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10 œuvres d’art vues par Denis Angers

Quebec
Photo Stevens LeBlanc Denis Angers a accepté de dépoussiérer des histoires associées à dix œuvres d’art de la ville de Québec.

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C’est possible de devenir une vedette en parlant d’art public et d’histoire. Denis Angers en est la preuve vivante.

Depuis qu’il anime Des chemins, des histoires, à MAtv, il se passe rarement une journée sans qu’un admirateur le félicite pour son travail. C’est même arrivé à quelques reprises lors des deux entrevues qu’il a accordées au Journal pour l’élaboration de ce reportage.

« J’adore faire de la télé. Le contact avec les gens que ça apporte est incroyable », lance en souriant cet historien de formation, qui coanime depuis quatre ans avec Taïna Lavoie cette série saisonnière qui révèle les secrets des grands artères et chemins de Québec.

« De tout ce que j’ai fait dans ma vie, enchaîne l’ancien journaliste et président de la Commission de la capitale nationale du Québec, je n’ai jamais eu autant de reconnaissance. Ça me donne beaucoup de fierté et d’humilité. Et un immense plaisir à découvrir au profit des autres. »

La beauté qui paye

À l’invitation du Journal, Denis Angers a accepté de dépoussiérer des histoires associées à dix œuvres d’art de la ville de Québec.

Convaincu que la ville a finalement rattrapé un retard datant de deux siècles en matière d’art public, M. Angers martèle son message à qui veut l’entendre. La beauté dans une ville, c’est payant.

« Ça fait en sorte que les gens vont rénover, vont s’installer, et donc, ça amène plus de taxes municipales. »

« Pourquoi on va encore à Rome aujourd’hui ? Parce que c’est beau. Les monuments sont quand même là depuis 2000 ans. Tu vas à Paris, même chose. Les gens ont compris ça partout dans les grandes capitales. À Québec, c’est plus récent. La commémoration, l’œuvre d’art public, le beau monument, tout ça a commencé avec la Confédération canadienne. C’était la première fois que les Canadiens français avaient leur gouvernement et au départ, les statues évoquaient la mémoire de grands personnages. »

Un parc qui s’enrichit

C’est ainsi qu’au fil des ans, on a vu apparaître des monuments à la gloire des Samuel de Champlain, Marie de l’Incarnation, Marguerite Bourgeoys. Des politiciens d’ici et d’ailleurs sont aussi visibles en ville : de Gaulle, Churchill, Mercier, Lesage, Lévesque, Bourassa...

Qu’en est-il de notre parc d’œuvres d’art ? « Il s’enrichit ».

À vous de le découvrir.

La vivrière

Quebec
Photo Stevens LeBlanc

(Richard Purdy, Carmelo Arnoldin et François Hébert) Inauguré en 199 5- Place de la FAO

À dix jours du référendum de 1995, l’inauguration de cette statue-fontaine s’était déroulée dans une ambiance glaciale. « La tension qui existait entre les ministres représentant le gouvernement du Canada – André Ouellet et Ralph Goodale – et Jacques Parizeau et Jean-Paul L’Allier était tangible. Mais l’œuvre est belle, super bien intégrée et elle vient donner un repère dans la ville », louange Denis Angers.

Monument de Maurice-Duplessis

Quebec
Photo Stevens LeBlanc

(Émile Brunet) Inauguré en 1977 – Jardins du Parlement

Pendant dix-sept ans, la statue du premier ministre, associé à la période de la Grande Noirceur, a dormi dans un entrepôt. « Une des grandes œuvres d’un grand sculpteur. À la mort de Duplessis, en 1959, les chefs de l’Union nationale voulaient l’honorer et ont commandé une statue. Sauf que l’UN s’est retrouvée dans l’opposition et personne n’osait l’installer. Même l’UN, à son retour au pouvoir en 1966, a tenté de garder ses distances avec la Grande Noirceur. Il faudra le retour du nationalisme avec l’élection du Parti québécois, en 1976, pour qu’on décide de la réinstaller. »

Monument Honoré-Mercier

Quebec
Photo Stevens LeBlanc

(Paul Chevré) - Inauguré en 1912 - Place de l’Assemblée-Nationale

Exemple typique de l’art pompier par son ampleur, cette statue de l’ancien premier ministre du Québec cache une histoire bien particulière. Son créateur est un survivant du Titanic. « Il était à bord du bateau parce qu’il avait le contrat d’aller faire un buste de Wilfrid Laurier. Il allait à Ottawa pour présenter sa maquette. Elle doit être quelque part à 3000 mètres dans l’océan. »

Monument de Charles-De-Gaulle

Quebec
Photo Stevens LeBlanc

(Fabien Pagé) Inauguré en 1997 - Cours du Général-De Montcalm

Le cas typique d’une œuvre d’art qui soulève la controverse, le dévoilement du monument à la gloire de l’auteur du célèbre « Vive le Québec libre ! » a réveillé les fédéralistes. « J’étais le maître de cérémonie quand ils l’ont inauguré.

