/opinion/blogs
Navigation

Les Trudeau, Bronfman et Barbade, copains depuis longtemps

Justin Trudeau
Photo d’archives

Coup d'oeil sur cet article

 

Merci au Consortium international des journalistes d’enquête

Premièrement, on se doit de remercier le travail titanesque de recherche et d’enquête effectué par un regroupement de journalistes tant des médias écrits que parlés d’un peu partout dans le monde. Ces dernières années, ils ont produit et publié une mer d’informations sur le comportement des riches et célèbres qui, malgré leurs belles paroles et le fait qu’ils détiennent déjà la vaste majorité de la richesse dans le monde, continuent, avec l’appui indéfectible de vos politiciens, à détourner des milliards de dollars chaque année dans les paradis fiscaux. Ils ont sorti le scandale des Panama Papers et maintenant ils viennent de rendre publique les Paradise Papers. Qu’on le dise, les paradis fiscaux c’est criminel et ça tue du monde, mais en silence, sans faire beaucoup de vagues. Dire qu’on pourrait tous les éliminer sans se fatiguer en levant simplement contre eux un embargo économique d’une heure comme les Occidentaux l’on fait avec d’autres pays.

 

 

Ben oui, les Bronfman et les Trudeau sont des amis et donateurs de longue date

Amis depuis Pierre-Elliot Trudeau et ça, Justin le reconnaît : «Paradis Papers. Justin Trudeau ne blâme pas son ami Stephen Bronfman» (Le Devoir, 7 novembre 2017). Un ami, c’est un ami même s’il fait dans les paradis fiscaux. Mais, il finance généreusement le Parti libéral du Canada (PLC) depuis toujours. Cé beau l’amour.

 

Oh, oh, que vois-je là dans mes vieux dossiers d’articles de journaux chéris? Un vieil article du Devoir qui date de presque vingt ans (10 juillet 1998), qui s’intitulait : «Transfert en 1991 de la fiducie familiale (2.2 G$ ou 3.5G$ en dollars indexés d’aujourd’hui) des Bronfman à l’étranger. Revenu Canada (hauts fonctionnaires) est accusé d’avoir laissé filer 700 millions en impôts (1.1 milliard en dollars de 2017)» (Le Devoir, 10 juillet 1998). Une fiducie familiale de 3.5 milliards de dollars en dollars constants ou millésimés composée d’actions de compagnies cotées à la Bourse transférée en 1991 à l’étranger grâce à l’accord très tardif rendu en catimini (le 24 décembre 1991, soit la veille de Noël) par de très hauts fonctionnaires. Pourtant, et dans un premier temps, des fonctionnaires subalternes au Ministère du Revenu avaient, comme il se doit, refusé de laisser partir ce «trust» familial sans qu’il ait payé avant ses impôts sur le revenu au Canada comme tout le monde. Et oui, encore la famille milliardaire des Bronfman impliquée dans des passe-passe fiscales scandaleuses.

Tellement insensée et suspecte comme décision que le vérificateur général du Canada d’alors, Denis Desautels, avait décrié cette faveur fiscale accordée à cette famille richissime qui privait les coffres de l’État de plusieurs centaines de millions de dollars : «L’ancien vérificateur général témoigne en Cour fédérale. L’exemption fiscale a été accordée de façon inacceptable, dit Desautels» (Le Journal de Montréal, 25 septembre 2001). Ça peut-tu être plus clair en termes de complicité politique?

 

Les libéraux ramassent le vérificateur général

C’est le comble de l’ironie. Les élus auraient dû remercier le vérificateur général du temps, Denis Desautels, d’avoir eu le courage d’informer la population sur les tenants, aboutissants et tractations ayant mené à ce passe-droit qui dépasse l’entendement. Mais non, c’est tout le contraire qui est arrivé : «Desautels aurait dû se taire. Les libéraux blâment le vérificateur général d’avoir mis au jour l’affaire des fiducies familiales» (La Presse, 19 septembre 1996). Cette affaire nébuleuse et celle d’aujourd’hui émanant des Paradise Papers impliquent, comme toujours, les Bronfman et le PLC. Elles méritent la tenue d’une enquête, de l’implication du vérificateur général du pays ou du Directeur parlementaire du budget. Il y a anguille sous roche et une grosse en plus de ça. Faut pas nous prendre pour des valises.

