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Plus de jeunes tués sur les routes

On déplore déjà plus de décès dans la tranche d’âge de 15 à 24 ans en 2017 que l’année dernière

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Photo Agence QMI, Steve Poulin Seulement en septembre et octobre, au moins 14 jeunes se sont tués sur les routes. Parmi les victimes, on retrouve Miguel Fortin, qui s’est tué le 25 octobre dernier sur la route 173, à Saint-Théophile, près de Saint-Georges de Beauce. Deux autres personnes, qui se trouvaient dans un deuxième véhicule, ont été blessées lors de cette collision.

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Pour la première fois depuis 2012, le nombre de jeunes qui perdront la vie sur les routes du Québec sera à la hausse cette année.

Un peu moins de deux mois avant la fin de l’année, on déplore déjà au moins, pour 2017, la mort de 44 jeunes de 15 à 24 ans dans une collision routière, selon des chiffres obtenus par Le Journal.

C’est déjà cinq victimes de plus qu’en 2016 dans cette tranche d’âge.

«Ce sont des chiffres vraiment effrayants», constate le porte-parole du Conseil canadien de la sécurité, Lewis Smith.

<b>Lewis Smith</b></br>
<i>Conseil canadien de la sécurité</i>
Photo courtoisie
Lewis Smith
Conseil canadien de la sécurité

«Il s’agit de statistiques qu’on aimerait plutôt voir diminuer. On espère que cette année soit une exception et qu’on n’assiste pas au début d’un nouveau cycle», dit-il.

Selon M. Smith, l’arrivée prochaine des conditions routières hivernales n’aidera sans doute en rien ce lourd bilan. Les mois de novembre et décembre sont bien souvent les plus «traîtres» de l’année, souligne-t-il.

«Les conducteurs ont pris de mauvaises habitudes durant l’été, qui sont problématiques une fois l’hiver arrivé. On remarque que plusieurs tardent à freiner ou suivent de trop près les autres sur la route. Avec de la neige et de la glace, ça peut être impardonnable», précise M. Smith.

Automne funeste

Et déjà, cette année, l’automne a été particulièrement funeste. Près du tiers des jeunes victimes de la route comptabilisées en 2017 ont trouvé la mort durant les seuls mois de septembre et octobre.

Difficile d’expliquer pourquoi cette période a été plus tragique. L’été qui s’est prolongé jusqu’à la mi-octobre peut expliquer en partie la hausse du nombre d’accidents mortels, soulève la Société de l’assurance automobile du Québec.

Mais des collisions avec décès multiples ont aussi récemment alourdi le bilan.

Le mois dernier, deux collisions majeures impliquant plusieurs jeunes, à Joliette et Kahnawake, ont fait quatre morts et plusieurs blessés graves.

À Kahnawake, le conducteur est accusé de négligence criminelle, de conduite dangereuse et de conduite avec facultés affaiblies.

Si l’alcool au volant est encore en cause dans plusieurs accidents impliquant des jeunes, la vitesse, la témérité et l’inexpérience restent les facteurs d’accident les plus fréquents.

Sensibilisation: la clé

La meilleure façon d’améliorer le bilan routier chez les jeunes reste la sensibilisation, insistent des experts.

«C’est un groupe de la population qui est vulnérable. Il y a visiblement un manque de compréhension des notions de sécurité», croit M. Smith.

«Le message qu’envoient ces chiffres, c’est qu’il faut renforcer la sensibilisation. On ne peut pas attacher les gens à la maison. Il y a encore un gros travail d’influence positive à faire auprès des jeunes», ajoute Annie Gauthier, porte-parole de CAA-Québec. 


Les nombres de victimes indiqués ne concernent que les jeunes conducteurs ou passagers d’automobiles ou de camions légers.

Décès sur les routes chez les jeunes de 15 à 24 ans

►2012: 85

►2013: 60

►2014: 47

►2015: 45

►2016: 39

►2017: 44*

Pourcentage des accidents mortels impliquant des jeunes entre 2012 et 2016

58%


* Nombre de décès compilé en date d’hier

Sources: SAAQ et données du Journal de Montréal

Des vies fauchées trop tôt

Seulement en septembre et octobre, pas moins de 14 jeunes ont péri sur nos routes, ce qui a fait exploser le bilan des décès chez les 15-24 ans pour le porter à 44 victimes pour l’année en cours. Voici 38 visages qui illustrent cette tragédie.

Doit-on limiter le nombre de passagers dans une voiture?

Réduire le nombre de passagers dans un véhicule conduit par un jeune conducteur pourrait aider à améliorer le bilan routier, croient des experts qui citent l’Ontario en exemple.

«Il y a évidemment une haute propension à s’engager dans des comportements téméraires et audacieux en groupe. La présence d’autres personnes peut inciter un adolescent à se montrer plus invulnérable que d’habitude», avance le psychologue Hubert Van Gijseghem.

Testostérone

L’expert fait même un lien avec la testostérone des jeunes hommes, «c’est-à-dire entre le moteur intérieur et le moteur de l’auto».

«L’auto a souvent été un genre d’excroissance de la puissance masculine», ajoute-t-il.

La présence d’autres jeunes dans l’habitacle peut inciter le conducteur à rouler vite, mais peut aussi constituer une distraction, insiste Lewis Smith, du Conseil canadien de la sécurité.

«Au même titre que le cellulaire au volant, la présence d’autres personnes dans la voiture» peut empêcher le conducteur de se concentrer sur la route, dit-il.

L’Ontario en exemple?

