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Les droits des malengueulés

Évoquer la violation des droits de la personne après de telles démonstrations d’hospitalité, Trump en serait incapable.

CHINA-US-DIPLOMACY
Photo AFP Le président américain Donald Trump, tout sourire, lors d’une cérémonie tenue en son honneur au Palais de l’Assemblée du Peuple, à Pékin, jeudi dernier.

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Tant qu’à être vulgaire, allons-y : les droits de la personne, Donald Trump s’en tamponne ! Certains s’offusquent qu’il n’en ait pas exigé le respect, même du bout des lèvres, en Chine, au Vietnam ou, cas encore plus déplorable ces temps-ci, aux Philippines. Ça ne lui est pas passé par la tête, j’en suis persuadé.

Donald Trump aime les cérémonies à grand déploiement, le glamour et les moments soi-disant historiques. D’un arrêt à l’autre, le long de son voyage en Asie, il a systématiquement tenu à souligner à quel point les fêtes pour l’accueillir étaient exceptionnelles et les soupers d’État, sans précédent.

Évoquer la violation des droits de la personne après de telles démonstrations d’hospitalité, Trump en serait incapable. Et de toute façon, il ne le veut pas. Défendre les droits des opprimés, des marginalisés, c’est protéger les faibles. Et ça, ce n’est pas lui.

DIRIGEANTS AVEC POIGNE DEMANDÉS

Le milliardaire new-yorkais a toujours préféré les hommes forts : Xi Jinping, « brillant », peut-être « plus puissant encore que Mao » ; Vladimir Poutine, un « leader fort, bien plus que ne l’a jamais été Obama » ; Erdogan, qui gouverne de manière toujours plus autoritaire en Turquie, mérite de « très bonnes notes » ; Duterte, qui mène aux Philippines une campagne contre les vendeurs et les consommateurs de drogue où les morts se comptent par milliers, « fait un boulot incroyable ».

Rappelez-vous seulement ses commentaires pendant la course à la Maison-Blanche à propos de John McCain, sénateur de longue date, candidat républicain à la présidence contre Barack Obama en 2008, pilote d’avion abattu au-dessus du Vietnam en 1967 lors de sa 23e mission de bombardement, blessé grièvement et retenu emprisonné pendant cinq années et demie. « Il n’a pas été un héros. », a trompeté le candidat Trump. « Il serait un héros de guerre, parce qu’il a été capturé. J’aime les gens qui ne se font pas capturer. »

Les gens dont les droits ont besoin d’être défendus, comme les militaires qui se font prendre derrière les lignes ennemies, ce sont des losers, c’est tout.

ATTENTION : MANIFS DE NAÏFS

Trump n’est pas le seul président à être aussi peu intéressé par ces droits de la personne ; il n’est que celui qui se montre le plus détaché. De Franklin Roosevelt qui, en pleine Guerre froide, endurait la dictature de Somoza au Nicaragua (« Il est un enfant de chienne, mais est NOTRE enfant de chienne. ») à Barack Obama qui, par les attaques de drones au Pakistan et en Afghanistan, a provoqué la mort de centaines d’innocents, les intérêts nationaux des États-Unis, la plupart du temps, ont eu priorité.

Cette fois-ci, Trump et son administration ont poussé la logique un peu plus loin. Ils sont là pour régler des problèmes précis – écraser l’État islamique, stopper le programme nucléaire nord-coréen, mettre fin à des accords commerciaux « injustes et immoraux » – et non pas, comme le président américain l’a affirmé en Arabie saoudite en mai dernier devant un auditoire de leaders arabes plus autoritaires les uns que les autres : « L’Amérique ne cherchera pas à imposer notre façon de vivre aux autres. »

Que les « pauvres, les exténués, les masses innombrables et le rebus des rivages surpeuplés » – pour paraphraser le texte d’Emma Lazarus sur le socle de la Statue de la Liberté – se le tiennent pour dit : l’America First de Donald Trump ne sera tout simplement plus la première à défendre les droits des persécutés à travers le monde.