque au problème depuis 2015, tout le monde est vraiment impliqué pour que ça change, assure M. Harvey. Je vois une différence, le message commence à passer. »

C’est ce que constate aussi Stéphanie Bouillon, jeune signaleuse de chantier.

« On me traite comme les autres employés, je ne me sens pas à part. C’est certain qu’il y a des gars qui font des commentaires, des blagues, mais je ne m’en fais pas avec ça. Je vois de plus en plus de femmes. On est aussi capables qu’eux de faire la job », souligne-t-elle.