Entre 3000 et 4000 personnes s’étaient présentées après avoir été invitées à manifester par des animateurs de radio. » Fait particulier, la sculpture a été conçue pour être posée au sol. Mais le maire L’Allier s’est insurgé et a exigé un piédestal.

Monument des Conférences de Québec

Quebec
Photo Stevens LeBlanc

 

(Oscar Nemon et Joe Davidson) Inauguré en 1998 – Rue Saint-Louis

À l’instar de La Vivrière, ce monument rappelle un épisode où Québec était au cœur de l’Histoire lorsque les Alliés, menés par Winston Churchill et Franklin D. Roosevelt, se sont réunis dans la capitale pour établir leur stratégie militaire. Les bustes sont des répliques. « Celui de Roosevelt est toujours dans le Bureau ovale quand la Maison-Blanche est occupée par les démocrates. Le buste original de Churchill se trouve dans le musée cabinet War Room de Londres. »

Les Muses

Quebec
Photo Stevens LeBlanc

 

(Alfred Laliberté) Inauguré en 1983 - Place d’Youville

« Dans mon livre à moi, Alfred Laliberté est probablement le meilleur sculpteur du XXe siècle. » Installée en plein cœur de la place d’Youville, cette œuvre représente les divinités gréco-romaines associées à l’architecture, la sculpture, la poésie, la peinture, la musique et l’éloquence. « C’est un secret bien gardé. Tu vas au Festival d’été et tu te barres les pieds dedans. C’est une petite surprise. »

Monument Marie-de-l’Incarnation

Quebec
Photo Stevens LeBlanc

 

(Émile Brunet) Inauguré en 1942 – Rue Donnacona

« Un monument modeste qui, un peu comme Les Muses, est une surprise dans un coin », observe Denis Angers. Marie Guyart, fondatrice du couvent des Ursulines, y figure entre deux écolières, l’une canadienne et l’autre amérindienne. « C’est très significatif. Et il faut rappeler que les Ursulines (1639) est la plus vieille institution d’enseignement pour les filles en Amérique du Nord. Ce n’est quand même pas à notre déshonneur. On dit des Québécois que nous formons une société fermée, xénophobe, misogyne. Alors quand même... »

La falaise apprivoisée

Quebec
Photo Stevens LeBlanc

(Florent Cousineau + Gamache et Martin, architectes) Inauguré en 2006 – Rue de Saint-Vallier Est

Avec le projet Méduse, la création de cette œuvre par l’artiste-entrepreneur Florent Cousineau a contribué à sauver la côte d’Abraham, estime Denis Angers. « Ça nous a prouvé qu’on pouvait faire un beau parking. Parce qu’essentiellement, c’est un stationnement. C’est magnifique de pouvoir mettre de l’art sur un stationnement surélevé. Les gens ne le réalisent pas. Et c’est souvent le caractère d’une œuvre d’art qui est bien intégrée. Elle n’a pas besoin de nous fesser en pleine face. »

Éclatement II

Quebec
Photo Stevens LeBlanc

(Charles Daudelin) Inauguré en 1998 - Place Jean-Pelletier

Dernière œuvre du grand sculpteur québécois Charles Daudelin. Postée devant la gare du Palais, Éclatement II a été le catalyseur du renouveau d’un quartier autrefois mal aimé. « Avant, il y avait à cet endroit un stationnement en gravier depuis trente-cinq ans. Tout autour, on avait des maisons de chambres et des pawnshops. C’était vraiment affreux. La Ville et la Commission de la capitale nationale du Québec ont investi dans une œuvre, et soudainement, tout s’est revalorisé. »

Monument Louis-XIV

Quebec
Photo Stevens LeBlanc

(Gian Lorenzo Bernini) Inauguré en 1948 – Place Royale

En raison de son emplacement stratégique à deux pas du Vieux-Port et des bateaux de croisière qui y font escale, ce buste est certainement l’œuvre d’art la plus vue à Québec. Il a pourtant disparu quelques fois du paysage au fil du temps. « Ce buste a été là, puis a été enlevé. Au XIXe siècle, on a mis une fontaine à sa place parce qu’on trouvait que c’était préférable pour abreuver les animaux du marché public. »