«Comme on dit souvent, plus on est de fous, plus on s’amuse», souligne le coroner Yvon Garneau, qui a déjà évoqué l’idée de limiter le nombre de passagers à bord d’un véhicule conduit par un jeune conducteur.

Dans un rapport controversé, il avait aussi recommandé l’imposition d’un couvre-feu aux jeunes conducteurs de 16 à 24 ans.

C’était à la suite d’un accident survenu en 2010 à Drummondville, où quatre jeunes hommes étaient morts après que le conducteur eut foncé dans un arbre à haute vitesse, au terme d’une soirée bien arrosée.

Dans ses recommandations, le coroner rappelait qu’en Ontario, l’on interdit aux conducteurs moins expérimentés de conduire entre minuit et 5 h du matin.

De plus, durant les six mois qui suivent l’obtention de leur permis, les conducteurs de 19 ans et moins ne peuvent conduire de nuit avec plus d’un jeune passager à bord. Les six mois suivants, ils ne peuvent conduire qu’avec trois passagers de moins de 19 ans dans leur véhicule.

«Les chiffres démontrent que cette limitation est un succès», note M. Smith.

En effet, ce système a fait chuter de 30 % le nombre de décès et de blessés chez les jeunes Ontariens de 16 à 19 ans.

Trop de victimes à la fois

Depuis janvier 2017, plusieurs accidents impliquaient des véhicules où prenaient place plusieurs jeunes, ce qui incite des experts à suggérer qu’on limite le nombre de passagers lorsqu’un nouveau conducteur est au volant. Voici trois cas marquants.

Une embardée survenue en pleine nuit dans un secteur résidentiel de Kahnawake a tué deux jeunes hommes de 17 et 21 ans et blessé gravement trois jeunes femmes, fin octobre. Le véhicule de cinq places, avec six personnes à son bord, a fait plusieurs tonneaux et a pris feu.
Photo Antoine Lacroix
Une embardée survenue en pleine nuit dans un secteur résidentiel de Kahnawake a tué deux jeunes hommes de 17 et 21 ans et blessé gravement trois jeunes femmes, fin octobre. Le véhicule de cinq places, avec six personnes à son bord, a fait plusieurs tonneaux et a pris feu.
Zachary Cloutier, 17 ans, était accompagné de trois amis dans sa voiture lorsqu’il a perdu le contrôle, sur la route 175, près de Stoneham, et perdu la vie.
Photo Agence QMI, Marc Vallières
Zachary Cloutier, 17 ans, était accompagné de trois amis dans sa voiture lorsqu’il a perdu le contrôle, sur la route 175, près de Stoneham, et perdu la vie.
Deux adolescents ont été tués et deux autres gravement blessés quand un véhicule conduit par un jeune de 15 ans a embouti un arbre, le 9 octobre, à Joliette.
Photo Agence QMI, Mathieu Wagner
Deux adolescents ont été tués et deux autres gravement blessés quand un véhicule conduit par un jeune de 15 ans a embouti un arbre, le 9 octobre, à Joliette.

«Ça peut changer des vies à jamais»

«Pensez-y à deux fois avant de faire une connerie. Pour mon fils, c’est cher payé. Il va devoir vivre avec les conséquences. Et il en braille chaque jour...»

La mère d’un adolescent gravement blessé dans un accident de la route à Joliette le mois dernier lance un cri du cœur afin de conscientiser les jeunes tentés de faire les fous sur les routes.

«Je peux comprendre que certains veulent vivre leur trip de jeunesse. Mais n’oubliez pas que ça peut changer des vies à jamais. Pour mon fils, il est trop tard. Mais il a aussi des amis qui avaient la vie devant eux, qui sont morts!» glisse Mélanie Bédard.

Renaissance

Son fils Tommy Lanctôt, 16 ans, était passager d’un véhicule qui a terminé sa course contre un arbre dans la nuit du 9 octobre. Il a été plongé dans un coma pendant neuf jours. Deux de ses amis qui étaient à ses côtés n’ont pas survécu.

Le conducteur de 15 ans, qui n’a subi que des blessures légères, devrait faire face à de graves accusations. Lorsque Tommy s’est réveillé du coma et qu’il a respiré par lui-même, Mme Bédard a eu l’impression que son fils naissait à nouveau.

<b>Mélanie Bédard</b></br>
<i>Mère de Tommy Lanctôt</i>
Photo tirée de Facebook
Mélanie Bédard
Mère de Tommy Lanctôt

«C’était le plus beau jour de ma vie. On ne savait pas s’il se réveillerait. Si oui, dans quel état? Serait-il végétatif?» raconte la mère.

Depuis, l’adolescent a fait des progrès. Il parle et marche à nouveau, malgré deux fractures à des vertèbres du cou. Malgré tout, il gardera de l’accident plusieurs séquelles physiques, psychologiques et motrices.

«Il n’a plus d’inhibition, plus de filtres», s’inquiète sa mère.

Le garçon a aussi perdu la force dans un bras, en plus d’avoir eu à subir une importante opération à la tête ainsi qu’aux os du visage.

Amis décédés

Tommy n’aurait aucun souvenir du drame. Sa mère ne lui a annoncé que la semaine dernière que ses deux copains, dont son meilleur ami d’enfance, étaient morts à ses côtés.

Par son message, la femme souhaite sensibiliser le plus de jeunes possible. «Ils doivent comprendre que leur trip n’en vaut pas la chandelle. Il y a d’autres façons de s’amuser que de faire les fous sur la route», insiste-t-elle.