 

Tiens, si vous voulez lire un bon texte résumant bien la «gammick», je vous recommande l’article de Martin Leclerc paru dans Le Journal de Montréal du 19 septembre 1996 intitulé : «Affaire des fiducies familiales. Le vérificateur général attaqué (par les libéraux fédéraux) pour avoir dénoncé un scandale» Beau petit pays très démocratique, le plusse meilleur pays du monde comme disait Jean Chrétien où tout se passe à huis clos et que tout est confidentiel, encore davantage au Québec.

 

Une autre patente louche du PLC: la Barbade

Ah ben, encore dans mes vieilles traineries, que vois-je comme titre d’article du Journal de Montréal du 6 décembre 2001? «Les 800M$ (1.1 milliard en dollars de 2017) à l’abri du fisc à la Barbade. Accusé de favoriser les riches». Au premier paragraphe de l’article, on a écrit ce qui suit : «Le gouvernement Chrétien a été accusé d’aider les millionnaires aux dépens des pauvres en permettant à 53 contribuables canadiens de transférer plus 800 millions de dollars à l’abri de l’impôt dans un paradis fiscal à la Barbade». Les libéraux aiment beaucoup la Barbade, car ça leur permet d’éviter de payer de l’impôt au Canada, comme les autres, ainsi que leurs fortunés amis. Tant pis pour le monde ordinaire qui ne peut se payer de tels abris fiscaux.

 

Et encore une drôle de coïncidence qui mérite d’être analysée en profondeur. Voilà qu’en 2016 Justin Trudeau et le PLC annoncent que, contre toute logique d’équité et de justice sociales et fiscale : «La Barbade restera un paradis (fiscal)» (Le Devoir, 27 octobre 2016). On comprend mieux maintenant pourquoi le PLC veut que la Barbade reste un paradis fiscal. Ça permet à des bandits à cravate de commettre des crimes qui le sont dans les faits. Ça mériterait la prison.

 

L’ex-PM libéral Paul Martin aime aussi les paradis fiscaux et la Barbade

«Paul Martin (alors premier ministre libéral du Canada) hésite à déclarer la guerre aux paradis fiscaux» (La Presse, 4 avril 2001). Paul hésitait à faire la guerre aux nantis et à leurs paradis fiscaux, mais pas aux chômeurs, aux assistés sociaux et au petit monde qui faisait du travail au noir ou qui ne demandait pas de facture au commerçant.

 

Que Paul Martin hésitait à déclarer la guerre aux paradis fiscaux, on peut parfaitement comprendre ça : «À l’abri du fisc. Plusieurs filiales de l’empire de Paul Martin créées dans des paradis fiscaux» (Le Soleil, 24 avril 1997). Et selon le Bloc québécois : «CSL (la compagnie de Paul Martin) a évité de payer 100 millions au fisc canadien» (Le Devoir, 30 janvier 2004).

Ah ben, ça parle au diable, Paul aime aussi la Barbade : «La famille Martin au paradis. La Barbade offre encore de belles possibilités d’évasion fiscale» (Le Devoir, 14 février 2004). On vous croit sur parole. Comme justification plate à ce vol institutionnalisé, Paul Martin a déclaré : «Le holding CSL à la Barbade. Martin soutient qu’il n’avait pas le choix» (La Presse, 6 février 2004). Tout simplement révoltant comme justification.

Vous comprenez mieux maintenant, du moins je l’espère, pourquoi Justin a dit que la Barbade restera un paradis fiscal pour le Canada et pourquoi le PLC est très proche de la famille milliardaire des Bronfman? Aie, que j’en pogne pas un ou une à s’adonner au travail au noir et à ne pas exiger une facture. Il y va de votre devoir éthique de citoyen responsable afin de sauvegarder nos programmes sociaux.