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Décès d'Éloïse Dupuis: ses convictions religieuses ont été respectées, dit le coroner

Selon le coroner Luc Malouin, la jeune Éloïse Dupuis est décédée d’une défaillance multi-organique sévère, résultant d’un choc hémorragique, à la suite de complications après l’accouchement.
Photo Courtoisie Selon le coroner Luc Malouin, la jeune Éloïse Dupuis est décédée d’une défaillance multi-organique sévère, résultant d’un choc hémorragique, à la suite de complications après l’accouchement.

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Le coroner conclut qu’Éloïse Dupuis, cette jeune mère témoin de Jéhovah est décédée parce qu’elle a refusé une transfusion sanguine après son accouchement en raison de sa religion. Un rapport qui, une fois de plus, divise la famille : sa tante le qualifie d’« incomplet », tandis que son conjoint s’en satisfait.

« C’est un suicide assisté », lance la tante de la jeune femme de 27 ans, Manon Boyer, qui critique le rapport dans lequel il est mentionné qu’elle et les membres de sa famille ont refusé, à au moins 10 reprises durant son hospitalisation, une transfusion sanguine qui aurait pu la sauver.

« Si quelqu’un arrive sur le pont de Québec et dit à la police qu’il veut sauter, est-ce que la police va s’en retourner ? » lance-t-elle, critiquant du même souffle le manque de recommandations « justes applicables et réalistes » dans le rapport du coroner Me Luc Malouin.

Ayant refusé la demande d’entrevue du Journal, le conjoint d’Éloïse Dupuis a plutôt tenu de son côté à saluer le travail du coroner et de l’équipe des soins intensifs, qui « ont fait ce qui était dans leur pouvoir pour aider Éloïse ».

M. Roy rappelle que la jeune femme a « refusé les transfusions sanguines non parce qu’elle y était forcée, mais par respect pour ses convictions, auxquelles elle attachait un grand prix ». « Elle a finalement persisté dans sa volonté de n’être soignée qu’au moyen de techniques médicales autres que la transfusion sanguine », peut-on lire.

Choc hémorragique

Selon le coroner, Éloïse Dupuis est décédée le 12 octobre 2016, d’une défaillance multi-organique sévère, résultant d’un choc hémorragique, à la suite de complications après l’accouchement. « C’est un décès naturel évitable, c’est clair », tranche-t-il. Il précise que la seule façon de sauver la vie de Mme Dupuis était la transfusion sanguine, toutes les autres alternatives ayant été essayées.

« Tant qu’elle est consciente, les médecins ne peuvent pas aller à l’encontre de ses volontés. Ils peuvent perdre leur droit de pratique », poursuit Me Malouin.

Le 10 octobre 2016, Mme Dupuis est devenue semi-comateuse, à cause de la forte sédation qui lui a été administrée. C’est son conjoint qui est devenu mandataire et qui a maintenu le refus de transfusion. Même intubée, Mme Dupuis a laissé savoir par écrit à son conjoint que les médecins doutaient qu’elle allait vivre et qu’ils lui parlaient toujours de sang. « Ça démontre qu’ils ont essayé jusqu’aux derniers moments », observe Me Malouin.

Convictions religieuses respectées

Le coroner précise que les convictions religieuses de la patiente ont été respectées et qu’il n’y a pas eu de pression sur l’équipe médicale de la part des témoins de Jéhovah.

Il recommande l’ajout de plans de traitement pour les patientes refusant les transfusions sanguines. Il s’agit de prendre, à l’avance, des décisions sur les gestes médicaux à poser en cas de pertes sanguines importantes et d’éviter de perdre un temps qui pourrait être vital.

– Avec la collaboration de Catherine Bouchard

Extraits du rapport du coroner Luc Malouin

« Je n’ai aucun doute que le personnel médical a tout tenté pour que Mme Dupuis et sa famille changent d’idée quant à la nécessité d’avoir recours aux produits sanguins pour lui sauver la vie. »

« Il y avait une personne, amie de la famille et membre des témoins de Jéhovah, qui est considérée comme sage et qui a rencontré une seule fois trois des médecins responsables de Mme Dupuis à la demande de la famille. Les alternatives proposées par cette personne étaient connues des médecins et avaient déjà été tentées. »

« Il n’y a donc pas eu d’influence indue de la communauté religieuse dans le présent dossier. »

Transfusion refusée à plusieurs reprises

5 octobre 2016, 0 h 15 - Mme Dupuis a mentionné aux médecins, devant la sage-femme et son conjoint, qu’elle préfère mourir plutôt que recevoir des produits sanguins.

6 octobre  - Mme Dupuis signe son admission et une note mentionne qu’elle refuse tout produit sanguin.

  • 16 h 50 - Le père de Mme Dupuis est avisé que la situation est problématique et qu’il faudrait des produits sanguins. Il comprend la situation et maintient le refus de transfusion.
  • 20 h - Discussions d’un médecin avec Mme Dupuis. Refus de transfusion même si la mort en est la conséquence.
  • 23 h - Le conjoint de Mme Dupuis est rencontré par un médecin : situation expliquée/très critique si aucun produit sanguin. Il comprend bien. Le conjoint ne veut pas de transfusion.

10 octobre - La famille est rencontrée. Le conjoint refuse qu’on lui donne du sang.

11 octobre - Conjoint, père et mère rencontrés de nouveau : ils refusent toujours le traitement.

12 octobre - Décès constaté.

Un autre cas

Quelques jours avant le décès d’Éloïse Dupuis, une autre femme témoin de Jéhovah est aussi décédée à la suite de complications lors d’un accouchement. Le 3 octobre 2016, Mirlande Cadet, âgée de 46 ans, est décédée après avoir subi une césarienne à l’Hôpital St. Mary de Montréal.

« Lors de son admission à l’hôpital, il avait été clairement spécifié qu’elle refusait toute transfusion sanguine », peut-on lire dans le rapport du coroner Me Luc Malouin.

Son conjoint, qui était mandataire, a refusé la transfusion malgré les complications. Toutefois, après l’intervention des parents de Mme Cadet, il a finalement accepté. Le coroner a souligné que la transfusion sanguine a « tardé à être débutée », mais qu’il lui est « impossible de déterminer de façon précise si le délai pour fournir des produits sanguins a eu un impact important sur l’exitus final ».

La femme est morte d’une détresse respiratoire à la suite d’une importante infection pulmonaire.

Dans les deux cas, soit Éloïse Dupuis (voir autre article) et Mirlande Cadet, Me Malouin soutient que « chaque personne majeure et saine d’esprit a la liberté absolue d’accepter ou de refuser un traitement médical ».