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Titus: une décharge de colère

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La compagnie Les Écornifleuses a choisi de célébrer son dixième anniversaire avec une idée fort audacieuse. Elle a choisi d’attaquer Titus Andronicus, une œuvre un peu méconnue du répertoire shakespearien et d’inverser les rôles. Les personnages masculins seront joués par des femmes, et vice versa.

Une inversion des genres, précise la metteure en scène Édith Patenaude, qui n’est pas quelque chose de nouveau.

« On n’invente rien. On avait le goût de monter un classique où il y avait de la chair autour de l’os et que l’on pouvait travailler. Et on constate lorsque l’on s’attaque aux classiques qu’il y a, si on est chanceux, un beau rôle féminin par pièce », a-t-elle fait remarquer lors d’un entretien.

Le théâtre classique et de répertoire, poursuit-elle, a été écrit par et pour des hommes et il serait dommage de se priver de ces textes qui sont forts, dans une époque où l’on tente de parvenir à une véritable équité.

« Le monde que l’on présente sur scène doit, quelque part, être comme un miroir du monde que l’on rêve. Si on continue de monter ces pièces telles qu’elles sont, le monde que l’on offre à voir sur nos scènes va continuer d’être masculin de façon prépondérante », a-t-elle expliqué.

À l’affiche jusqu’au 2 décembre au Lantiss du Pavillon Louis-Jacques-Casault, sur le campus de l’Université Laval, Titus est une œuvre fort complexe à résumer.

Œuvre prémonitoire

Écrite à la fin du 16e siècle, elle raconte le conflit qui oppose Titus, un général romain, à son ennemie Tamora, reine des Goths. Un conflit qui provoquera une série de vengeances fort sanglantes.

« Ce sont des gens qui souffrent et qui se vengent. Et à chaque fois que quelqu’un de nouveau souffre ou meurt, et Dieu sait qu’il y en a, il y a quelqu’un d’autre qui veut se venger. C’est comme un grand ramassis de pervers narcissiques qui sont tous convaincus d’avoir raison », a-t-elle indiqué en éclatant de rire.

Obsédée face à cette œuvre, Édith Patenaude, qui en a signé l’adaptation, avoue ressentir un choc lorsqu’elle y plonge.

« C’est très sanglant. Ça se trahit, ça se coupe des mains, ça se viole. Ça n’arrête jamais. C’est un texte grotesque qui me fait rire et c’est en même temps de la grosse tragédie. C’est un show qui n’a pas de bons sens », a-t-elle indiqué.

La metteure en scène voit, en Titus, une critique du monde et une représentation de ce que le futur pourrait être.

« C’est très théâtral ce qui se passe dans le monde en ce moment. Le système, tel qu’il existe et qu’on a laissé aller, ne fonctionne plus. Les gens travaillent de plus en plus pour subvenir à leurs besoins et faire tout ce qu’on exige d’eux et ça devient extrêmement anxiogène. Il y a un abcès qui doit être crevé. Et nous, on se permet, sur scène, d’exprimer cette colère, cet écrasement et cet étouffement que l’on ressent. Ce n’est pas un show qui est fait pour faire rire ou pleurer. C’est vraiment une décharge de colère, un grand cri de survie », a-t-elle laissé tomber.


Titus est présenté du mardi au samedi, jusqu’au 2 décembre, au Lantiss, au Pavillon Louis-Jacques-Casault de l’Université Laval.