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Le petit jeu de Justin Trudeau

Le petit jeu de Justin Trudeau
Photo AGENCE QMI, Matthew Usherwood

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On a eu beaucoup d’informations contradictoires sur la résurrection du Partenariat transpacifique (PTP) en fin de semaine.

Une journée, il était mort. Le lendemain, on nous disait que les partenaires étaient à la veille de s’entendre. Le surlendemain, on nous apprenait plutôt qu’un accord était encore très loin d’être conclu.

Si on parle de le ressusciter c’est qu’il était mort, et comme un personnage d’horreur d’un film des années 80, on se passerait bien de son retour. Un petit rappel s’impose.

Le PTP était ce lourd traité de plusieurs milliers de pages qui aurait créé la plus grande zone de « libre-échange de tous les temps », couvrant 40 pourcent de l’économie mondiale. Comme d’habitude, on a l’impression que c’est très abstrait. Erreur ! Les conséquences sont très réelles.

Le traité ouvrait une brèche dans le système de la gestion de l’offre. Le PTP prévoyait que les producteurs étrangers puissent accaparer des parts sur le marché des produits laitiers, des œufs, du poulet, du dindon et des œufs d’incubation de poulets de chair.

Les médicaments devaient également être touchés par le PTP, pour le plus grand bonheur de l’industrie pharmaceutique. Une hausse des prix des médicaments pour des millions de personnes était à prévoir, par la prolongation des monopoles et en retardant encore davantage la concurrence des médicaments génériques qui fait baisser les prix.

En harmonisant les règles de propriété intellectuelle pour les pays signataires, le PTP pousserait en outre le Canada à hausser la durée de protection des droits d’auteur : alors que la loi canadienne la fixe à 50 ans, la moitié des pays signataires la fixe plutôt à 70 ans. Ce changement aurait notamment des conséquences pour les institutions de savoir.

Un des éléments les plus problématiques était que le PTP mettait sur pied un système d’arbitrage privé en cas de poursuite d’une multinationale contre un gouvernement.  Aller en appel aurait été impossible (un précédent) et, sur les trois arbitres, un est choisi directement par la compagnie poursuivante, un autre est soumis à son consentement, tandis que le troisième est nommé par l’État poursuivi. Deux personnes auraient ainsi pu renverser une décision gouvernementale.

Le grand économiste Joseph Stiglitz avait déclaré le PTP porte sur bien des choses, mais pas sur le libre-échange. Nous sommes en sommes ici bien plus devant un texte imposant la loi des multinationales sur celle des États qu’un accord pour favoriser la circulation des marchandises entre les pays.

Le contenu de l’entente a été annoncé en 2015, en pleine campagne électorale fédérale. Le premier ministre Stephen Harper a affiché un enthousiasme sans borne pour cette « nouvelle norme de référence des accords commerciaux mondiaux au XXIe siècle ». Son principal adversaire, Justin Trudeau, se montrait bien sévère et promettait de s’interdire toute signature de l’accord sans un débat de fond, sans la tenue études indépendantes et sans renégociation des principaux irritants. Trudeau a été élu le 19 octobre 2015. Le 3 février 2016, le Canada a signé le PTP en Nouvelle-Zélande. À peine trois mois et demi s’étaient écoulés depuis l’élection du PLC. Vous souvenez-vous du grand débat démocratique, transparent et ouvert qui a eu lieu sur la question ? Aux États-Unis, Donald Trump s’engageait à le déchirer s’il devenait président. Fidèle à son hyperactivité habituelle, il l’a fait dans les jours suivant son assermentation.

Voilà qu’on veut refaire l’entente sans les États-Unis. Onze pays se sont réunis au Vietnam en fin de semaine. De son côté, Donald Trump annonce 250 milliards de dollars de contrats en Chine sans avoir besoin d’être dans le Partenariat transpacifique.

Cependant, Justin Trudeau a manqué une réunion très importante vendredi. Selon le ministre du commerce international, François-Philippe Champagne, le premier ministre a eu un conflit d’horaire. Il n’aurait « jamais eu l’intention de la manquer ».

Grattez-vous le dos un instant... y attrapez-vous la poignée ? Il y a une réunion extrêmement importante, pour un accord d’une corrosivité dangereuse pour la démocratie, et Justin Trudeau est trop occupé à aller chez le dentiste ou à acheter ses cadeaux de Noël ?

Après le « grand jeu diplomatique » de Jacques Parizeau en 1995, on a ici affaire au « petit jeu » de Justin Trudeau. On ne sait simplement pas à quel jeu il joue.