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Le DGE invite les élus à considérer l’implantation du vote par internet

Afin de stimuler la participation aux élections municipales, provinciales et scolaires

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Photo d'archives Plus d’un Québécois sur deux est resté à la maison, le 5 novembre dernier, à l’occasion des élections municipales. Le taux de participation n’a même pas atteint 45 %, ce qui déçoit profondément le DGE Pierre Reid.

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Extrêmement déçu du taux de participation, qui a régressé aux dernières élections municipales, le directeur général des élections Pierre Reid invite les parlementaires québécois à envisager sérieusement l’implantation du vote par internet.

Malgré les appels au vote et une campagne publicitaire d’envergure visant à sensibiliser les électeurs aux enjeux de proximité qui les touchent directement, le taux de participation global de la province est passé de 47,2 % à 44,8 %, un résultat identique à celui de 2009 (44,8 %) et qui se rapproche de celui de 2005 (44,5 %).

« Je ne peux pas vous cacher que je suis très déçu. J’osais même espérer qu’on pouvait augmenter le taux de participation compte tenu de notre campagne d’information tant à la radio qu’à la télé et dans les médias sociaux », déplore le DGEQ dans sa première entrevue depuis le scrutin général du 5 novembre dans plusieurs centaines de municipalités.

En commission parlementaire, durant la campagne électorale, il s’est fait le porte-voix de nombreux citoyens qui lui demandent d’implanter le vote en ligne. La décision revient aux élus de l’Assemblée nationale, à qui il demande un « mandat » afin d’investir les ressources nécessaires pour évaluer la chose.

« Il s’agit d’un choix de société qui concerne tous les paliers électifs : provincial, municipal et scolaire. Notre institution ne peut porter seule ce débat. Je vous interpelle sur cette question. Si vous avez un intérêt, nous sommes prêts à offrir notre collaboration », avait-il lancé aux élus le 17 octobre dernier.

« Je n’ai pas eu de réponse encore. Est-ce qu’on est en train d’examiner la chose ou il n’y a pas de volonté d’entreprendre cette consultation-là ? Je l’ignore pour le moment », a-t-il confié au Journal, profitant de l’entrevue pour réitérer sa demande.

Projet pilote sur le vote en ligne

Sensible aux enjeux de sécurité, d’identification de l’électeur et aux coûts de la mise en place du vote par internet, M. Reid ne dit pas qu’il faut à tout prix aller dans cette voie, mais « il faut y voir des avantages » en matière d’accessibilité et à tout le moins étudier la faisabilité de la chose. D’autres législations (voir autre texte), même au Canada, offrent déjà cette possibilité aux électeurs.

Il faut y aller « par étape », a-t-il insisté, évoquant la possibilité d’un « projet pilote ». Il exclut par ailleurs l’abolition du vote papier, rappelant que plusieurs électeurs « ne sont pas familiers avec les outils électroniques ». Les deux modes de votation pourraient coexister.

Pierre Reid est en poste depuis deux ans et demi. Ses deux prédécesseurs, Jacques Drouin et Marcel Blanchet, avaient également manifesté un intérêt pour l’implantation du vote par internet. Leurs appels n’avaient pas été entendus et le moratoire qui existe depuis 2006 sur le vote électronique tient toujours.

Une plateforme web indépendante ?

Pierre Reid estime par ailleurs qu’il faut poursuivre les efforts de sensibilisation et informer davantage les électeurs qui peinent à trouver des renseignements sur les candidats, les enjeux et leurs programmes au municipal.

Outre le vote en ligne, il suggère de lancer une plateforme web indépendante, qui pourrait être hébergée sur le site internet du DGE. « Les gens ont de la difficulté à avoir de l’information », a-t-il déploré.

LE VOTE ÉLECTRONIQUE AU QUÉBEC

  • De 1996 à 2005, 190 municipalités et trois MRC ont expérimenté des mécanismes de votation électronique (ex : terminal de votation ou urnes électroniques).
  • Un moratoire sur le vote électronique a été imposé par le ministère des Affaires municipales au Québec en 2006 à la suite de l’expérience désastreuse menée lors des élections municipales en novembre 2005.
  • Le DGE de l’époque, Marcel Blanchet, avait parlé d’un « cafouillage ». Le vote électronique n’avait permis aucune économie, n’avait pas accéléré l’obtention des résultats et avait sérieusement ébranlé la confiance des électeurs en raison des failles de sécurité.
  • Ce moratoire tient toujours. Le vote par internet à distance est également proscrit puisqu’il fait partie du « vote électronique », selon la terminologie du DGE.
  • Au fédéral, le gouvernement de Justin Trudeau a écarté, pour l’instant, la possibilité d’implanter le vote en ligne.

Ailleurs dans le monde - Impact mitigé sur la participation

Contrairement à la croyance populaire, le vote en ligne n’est pas l’antidote absolu à la baisse du taux de participation électoral. Dans la majorité des législations où l’expérience a été tentée, de faibles hausses ont pu être observées.

Le chercheur Jérôme Couture, rattaché à l’Université Laval et à l’Institut national de recherche scientifique (INRS), s’est intéressé à l’« effet de la technologie sur la participation citoyenne ».

Il a répertorié la mise en œuvre du vote en ligne à différents niveaux de gouvernement dans une dizaine de pays, comme l’Estonie, la Suisse (le canton de Genève), la Belgique ou encore l’Arizona aux États-Unis.

Expérience en Ontario

Plus près de chez nous, plusieurs électeurs ont voté en ligne aux élections municipales en Nouvelle-Écosse et en Ontario dans les dernières années. Plus du tiers des villes ontariennes offriront cette possibilité en 2018.

« En Ontario, l’expérience est assez positive. On a vu un effet général plus fort et un gain dans certains cas jusqu’à 10 points de pourcentage. Ce n’est pas comme ça partout cependant. Ailleurs dans le monde, on voit des taux supérieurs de seulement deux ou trois points », observe M. Couture.

Ce dernier est néanmoins convaincu de la pertinence de l’outil. « Je suis d’avis qu’il faut passer à ça. Les gens seraient prêts. Le point central, c’est l’accessibilité. Pour les personnes qui ne peuvent se déplacer, c’est un gain assez important », a-t-il confié en entrevue.

« C’est sûr que du jour au lendemain, tout le monde ne décidera pas de voter par internet, même chez les plus jeunes qui n’ont pas l’habitude de voter. Voter, ça fait partie d’une routine, d’un rituel », nuance-t-il.